Le chemin de la découverte de Lascaux
Avec cet itinéraire en boucle qui relie le village à la colline de Lascaux attendez-vous à vivre, ou plutôt à revivre, l’une des plus extravagantes aventure de la préhistoire. Pour une grande part, elle a fait la renommée universelle de Lascaux : qui n’a pas entendu parler de sa découverte ? Pourtant le contexte est sombre. En septembre 1940 le monde sombre tragiquement dans les affres d’une seconde guerre mondiale, la moitié de la France est occupée et le village de Montignac accueille nombre de réfugiés venus d’Alsace. La confusion est totale.
Mais comme un pied de nez aux évènements tragiques en cours, servis par l’énergie de la jeunesse, des adolescents vont écrire un chapitre majeur et inattendu en réveillant l’un des joyaux de l’Humanité, eux-mêmes nourris par un mythe tenace : l’existence d’un légendaire souterrain et de son trésor. Finalement, nous le verrons, le secret des bois de Lascaux se révéla tout autre.
L’ambition de ce parcours est donc de vous plonger dans l’ambiance sonore et visuelle de cet an 1940 afin de vous mettre dans les pas des découvreurs, que la langue française appelle aussi « inventeurs ».
Une première image, prise à l’endroit même où nous sommes, révèle l’impact de cette découverte. A peine quelques semaines après la découverte, un panneau indique déjà la direction à prendre pour visiter la grotte. Sur ce cliché, aux côtés du régisseur et de l’ancien instituteur, deux des inventeurs posent, déguisés en gauchos de la pampa pour satisfaire au cliché promotionnel.
Les éléments historiques, reconstitutions graphiques et archives iconographiques sont issus : • des archives Agniel, Coencas, Félix, Laval, Marsal et Ravidat • de l’album BD « Le secret des bois de Lascaux » de Félix et Bigotto, réalisé d’après le témoignage direct et la caution de Georges Agniel, Simon Coencas, Jacques Marsal et Marcel Ravidat. • de l’ouvrage à paraître « LASCAUX premiers temps : sur le sentier de la découverte » avec les archives commentées de la période 1940-1948 - Thierry FELIX, édition en cours.
A noter :
Le parcours est accessible en train (voir dans accès).
Aperçu du parcours
Marcel Ravidat dit "le Bagnard"
Montignac, septembre 1940, le personnage central de cette histoire s’appelle Marcel Ravidat.
Grand garçon de 18 ans, issu d’une famille modeste, son père est ouvrier à l’usine de bois et sa mère est en charge du foyer, Marcel est apprenti mécanicien depuis deux ans dans le garage Pérez, rue de Juillet. Mais ici, tout le monde l’appelle « le Bagnard », depuis la projection publique sous la halle du film Les Misérables. Il doit ce surnom aux jeunes du village pour qui il incarne la force et la carrure de Jean Valjean, héros du roman de Victor Hugo. Autour de Marcel, il y a toute une bande qui a pour habitude de se réunir dès qu’un jour de congé le permet.
Et justement, en ce début d’après-midi du dimanche 8 septembre 1940, Marcel a sonné le rassemblement ; rendez-vous est fixé au lavoir situé au bout de la rue du Barry. Ont répondu à l’appel : André Détrieux, Jean et Jacques Clauzel, Robert et Maurice Queyroy, ainsi que le bras droit de Marcel, Louis Périer, garçon du même âge et tout aussi intrépide que lui. Ils sont accompagnés de leurs chiens.
Celui de Marcel s’appelle « Robot », nom encore exotique pour l’époque, preuve que même issu d’un milieu populaire, son maître est au fait des nouveautés ! Désormais au complet, la bande du Bagnard s’élance vers les collines en quête d’aventure.
Il faut dire qu’il n’y a guère d’autre occupation pour la jeunesse en ce mois de septembre 1940.
Depuis longtemps, une folle légende court le pays : aux dires de certains, un parchemin indiquerait la cachette d’un trésor, enfoui là, depuis des siècles.
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Marcel Ravidat dit "le Bagnard"
Montignac, septembre 1940, le personnage central de cette histoire s’appelle Marcel Ravidat.
Grand garçon de 18 ans, issu d’une famille modeste, son père est ouvrier à l’usine de bois et sa mère est en charge du foyer, Marcel est apprenti mécanicien depuis deux ans dans le garage Pérez, rue de Juillet. Mais ici, tout le monde l’appelle « le Bagnard », depuis la projection publique sous la halle du film Les Misérables. Il doit ce surnom aux jeunes du village pour qui il incarne la force et la carrure de Jean Valjean, héros du roman de Victor Hugo. Autour de Marcel, il y a toute une bande qui a pour habitude de se réunir dès qu’un jour de congé le permet.
Et justement, en ce début d’après-midi du dimanche 8 septembre 1940, Marcel a sonné le rassemblement ; rendez-vous est fixé au lavoir situé au bout de la rue du Barry. Ont répondu à l’appel : André Détrieux, Jean et Jacques Clauzel, Robert et Maurice Queyroy, ainsi que le bras droit de Marcel, Louis Périer, garçon du même âge et tout aussi intrépide que lui. Ils sont accompagnés de leurs chiens.
Celui de Marcel s’appelle « Robot », nom encore exotique pour l’époque, preuve que même issu d’un milieu populaire, son maître est au fait des nouveautés ! Désormais au complet, la bande du Bagnard s’élance vers les collines en quête d’aventure.
Il faut dire qu’il n’y a guère d’autre occupation pour la jeunesse en ce mois de septembre 1940.
Depuis longtemps, une folle légende court le pays : aux dires de certains, un parchemin indiquerait la cachette d’un trésor, enfoui là, depuis des siècles.
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Montignac 8 septembre 1940
Suivre la visite avec Thierry Felix, enfant du pays dépositaire de la mémoire des inventeurs
Ecouter le témoignage de Marcel Ravidat
En ce 8 septembre 1940, Montignac n’échappe pas aux évènements internationaux.
Bien qu’en zone libre, suite à l’installation de la ligne de démarcation, sa population, d’à peu près trois mille habitants, est amputée des hommes retenus prisonniers. Elle a pourtant augmenté avec l’accueil des 800 réfugiés du village alsacien d’Elsenheim, évacués du front au tout début des hostilités. Des éléments en déroute de l’armée française sont également cantonnés autour du bourg. Il règne une ambiance toute nouvelle entre confusion et effervescence.
Les jeunes jouissent encore d’une totale liberté. Alors revenons à l’escapade de la bande du Bagnard! Sur le point de revenir au village en passant par les bois de Lascaux, le chien de Marcel, Robot, s’est écarté du groupe et suit la trace d’un petit animal. Il s’enfonce dans un taillis, mais n’en ressort pas !
Intrigué, guidé par les aboiements, Marcel retrouve Robot au fond d’une dépression, d’un bon mètre de profondeur, masqué par la végétation. Au fond de celui-ci, le chien gratte furieusement un orifice plus petit. « Je dois le sortir de là » se dit Marcel.
Alors qu’il empoigne Robot, une petite pierre roule sous son pied, disparaît dans l’orifice et renvoie un écho surprenant. Ce geste, renouvelé plusieurs fois, confirme les faits. Il y a du vide là-dessous. Appelé à la rescousse, le reste de la troupe est maintenant autour du trou. L’orifice est très petit mais l’effet des jets de pierres ne laisse aucun doute !
La voix de Maurice Queyroy retentit :
- « C’est l’entrée du souterrain, celui qui conduit au manoir de Lascaux, celui dont ma mère nous parle depuis toujours !» Et à son frère d’ajouter
- « Elle dit qu’il renferme un trésor, un véritable veau d’or ! »
La folle légende vient de faire son effet ! La fièvre monte, chacun y va de son commentaire mais le conduit est impénétrable. Et sans lampe, comment faire ? Il faut se rendre à l’évidence et remettre l’exploration à plus tard.
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Une rencontre fortuite
Suivre la visite avec Thierry felix, enfant du pays et dépositaire de la mémoire des inventeurs
Plusieurs jours se sont écoulés depuis l’escapade du dimanche 8 septembre. La fièvre provoquée par la légende du souterrain semble être retombée, sauf pour Marcel qui se confectionne un équipement qui pourrait s’avérer utile : un couteau taillé dans une lame de ressort de voiture et une lampe à pétrole bricolée à partir d’une pompe à graisse.
Avec cet équipement de fortune, le jeudi 12 septembre, étant sans travail, Marcel tente de recruter ses camarades : Jean travaille, Louis aussi mais il lui prête une précieuse lampe à huile, quant à Maurice, il préfère la sieste à l’exploration. Seul son petit frère Robert veut bien suivre Marcel, mais chemin faisant, alors qu’ils aperçoivent trois autres garçons, il rebrousse chemin prétextant qu’ils ne font pas partie de la même bande.
Marcel connaît les trois jeunes en question, surtout le premier : il s’agit de Jacques Marsal, âgé de 14 ans, dont la maman tient le petit restaurant au bon accueil. Il est accompagné de Georges Agniel dit Jojo, 16 ans, qui séjourne chaque été chez sa grand-mère sur les quais de la Vézère et de Simon Coencas, 13 ans, originaire de Paris et réfugié depuis une année à Montignac avec sa famille.
Mais que font-ils là ?
Les trois jeunes confessent à leur ainé une querelle avec les jeunes alsaciens dont la famille est installée dans la ferme du manoir de Lascaux. Une histoire de compte à régler à propos de leurs sœurs, ce qui ne manque pas de faire sourire Marcel !
- « Laissez tomber les gars ! Suivez-moi, .... on a peut-être trouvé l’entrée du souterrain de Lascaux ! »
On ne résiste pas aux sollicitations du Bagnard, ni à l’attrait de la légende, encore moins à l’existence d’un trésor ! Et puis, qui sait ! Ce souterrain mène peut-être réellement jusqu’au manoir ...
Les trois garçons suivent bien volontiers Marcel.
Ecouter les Inventeurs
Ecouter le témoignage de Jacques Marsal sur Radio France Périgord en 1986
Le sentier des bois de Lascaux
Suivre la visite avec Thiery Felix, enfant du pays et dépositaire de la mémoire des inventeurs
Ce jeudi 12 septembre est une très belle journée de fin d’été, sur le sentier qui mène jusqu’ au sommet de la colline, en file indienne, à l’affût du moindre de ses gestes, Georges, Jacques et Simon suivent Marcel. La prudence est de mise car les bois de Lascaux ne sont pas totalement inhabités.
En contrebas, il y a bien sûr le manoir, mais il est maintenant assez loin. En revanche, au bout du sentier, il y a la ferme de la mère Toulmon, plus haut celle de la famille Baudry. Pour plus de discrétion, il faut donc quitter le sentier avant son terme, longer l’ancienne carrière de pierre puis filer à travers bois jusqu’au trou. Et c’est à voix basse que Marcel donne les dernières consignes :
- « Une fois au trou, on sera hors de vue mais d’ici là, on se tait ! »
Une fois sur place, c’est avec une mine un peu déconfite que les trois jeunes se penchent sur le fameux trou ! Au fond d’une première cuvette, il y a bien un orifice mais il fait à peine 20 cm diamètre. Il ne ressemble en rien à l’entrée d’un souterrain !.
C’est sans compter sur la motivation de Marcel qui, à l’aide de son couteau, s’affaire déjà pour le dégager. Surprise, la désobstruction livre les os d’un gros animal ! On saura plus tard qu’il s’agit du cadavre de l’âne de Mme Toulmon sommairement enterré ici quelques années auparavant. L’effort se poursuit pendant une bonne heure avant qu’une première tentative ne soit possible. Plus fluet, c’est Jacques qui est sollicité pour tenter le passage mais une fois les pieds dans le vide, pris d’angoisse, il se ravise. « Courageux mais pas téméraire » dira-t-il plus tard !
Marcel est prêt à prendre le risque, mais il faut encore élargir le passage pour permettre à ses larges épaules de s’y glisser ! Un dernier bloc dégagé et c’est au tour du Bagnard de jauger le vide avec ses pieds. Il change alors de posture, remonte pour se tourner et, tête en avant, à grand renfort de contorsions, disparaît progressivement sous les regards inquiets de ses trois compagnons.
La découverte des peintures
Suivre la visite avec Thierry Felix, enfant du pays dépositaire de la mémoire des inventeurs
Ce jeudi 12 septembre, après une séance de désobstruction qui a duré une bonne heure, Marcel s’est infiltré sous terre. Il prend pied au fond d’une petite cheminée, premier réflexe, récupérer les allumettes pour allumer la lampe à huile. la flamme révèle un cône d’éboulis qui s’enfonce, il s’y engage et rampe sur plusieurs mètres avant de pouvoir se relever et dégringoler sur la pente.
Au bas de l’éboulis, la galerie semble s’élargir mais la flamme tremblotante a bien du mal à percer les ténèbres. Il retourne vers ses camarades pour les inviter à descendre avec mille précautions. Réunis, blottis autour des deux petites sources lumineuses, les garçons avancent dans l’inconnu, le regard concentré sur l’état du sol. Puis, un couloir plus étroit se dessine, la lumière des lampes commence alors à accrocher les parois ...
- « Eh regardez ! ... là ! ... des traits de couleurs ! »
La voix de Jacques vient de raisonner sur les parois. Les deux lampes sont maintenant braquées vers le plafond. C’est la stupéfaction, sur une voûte blanche et scintillante, des traits s’organisent bientôt en silhouettes animales magnifiquement peintes. D’abord une vache rouge à tête noire, puis des chevaux à la robe jaune, un cerf.
Quelques mètres de plus, c’est un grand taureau noir qui semble jaillir de la paroi, puis un cheval à la renverse.
Dans l’excitation la plus totale, ils sautent de découverte en découverte. A ces premiers cris de joie succède l’inquiétude de voir leurs lampes vaciller et s’éteindre à plusieurs reprises. Il est préférable de rebrousser chemin.
Mais nouvelle surprise, de retour dans la première salle, d’autres peintures apparaissent, elles sont immenses. Quatre grands taureaux impressionnants dominent tout un cortège de chevaux et de cerfs !
L’excitation monte encore d’un cran. Elle est de courte durée, la lampe à pétrole devient brûlante et dégage maintenant de plus en plus de fumée, le stock d’allumettes est au plus bas. Sans plus attendre, il faut sortir sous peine de rester prisonniers des entrailles de la terre dans l’obscurité la plus totale.
De retour à l’air libre, rassemblés au bord du trou, encore sous le coup de l’émotion, c’est le moment de tenir conseil. On s’accorde pour revenir dès le lendemain matin, équipés de lampes performantes, tout en prenant la précaution d’emprunter chacun un chemin différent pour ne pas éveiller la curiosité. L’origine de ces merveilleuses peintures est un mystère, mais il n’est pas question d’en dire un seul mot pour l’instant.
Le serment est scellé, mais un tel secret est bien lourd à porter...
Ecouter les Inventeurs
Jacques parle des peintures en 2010
Simon et Georges racontent la découverte des peintures en 2010
Jacques évoque le 12 septembre et la découverte des peintures en 1986
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Explorer la grotte
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Le vendredi matin 13 septembre, comme convenu pour ne pas éveiller les soupçons, chacun a emprunté un chemin différent mais autour du trou, on compte un cinquième personnage : Maurice Coencas, frère de Simon. Ce dernier, trop excité, n’a pu tenir sa langue. Il n’a pas été le seul. Marcel a dû se confier à son père pour justifier le fait de ne pas aller au travail.
Quant à Georges, face aux questions de sa mère, même l’excuse d’une découverte extraordinaire ne lui a pas permis d'éviter une gifle magistrale, sanction immédiate de son retard ! Mais aucun adulte n'a encore mesuré l'importance de cette découverte.
C’est donc à cinq que l’exploration de la grotte va commencer.
Cette fois-ci, sous la forte clarté des lampes à acétylène, la cavalcade pétrifiée apparaît dans sa totalité, c’est un spectacle stupéfiant !
A chaque balancement de lampe, les animaux apparaissent et disparaissent comme si la paroi devenait vivante ! Sous le plus grand des taureaux, une nouvelle galerie s’ouvre, il faut à nouveau ramper dans ce passage bas qui donne accès à de nouvelles grandes salles décorées. Bisons, grande vache noire et chevaux, frise de cerfs, de nouvelles images défilent et enchantent un peu plus la petite troupe d’explorateurs.
Un rétrécissement rend à nouveau la progression difficile mais l’examen des parois révèle une nouvelle sorte de figures : des traits gravés dans la roche ! Toujours autant de chevaux, des bisons mais aussi des félins. Cette partie de la grotte renferme un enchevêtrement de figures peintes et gravées qu’il faut déchiffrer à la faveur des faisceaux lumineux. Ces jeux de lumière sont brusquement interrompus par la voix du bagnard :
- « Hé, les gars, ramenez-vous ! »
Au fond d’une salle ronde couverte de gravures, Marcel a trouvé un nouveau vide ! Un puits ! Cette partie encore inconnue suppose l’acquisition d’une corde.
Une fois récupérée, lampe acétylène entre les dents, Marcel se risque dans le vide. Trop courte ! La corde est trop courte mais le sol est visible. Tant pis, Marcel saute ! - « Alors, ça va, tu vois quoi ? » Une voix retentit. - « Un homme, il y a un homme ! »
Ce que ne voient pas encore les autres garçons, c’est qu’il est peint sur la roche !
Le dessin noir, la paroi brillante, l’atmosphère de ce lieu profond, habité par une scène émouvante, dans laquelle un homme fait face à un bison, renforce le côté mystérieux de la grotte.
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Qui prévenir?
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Les jours suivants la découverte, plusieurs amis proches sont mis dans la confidence : une poignée le samedi 14, une dizaine le dimanche 15. Difficile de tenir sa langue. Le lundi 16, la plupart des jeunes, montignacois et réfugiés, sont conviés à visiter la grotte. Sous la pression d’une telle affluence, il est décidé de prévenir quelqu’un de confiance.
D’un commun accord, Jacques est chargé d’avertir Léon Laval, ancien instituteur réputé fin connaisseur des choses anciennes.
Le mardi 17, à midi la mission est remplie. Incrédule, Leon Laval questionne Jacques à tout va :
- « Comment sont-ils ces dessins ? Que représentent-ils ? »
- « Ce ne sont pas des pierres qui ressemblent à des animaux ? Ou bien des gribouillages au noir de fumée ? »
Sachant ses anciens élèves bluffeurs, il demande que Georges Estréguil, bon dessinateur, soit conduit à la grotte pour faire des croquis. Mercredi 18 au matin, Georges Estréguil tend ses dessins à Léon Laval, la réaction est quasi immédiate :
- « C’est entendu, je monterai voir cet après-midi. Que Marsal et Ravidat passent me chercher. »
L’après-midi, toute une petite troupe assiste à l’arrivée de Léon Laval ! A la vue du trou, Laval hésite à nouveau, il redoute un canular. Témoin de la scène, la grand-mère Baudry, de la ferme voisine, bien que très âgée, s’impatiente devant les tergiversations de l’ancien instituteur :
- « Dites-moi, Monsieur Laval, si vous ne voulez pas descendre, laissez-moi passer! »
Devant la bravoure de la vieille dame, Laval, peu rassuré, s’engage fébrilement à son tour sur l’éboulis. Et après une descente éprouvante, face à la paroi ornée, d’abord sans voix, il finit spontanément par lâcher :
-* « Oh ... merde !»*
Si pour la vieille dame, ce spectacle est grandiose et inattendu, pour Laval, archéologue averti, c’est une révélation, un miracle inespéré !
Tout ira très vite ensuite. Le lendemain, jeudi 19, par un concours de circonstances dont seul le hasard en détient la clé, Maurice Thaon, élève du préhistorien Henri Breuil, visite son frère militaire cantonné à Montignac. Il entend parler de la découverte, accède à la grotte, réalise quelques croquis et enfourche son vélo pour les montrer à Breuil qui, coïncidence inespérée pour Laval, séjourne à Brive !
Le samedi 21 septembre, celui que l’on surnomme le Pape de la Préhistoire authentifie à son tour la grotte et en confie la garde à ses découvreurs. Ces derniers ont déjà monté un camp de toile permanent et ne quittent plus la colline. Dans le cortège des nombreux visiteurs, il y a aussi des journalistes.
La nouvelle de la découverte fait le tour du monde malgré l’époque troublée.
Ecouter les Inventeurs
Georges Agniel raconte comment ils contactent Laval
L'article lu de l'envoyé spécial de Paris Soir en septembre 1940
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L'après découverte
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Ecouter l'avis de l'abbé Breuil sur Lascaux
Visiter la grotte originale sur le téléphone
Au tout début de cette semaine décisive, qui a vu l’intervention de Laval et la venue de Breuil, Simon est précipitamment reparti pour Paris. Début octobre, c’est au tour de Georges de rejoindre ses parents à Nogent-sur-Marne pour la rentrée des classes. Jacques et Marcel, eux, ne quittent plus la colline, bien déterminés à accomplir la mission qui leur a été confiée: protéger la grotte de toute dégradation.
Mi- octobre, l’abbé Breuil est de retour pour commencer l’étude de la grotte.
Le 17, il fait les honneurs de la visite au comte et la comtesse de la Rochefoucauld, propriétaire du domaine de Lascaux et donc de la grotte. Si dans un premier temps les garçons ont pu se croire en partie bénéficiaires de leur découverte, ils ont confirmation que ce n’est plus le cas.
Quand il ne fait pas l’honneur de la visite à d’autres préhistoriens, Breuil commence les relevés des gravures du Cabinet des Félins avec l’aide de Jacques et Marcel. En plus des travaux scientifiques, il supervise les premiers aménagements de l’entrée et s’entretient régulièrement avec Léon Laval son fidèle relais et homme de confiance.
Le petit boyau de la découverte a laissé place à une large tranchée qui laisse apparaître le porche de la caverne. Breuil quitte Montignac mi-décembre après une conférence publique qui fait salle comble.
En ce début d’hiver 40-41, si les abords de la grotte ont été modifiés, son entrée n’est toujours pas fermée.
Jacques et Marcel, en gardiens permanents, se sont organisés. Suite à l’incendie accidentel de leur tente, ils ont construit une cabane couverte de feuillage et équipée d’un poêle. Ils vont ainsi passer tout l’hiver au chevet de leur trésor avant qu’un bâtiment en bois, munie d’une porte, ne soit réalisé au printemps.
Mission accomplie, ils peuvent retourner au village tout en gardant un oeil sur la grotte.
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Itinéraires d'Inventeurs
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Fin septembre 1940, quelques jours après la découverte, Simon est le premier à devoir quitter Montignac. Le retour de sa famille à Paris est dicté par un impératif, contourner l’ordonnance de Vichy qui interdit le retour des juifs en zone occupée.
Tout début octobre 1940, c’est au tour de Georges de partir pour rejoindre ses parents à Nogent-sur-Marne et satisfaire à la rentrée des classes.
En 1942, le père de Simon est déporté à Auschwitz en septembre. Sa mère est arrêtée peu après. Raflé à son tour en octobre, Simon la retrouve au camp de Drancy. L’instant est tragique. Parce qu’il n’a pas encore 16 ans, Simon est libéré mais sa mère est transférée à Auschwitz. Il ne reverra jamais ses parents.
Cette même année, Marcel est requis pour les Chantiers de Jeunesse dans les Pyrénées. Cet exil ne dure pas, de retour en décembre, pour éviter toute nouvelle incorporation, il se cache dans les grottes autour de Montignac
En 1943 - Alors qu'il est activement recherché, Marcel, se soustrait à sa convocation pour le même STO. Il entre dans la Résistance avec les Francs Tireurs Partisans du groupe « Jacquou le Croquant ». Il s’y fait appeler « Jim », nom de code emprunté au héros de l’île au trésor.
En mars, arrêté par les Allemands, Jacques est enfermé avec les ouvriers de son usine dans la mairie. On l’interroge pour savoir où est Marcel. Il est requis pour ouvrir la grotte aux soldats à la recherche de dépôt d’armes. Finalement embarqué dans un camion par la police de Vichy, il est transféré en camp de travail en Autriche par les autorités allemandes.
Simon, dans Paris, se cache au mieux, au jour le jour.
1944, avec son groupe de maquisards, Marcel incorpore le 126 régiment d’infanterie de Brive pour poursuivre le combat dans les Vosges puis en Allemagne.
En 1945, dans Paris libéré, Simon est désormais hors des griffes des Nazis.
Depuis la Yougoslavie, où il a été transféré en camp de travail, Jacques est libéré par les partisans du Maréchal Tito. Il fête ses vingt ans sur le chemin qui le sépare du port de Trieste : 400 kms à pied avant d’embarquer vers Marseille.
Georges s’est engagé dans l’armée et participe au défilé de la libération à Berlin.
En novembre, Marcel est démobilisé, et regagne aussitôt son Périgord natal.
La guerre est passée par là, séparés par l’enchainement d’évènements tragiques, mais finalement saufs, les quatre inventeurs de Lascaux ne se retrouveront au complet que bien des années plus tard.
Leon Laval, l'homme qui a veillé sur Lascaux
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La découverte de la grotte de Lascaux a transformé la vie d’un autre personnage : Léon Laval souvent désigné comme l’ancien instituteur ! En réalité, en 1940, il n’est plus instituteur mais se consacre à la vie culturelle et à l’archéologie.
S’il a été le premier à révéler l’inestimable valeur de la découverte, il est aussi rapidement devenu l’interlocuteur privilégié de Breuil et le conseil avisé des garçons qui protègent la caverne. Il sera ensuite le correspondant du service des beaux-arts, donc le responsable officiel de la grotte de Lascaux.
Il assure ainsi l’accueil des préhistoriens et exerce un contrôle sur les visites.
Il incarne l’autorité respectée qui permettra à la grotte de traverser sans dommage la période troublée de la guerre.
C’est lui que l’on sollicitera en septembre 1942 pour le tournage de "La nuit des temps", premier film tourné à Lascaux qui raconte de façon totalement fantaisiste la découverte. Clin d’œil du destin qui prête à sourire, c’est ce même film que Jacques Marsal découvre stupéfait dans un cinéma de Vienne alors qu’il est retenu en Autriche pour le Service du Travail Obligatoire. Imaginez la scène, l’inventeur de Lascaux montant sur sa chaise pour pointer l’écran et s’écrier :
- « Regardez, c’est moi, c’est ma découverte! » sous les regards incrédules de l’assistance ! Voir le film "la Nuit des Temps" :10 minutes
Mais revenons à Léon Laval. La paix revenue, il continue avec passion sa mission avec l’accueil de plus en plus fréquent de visiteurs, préhistoriens, journalistes ou personnalités. Dans le même temps il ressent douloureusement les premiers travaux d’aménagement qui maltraitent l’entrée de la grotte et son sol. Dure réalité, après en avoir été son révélateur espéré, son protecteur inspiré puis son conservateur impliqué, le voilà dépossédé sans ménagement de sa fonction à la veille de l’ouverture au public.
Sans conteste, il aura été l’homme qui a veillé sur Lascaux et qui l’a certainement sauvée de tout dommage irréparable. Son action est inestimable.
L'ouverture au public: en direct de la salle des taureaux
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Extrait de l’émission radio de 1948 en direct de la salle des taureaux
Voir reportage télévisé sur la fermeture de la grotte en 1963
26 septembre 1948, alors que la grotte est ouverte à la visite depuis le 13 juillet, c’est l’inauguration officielle en présence du ministre de l’Education Nationale et des Beaux-arts, le périgourdin Yvon Delbos. En direct de la Salle des Taureaux, le radio reporter Michel Droit interviewe Marcel Ravidat, Jacques Marsal et Léon Laval
On a plaisir d’entendre les voix de Marcel et Jacques. On comprend comment le raccourci radiophonique du journaliste Michel Droit accouche d’une version enjolivée des circonstances exactes de la découverte, qui mélange les épisodes du 8 et du 12 septembre.
C’est d’ailleurs cette version qui sera souvent servie aux visiteurs de la grotte. Celle qui passera à la postérité. La légende est parfois bien plus tenace que la réalité.
Avec son ouverture au public, Lascaux entre dans une nouvelle ère, celle de l’exploitation touristique, et, avec elle, les premières inquiétudes sur sa conservation. Mais ceci est une autre histoire.
Rendez-vous à Lascaux!
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Novembre 1986, l’autorisation est acquise pour réunir les quatre inventeurs devant l’entrée même de la grotte, à l’endroit précis où se situait le trou de la découverte. Pour leurs retrouvailles au complet, quarante-six ans après leur extravagante aventure, c’est bien la moindre des choses.
L’idée avait germé trois ans auparavant, au cours de l’été 1983, dans l’enthousiasme de l’ouverture de Lascaux 2. Si, à cette époque Jacques Marsal, était encore le gardien en titre de la grotte, Marcel Ravidat n’avait pas repris pied sur la colline depuis ce triste mois d‘avril 1963, date à laquelle la grotte fut fermée définitivement au grand public.
Lanceur d’alerte devant la prolifération de la maladie verte sur les parois, il restait persuadé que si on l’avait écouté plus tôt, on aurait pu éviter cette fermeture définitive. Au passage, il avait perdu son travail, mais Marcel n’en faisait pas un cas personnel, il n’était pas de cette trempe là.
Ce même été, c’est Georges Agniel qui se présenta à Lascaux 2 à la tête d’une délégation de Nogent pour apprécier la copie de Lascaux. Puis ce fut le tour de Simon Coencas de descendre de la capitale quelques mois plus tard. Le contact était rétabli avec chacun d’entre eux, il ne restait plus qu’à les réunir un même jour, au même endroit.
Ce jeudi 11 novembre 1986, tout est donc en place. L’instant des retrouvailles est émouvant, le temps semble suspendu.
Parce qu’il y a eu trop de versions romancées, tronquées ou déformées, Simon, Jacques, Georges et Marcel se plaisent à revisiter chaque détail de leur aventure. Les faits sont enfin racontés de l’intérieur, à quatre voix, dans l’intimité. La conjugaison des mémoires est précieuse pour éclairer et enrichir chaque étape de leur aventure. Des informations de première main.
Avec leur caution Thierry Felix, enfant du village, et l'association Découverte Lascaux sont légataire d’une mémoire à conserver et pérenniser. Une lourde responsabilité mais une tâche exaltante avec l’assurance de bénéficier des quatre sources les plus fiables qu’il soit. C’est ainsi qu’est née la bande dessinée "Le secret des bois de Lascaux", un récit au plus près du vécu des quatre garçons qui en ont été les acteurs. Probablement la plus belle aventure de la Préhistoire !
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Activités annexes
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À pied
Gare de Terrasson
Saint-Amand de Coly (un des plus beaux villages de France)
Gare des Eyzies
Vélo
Gare de Condat
Gare des Eyzies

