Etape 3 de Beynac à Saint Cyprien


Envie d’explorer le Périgord pendant plusieurs jours ? Suivez Dorie dans les pas de Harrison Barker, voyageur anglais du XIXe siècle qui a écrit la chronique de ses aventures en Dordogne dans son livre « Two Summers in Guyenne, chronicle of the wayside and waterside ».
Dorie vous propose une immersion de 5 jours le long de la Vallée Dordogne.
Pour cette étape entre Beynac et Saint Cyprien, vous allez marcher en surplomb de la vallée Dordogne au milieu des forêts de chênes verts. Vous croiserez les villages et châteaux de St Vincent de Cosse, de Bézenac, Allas les mines, avant de grimper pour bénéficier d’un panorama remarquable sur la Dordogne. Puis après une escapade vers le village circulaire de Berbiguières et une arrivée le long de la rivière, vous retrouverez le bourg de Saint Cyprien au marché réputé, où se trouve une gare permettant de revenir sur Sarlat. Harrison Barker cherche le château qu’il finit par trouver avant de rentrer au village escorté par des oies.

Point de départ : Début de la rue de "Peire Lene" à Beynac
Villages traversés : Saint Vincent de Cosse, Bezenac, Allas les Mines, Berbiguières, Saint Cyprien
Arrivée : Saint Cyprien
Distance totale : 20,5 km
Difficulté : bonnes côtes en quittant Allas les Mines et avant l'arrivée à Berbiguières
Conseils de Dorie : Si vous souhaitez abréger votre randonnée vous pouvez retourner à Sarlat facilement en train, St Cyprien se trouvant sur l'axe Bordeaux- Bergerac - Sarlat. A noter que le beau marché de Saint Cyprien très prisé des périgourdins a lieu le dimanche matin, et qu'il mérite une visite si vous vous trouvez sur place!
A noter : Tout au long de votre balade, en vous servant de la carte, vous pourrez voir où se situent les services de proximité comme les offices de tourisme, les restaurants ou les hébergements ainsi que informations pratiques comme les toilettes ou les lieux de pique-nique. Vous pouvez également retrouver toutes ces informations dans les onglets « info » et « écotourisme », nous vous conseillons fortement d’y jeter un œil pour faire vos réservations avant de partir.
Aperçu du parcours
La vie à Beynac au XIXème siècle
Harrison Barker a loué une maison à Beynac à un paysan, « un homme bourru d’une soixantaine d’années, un paysan apparemment, qui avait revêtu ses plus beaux habits en vue de la négociation qui se présentait. Il avait de petits yeux fourbes et une bouche qui semblait avoir hérité de générations d’ancêtres et des habitudes d’une vie entière un petit rictus de ruse campagnarde. Je compris que je ne ferai pas affaire avec lui sans me battre. »
La maison est délabrée, un ruisselet coule du rocher dans le logement, les pieds passent à travers le plancher, les marches sont pourries et les fenêtres exposées au sud sans persiennes font monter la température à 38° dans la maison. Néanmoins, Harrison Barker est heureux à Beynac. Il profite de la douceur de vivre sur la vallée Dordogne.
« Il fait nuit à présent une douce nuit d’été sans lune mais parsemée d’étoiles. Parmi celles que la Dordogne reflète et retient, se trouve la planète mars qui se distingue aisément au milieu d’une nuée de points jaunes moins lumineux. Ici la rivière est large et calme, pas une ride pour faire trembler le moindre rayon. Si les étoiles scintillent dans l’eau c’est qu’elles scintillent depuis le ciel. Juste en bas du village se trouvent des rapides. Un léger murmure s’en échappe, mais il est couvert par le chant strident des grillons qui ont envahi les oseraies et les peupleraies le long des berges. »
Dans cette quiétude parfois un évènement se produit comme l’arrivée de cette troupe de théâtre composée d’une petite fille de 12 ans accompagnée de sa mère et de son frère, ou encore la fête du village où « toutes les femmes se coiffaient avec leurs plus beaux fichus » et où « l’on dansa beaucoup au son entêtant de deux orgues de barbarie qui hurlaient ».
Il fait la connaissance de certains personnages extravagants, ce qu’il apprécie beaucoup : « ce qui, à mon avis, contribue à faire de la France un pays si agréable à vivre, tient dans le grand degré de liberté sociale dont on peut jouir ici. A l’exception des grandes villes et de certains endroits où affluent à certaines saisons des foules cosmopolites, les gens peuvent vivre aussi simplement qu’ils veulent, porter n’importe quel vêtement, peu importe qu’il soit bon marché ou élimé, sans risquer de se voir amoindri dans le regard des autres. Ils sont appréciés ou non, respectés ou méprisés, au seul jugement de leur conduite et de leurs actes. »
Parmi ces personnages, la vieille Suzette qui découvre son portrait photographique, ou un pêcheur, la loutre, dont il se fera un ami. Vous pouvez retrouver la Loutre et Harrison Barker dans le chemin d’eau, étape en canoë à découvrir dans l’application.
Mais l’automne se profile et Harrison Barker se pose des questions : « *septembre arriva et j’étais toujours à Beynac où j’avais trouvé une autre maison. La saison des fruits battait alors son plein. Les pêches se vendaient pour 2 sous la douzaine, le melon coutait environ la même somme et les figues s’échangeaient pour presque rien. Dans ces conditions, on pouvait avoir sur la table une montagne de fruits pour un demi franc. Cet achat n’avait pas de sens, et était inutile, car les gens de Beynac sont d’une bonne nature et avaient l’habitude de vous amener un panier contenant les premiers raisins ou d’autres fruits. Bien que le présent fut parfois venu d’une femme allait pieds nus, celle-ci eut été offensée qu’on lui propose de l’argent *».
Honteux de ne pas poursuivre son voyage, il fait son sac et le jette dans un bateau de La Loutre nommé « la Périssoire » pour un court périple sur l’eau. Mais si vous n’avez pas l’âme d’un marin, fut il d’eau douce, nous vous invitons à poursuivre le voyage par les chemins de terre jusqu’à Saint Cyprien, où l’aventurier accostera avant d’abandonner le bateau. Je vous retrouve en chemin, à l’entrée du village de Bezenac pour vous montrer un château et vous parler des cultures dans la vallée.
La vie à Beynac au XIXème siècle
Harrison Barker a loué une maison à Beynac à un paysan, « un homme bourru d’une soixantaine d’années, un paysan apparemment, qui avait revêtu ses plus beaux habits en vue de la négociation qui se présentait. Il avait de petits yeux fourbes et une bouche qui semblait avoir hérité de générations d’ancêtres et des habitudes d’une vie entière un petit rictus de ruse campagnarde. Je compris que je ne ferai pas affaire avec lui sans me battre. »
La maison est délabrée, un ruisselet coule du rocher dans le logement, les pieds passent à travers le plancher, les marches sont pourries et les fenêtres exposées au sud sans persiennes font monter la température à 38° dans la maison. Néanmoins, Harrison Barker est heureux à Beynac. Il profite de la douceur de vivre sur la vallée Dordogne.
« Il fait nuit à présent une douce nuit d’été sans lune mais parsemée d’étoiles. Parmi celles que la Dordogne reflète et retient, se trouve la planète mars qui se distingue aisément au milieu d’une nuée de points jaunes moins lumineux. Ici la rivière est large et calme, pas une ride pour faire trembler le moindre rayon. Si les étoiles scintillent dans l’eau c’est qu’elles scintillent depuis le ciel. Juste en bas du village se trouvent des rapides. Un léger murmure s’en échappe, mais il est couvert par le chant strident des grillons qui ont envahi les oseraies et les peupleraies le long des berges. »
Dans cette quiétude parfois un évènement se produit comme l’arrivée de cette troupe de théâtre composée d’une petite fille de 12 ans accompagnée de sa mère et de son frère, ou encore la fête du village où « toutes les femmes se coiffaient avec leurs plus beaux fichus » et où « l’on dansa beaucoup au son entêtant de deux orgues de barbarie qui hurlaient ».
Il fait la connaissance de certains personnages extravagants, ce qu’il apprécie beaucoup : « ce qui, à mon avis, contribue à faire de la France un pays si agréable à vivre, tient dans le grand degré de liberté sociale dont on peut jouir ici. A l’exception des grandes villes et de certains endroits où affluent à certaines saisons des foules cosmopolites, les gens peuvent vivre aussi simplement qu’ils veulent, porter n’importe quel vêtement, peu importe qu’il soit bon marché ou élimé, sans risquer de se voir amoindri dans le regard des autres. Ils sont appréciés ou non, respectés ou méprisés, au seul jugement de leur conduite et de leurs actes. »
Parmi ces personnages, la vieille Suzette qui découvre son portrait photographique, ou un pêcheur, la loutre, dont il se fera un ami. Vous pouvez retrouver la Loutre et Harrison Barker dans le chemin d’eau, étape en canoë à découvrir dans l’application.
Mais l’automne se profile et Harrison Barker se pose des questions : « *septembre arriva et j’étais toujours à Beynac où j’avais trouvé une autre maison. La saison des fruits battait alors son plein. Les pêches se vendaient pour 2 sous la douzaine, le melon coutait environ la même somme et les figues s’échangeaient pour presque rien. Dans ces conditions, on pouvait avoir sur la table une montagne de fruits pour un demi franc. Cet achat n’avait pas de sens, et était inutile, car les gens de Beynac sont d’une bonne nature et avaient l’habitude de vous amener un panier contenant les premiers raisins ou d’autres fruits. Bien que le présent fut parfois venu d’une femme allait pieds nus, celle-ci eut été offensée qu’on lui propose de l’argent *».
Honteux de ne pas poursuivre son voyage, il fait son sac et le jette dans un bateau de La Loutre nommé « la Périssoire » pour un court périple sur l’eau. Mais si vous n’avez pas l’âme d’un marin, fut il d’eau douce, nous vous invitons à poursuivre le voyage par les chemins de terre jusqu’à Saint Cyprien, où l’aventurier accostera avant d’abandonner le bateau. Je vous retrouve en chemin, à l’entrée du village de Bezenac pour vous montrer un château et vous parler des cultures dans la vallée.
Paysages agricoles de la vallée
Vous êtes maintenant à l’entrée de Bézenac, et vous avez marché en forêt sur les hauteurs de Beynac, rejoint le bourg de Saint Vincent de Cosse qui abrite le château d’Aiguevive et ses deux tours, jouxté par une chartreuse, et le château de Monrecour près de la route de la vallée, qui est aujourd’hui un hôtel restaurant. A l’entrée de Bézenac, un bref aller-retour permet de voir de près le château de Panassou : se trouver au pied de ce château majestueux dans son vallon mérite un petit aller-retour ! Dorie vous indique sur la carte où se trouve le château si vous voulez le voir (il est à 500 mètres).
Si vous vous tournez du côté de la rivière, vous constatez que le fond de vallée est quasiment entièrement cultivé. L’agriculture, qui marque les paysages que le chemin surplombe, a une importance particulière en Dordogne, où les premières traces de cette activité sont très anciennes. Tout commence au néolithique, lorsque les chasseurs cueilleurs se sédentarisent peu à peu. Ils sèment, récoltent, stockent et fabriquent les premiers outils de travail. L’Homme agit sur son environnement et ne cessera plus de le faire. A l’époque gallo-romaine, création des « villas », grandes exploitations agricoles, dont les villages gardent parfois une trace dans leurs noms (terminaisons en « ac »). La découverte d’un exploitation vinicole gallo-romaine à Allas les Mines, village que vous allez traverser montre l’ancienneté de l’occupation des lieux. Moyen âge: mariage d’Alienor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt. Développement des paroisses, conquête de nouveaux espaces cultivables sur la forêt. Mais les ravages de la guerre de 100 ans en Périgord, zone frontière, mettent la paysannerie à genou. Fin renaissance: les premières révoltes de Croquants éclatent. La population périgourdine est majoritairement rurale (sur 400 000 habitants seulement 20% peuplent Sarlat, Périgueux et Bergerac). A la Révolution: dans les cahiers de doléance, on retrouve des récriminations contre la taille et la dîme, mais aussi contre la nature et les calamités agricoles. Dans une paix retrouvée, de grands domaines voient le jour, exploités en partie par des métayers jusqu’au XXème siècle. Epoque contemporaine: le phylloxera a décimé la production viticole, seul le Bergeracois et plus récemment Domme replantent. Période d’exode rural lié à l’essor industriel. Productivité, modernisation des techniques, politique européenne modifient la polyculture traditionnelle. L’agriculture subit un recul important avec la disparition de nombreuses exploitations, correspondant à une avance de la forêt (44% de l’espace contre 27% de moyenne nationale). La campagne étant une destination de vacances importante, des exploitations s’ouvrent à ce nouveau marché. L’offre en Dordogne se structure avec plusieurs labels, et ce département est devenu leader en matière de tourisme rural et agrotourisme.
Harrison-Barker parle peu des cultures qu’il croise dans les champs de la vallée Dordogne, si ce n’est pour signaler plusieurs fois des cultures de tabac. Il remarque cependant une plantation de topinambours aux fleurs jaunes dans le village du Coux et précise que c’est un tubercule principalement réservé aux animaux. Il évoque également la récolte des derniers foins couverts de givre par les paysans alors qu’il se dirige vers Cadouin. Mais il s’intéresse malgré tout à quelques produits qui contribuent à donner au Périgord une terre de gastronomie. Tout d’abord il nous dit que si le Périgord était réputé autrefois pour ses troubadours, il l’est à la** fin du XIXème pour les truffes**. « De nombreuses personnes ont trouvé le moyen de prospérer en cherchant des truffes en la compagnie hilarante des cochons. Ce n’est pas dans la vallée fertile qu’ils les trouvent mais plutôt sur les coteaux et les plateaux calcaires, où les chênes abondent sans jamais croitre. ». Il croise ensuite dans chaque village des oies, volatile omniprésent et plus ou moins paisible.
« Juste avant d’arriver dans le village du Coux, je tombais nez à nez avec une armée d’oies ; tandis que le premier rang passait à l’attaque, cous allongés et becs au ras du sol, les autres les encourageaient. Un instant les choses prirent un tour alarmant ; puis les oies et les jars perdirent tout courage jusqu’à ce que leur armée se retrouve derrière moi, alors les cris agressifs se firent entendre à nouveau. Les malheureuses ! leur joie allait être de courte durée (…) D’ici quelques semaines, les foies de la plupart d’entre elles seraient utilisés pour la fabrication de ces excellents pâtés de foie gras truffés, dont l’exportation aux quatre coins du monde fait la fierté et le profit du Périgord ».
Vous allez donc marcher en surplomb de la rivière et des cultures avant de grimper sur une hauteur qui donne un point de vue intéressant sur le village de Saint Cyprien et la vallée.
Paysages et paysans du XIXème siècle
Vous voici au bout d‘une côte assez prononcée et sur votre droite vous dominez la vallée et pouvez voir le chemin effectué depuis Beynac.
D’ici il est facile de deviner les collines très boisées et le fond de vallée cultivé. Sur la gauche du panorama, vous apercevez le village de Saint Cyprien installé à proximité de la rivière, qui sera votre étape du soir.
Quand Harrison Barker traverse la Dordogne, il parle du sommet des collines qui est couvert de chênes. A l’époque le bois était très utilisé pour se chauffer, et le pastoralisme était plus développé que maintenant. Les collines étaient donc beaucoup moins boisées qu’aujourd’hui, voire complètement pelées, ce dont attestent des photographies d’époque, comme celle ci, qui montre Saint Cyprien au début du XXème siècle. Vous remarquerez qu'il n'y a pas beaucoup d'arbres sur les collines autour du village comparé à l'image que vous pouvez voir depuis ce point de vue!

C’est donc principalement l‘activité humaine qui modèle les paysages, dont celle importante des agriculteurs ou des fermiers comme les nomme Harrison Barker à la fin du XIXème siècle. L’aventurier anglais échange souvent avec les paysans, et il lui arrive parfois de dormir chez eux, ce qui nous rappelle que les agriculteurs de Dordogne ont contribué au développement du tourisme en accueillant très tôt les visiteurs dans leurs fermes. « comme je sentais le besoin de bavarder pendant la soirée, j’allais chercher le fermier aubergiste dans sa cuisine et je l’invitais à boire avec moi un verre d’eau de vie de sa fabrication. Il accepta avec empressement et tira de son buffet une bouteille d’une liqueur claire et verdâtre qu’il dit être de l’eau de vie de figues. C’était une nouveauté pour moi. J’avais déjà gouté de nombreux alcools de fruits distillés, mais jamais de la figue. Cette eau de vie qui gardait l’arôme violent de son origine, était digne d’une gnôle avec son goût d’alcool pur. J’amenai cet homme à me parler de la vie des paysans. Tout ce qu’il me dit confirma l‘opinion que je m’étais déjà faite, après d’autres témoignages relatifs aux travaux d’Adam lorsqu’il eut à lutter contre la nature hors du paradis terrestre. Laissez à un homme autant de terrain qu’il peut en labourer, donnez lui une paire de bœuf pour l’aider, il ne pourra vivre qu’au prix d’un incessant labeur et d’une rigoureuse frugalité. Telle est la condition normale de l’existence du paysan propriétaire : « le paysan qui travaille sérieusement, dit le fermier, ne dort pas plus de 4 h par nuit durant les mois d’été. Il se couche à 10 h et se lève 2 h après minuit. Cela ne nuirait pas à sa santé si sa nourriture était meilleure. Mais il ne mange à peu près que de la soupe et ne boit que de la piquette. »
Il aperçoit souvent à son arrivée dans les villages, les fermiers et les bêtes qui rentrent vers les villages : « partout autour des champs, là où à présent les grillons de la nuit chantent et les scarabées bourdonnent, j’observe toute une vie qui se déplace vers le village., des hommes qui portent leur pioche sur leur épaule ou qui marchent devant leur bœuf ayant terminé sa longue journée de labour, des femmes, des enfants, des oies, des dindes et des moutons ».
Ne vous attardez pas trop en route si vous ne voulez pas arriver à l’étape comme Harrison Barker au coucher du soleil, et rendez-vous dans l’étonnant village de Berbiguières !
Du vin et du patrimoine bâti à Berbiguières
Vous êtes maintenant arrivés à Berbiguières après une solide montée à travers les bois. Savez vous que si vous étiez passé ici au 19ème siècle, vous auriez marché dans les vignes qui occupaient 20% de la superficie de la commune ? En effet les coteaux autour du village étaient plantés de vignes qui ont été arrachées comme beaucoup en Périgord, après la grande crise du phylloxera qui arrive en Dordogne vers 1878.
C’est pour cette raison que Harrison Barker, alors qu’il dine dans une auberge à Tursac sur la vallée Vézère où il voyage juste après la vallée Dordogne, raconte cette anecdote. Il rencontre un voyageur de commerce avec qui il converse. Ce dernier lui dit « avec quelques cajoleries le vin vieux est souvent offert si vous savez vous y prendre. Pour cela, rien ne remplace la flatterie. » Et c’est avec cette méthode, en vantant le vin vieux produit avant dans le secteur, que « le voyageur persuada l’aubergiste de rapporter du meilleur coin de sa cave une bouteille de vin vieux de Tursac, issu des vignes patriarcales avant qu’un insecte nuisible de leur enlève la vie ».
Harrison Barker nous fait part de son goût pour le vin, et parle des différents vins que l’on trouvait sur les tables à l’époque. Il dit « le vin des grands hôtels est presque invariablement du vin de commerce, c’est-à-dire un mélange de différents vins plus ou moins traités au sulfate de chaux afin de maitriser son aversion pour le transport. Ceux qui privilégient un vrai « vin de pays » avec un goût spécifique rattaché au sol, doivent se tourner vers les auberges hors des sentiers battus en bordure des vignobles. Là il est probable qu’il reste encore du stock, et si le vigneron aubergiste dit que c’est du vin vieux, le voyageur peut lui faire confiance. Je n’ai pas connaissance, en pareille situation, de tentative de tromperie. » Le vin produit à Berbiguières, vin blanc et vin clairet, pour la consommation familiale et le commerce sur les gabarres, appartenait à l’appellation des Vins de Domme, très appréciés, qui connaissent aujourd’hui une véritable renaissance. Mais ce n’est pas au vin que Berbiguières doit son nom, qui vient directement de Berbiguieras, nom occitan pour les bergeries.
Le château de Berbiguières, situé sur une position stratégique par sa topographie verrouille la route de crêtes qui mène de Siorac à Castelnaud et à Domme. Au XIIème siècle, alors qu’il se présente sans doute comme une simple tour en bois, un poste avancé du château de Castelnaud que vous avez croisé il y a quelques dizaines de kilomètres. Pendant la guerre de Cent ans, la tour en bois est remplacée par un donjon de pierre, plus sûr et plus solide, puis au XIVème siècle, le corps de logis qui le prolonge au nord est construit. Le château est désormais habité, et à la fin de la guerre de Cent ans, le château est embelli avec la construction de la partie ouest du bâtiment central du château. De 1608 à 1613, d’immenses travaux qui donnent au château sa forme définitive : le pavillon Est est construit, puis relié au corps central par le porche voûté, orné de 4 colonnes doriques et muni de niches permettant de monter commodément à cheval. L’ensemble est de style Henri IV, avec un toit à double pente, « à la Mansart », couvert en lauzes. Une nouvelle cave est aménagée et pourvue de barriques neuves, car la vigne est en plein essor. Ces travaux sont réalisés par Henri Boyssou, de l’école saintongeaise ; ce maçon a, par la suite, reconstruit l’église de Domme, dans le même style.
Avant la construction de la route actuelle, on arrivait au château par la Selve ou par le bourg. Depuis, le village et le château tournent le dos à la route. Le village de Berbiguières qui s’enroule autour du château a conservé sa topographie. De petites venelles permettent de se déplacer au milieu des vieilles bâtisses dont certaines furent des hôtels ou des maisons nobles des vassaux des seigneurs de Berbiguières.
L’église que vous voyez en arrivant dans le village a quant à elle été construite entre 1732 et 1738. La chapelle Notre Dame, dont la paroi latérale est encore visible, car incluse dans les murailles du château, le long du “Cami del Calhau” (aujourd’hui le « Chemin des Remparts ») sur lequel vous allez passer pour revenir sur le chemin n’est assurément pas l’église primitive: mesurant seulement 12 m de long, elle est beaucoup trop petite pour avoir accueilli les paroissiens de Berbiguières. L’église primitive est certainement sous les terrasses du château, mais n’a pas été localisée.
Je pense qu’Harrison Barker aurait apprécié ce village original s’il été passé par là, mais à l’époque il n’avait pas Dorie pour lui faire découvrir la Dordogne ! Nous allons le retrouver bientôt, devant le pont du Garrit qui permet de rejoindre Saint Cyprien.
Le pont du Garrit et les auberges de H. Barker
Pour arriver à Saint Cyprien vous avez longé la Dordogne sur plusieurs kilomètres et vous voici arrivés devant le pont du Garrit.
Harrison Barker arrive de son côté à Saint Cyprien par le chemin d’eau, c’est-à-dire par la rivière. Et il s’est fait quelques frayeurs dans les rapides avant d’arriver avec le bateau à moitié rempli d’eau sur les berges de la Dordogne en rive droite, en face de l’endroit où vous vous trouvez actuellement. Après avoir confié ses rames à un habitant, il fait ses premiers as dans le village : «* ce petit bourg de moins de 3000 habitants portant le nom d’un saint africain « était, comme beaucoup d’autres plus important au moyen âge qu’il ne l’est aujourd’hui. Conformément à l’esprit des bâtisseurs d’autrefois, si prononcé dans toute l’Aquitaine et, à l’évidence, inspiré par des motivations défensives, les maisons sont entassées sur un flanc de colline escarpé ». « Ce village s’est développé au pied d’une abbaye dont l’église, toujours existante, affiche une tour massive ressemblant à s’y méprendre à un vieux donjon féodal* ».
Le pont du Garrit que vous avez en face de vous a une histoire singulière et il a ses amoureux ! écoutez comment en parle un journaliste, Bernard Lescure. *On le dirait sorti de l’imagination de Jules Vernes ou de Gustave Eiffel. Il faut dire qu’il est de leur époque. Il est né en 1894 et il a fière allure l’ancêtre ! Regardez-le : 175 m de fer, de poutres et de rivets posés sur des piles en pierre taillées pour enjamber la Dordogne entre Saint-Cyprien et Berbiguières ! A son actif il a plus de 120 ans de bons et loyaux services au lieu-dit le Garrit, qui veut dire le Chêne dans notre vieille langue d’Oc. Il fut témoin de tant d’histoires ! Il a vu les paysans porter le tabac aux entrepôts du haut de la ville de Saint-Cyprien et les camions transporter le ciment jusqu’à la gare au temps des trains à vapeur. En 1944, les résistants le firent exploser en son milieu pour empêcher les nazis de passer. Mais il a survécu et la paix revenue, il a vu les amoureux revenir à lui pour échanger leurs serments à l’ombre de ses piles. *
En effet, le pont a été créé à la fin du XIXème siècle pour remplacer le bac du Garrit utilisé par les producteurs pour livrer le magasin de tabac en feuilles de Saint-Cyprien. Il permettait d’accéder au village sans avoir à redouter les caprices de la rivière. Aujourd’hui ce pont est ouvert uniquement aux randonneurs à pied ou à vélo. Si vous pouvez l’emprunter, il vous mènera directement dans le village. S’il est fermé, ce qui est parfois le cas pour des travaux d’entretien, vous pouvez emprunter le nouveau pont routier situé un peu plus loin qui bénéficie du cheminement sécurisé pour les piétons.
Vous allez donc arriver à Saint Cyprien votre étape du soir, où vous avez certainement réservé un hébergement. Mais comment faisait Harrison Barker à la fin du XIXème siècle ? Hé bien il semble qu’il ne rencontre aucun problème pour se loger, des auberges étant présentes dans chaque village traversé. Ces dernières sont de qualités variables, mais ce qui marque le plus Harrison Barker, c’est les repas qui sont servis dans ces auberges, et parfois…l’hygiène comme ce soir là. « Le hasard me conduisit dans une maison qui arborait l’enseigne d’une auberge, bien qu’elle se situât à l’arrière d’une cour de ferme. Je pensai que je pouvais m’arrêter ici aussi bien qu’ailleurs. J’attends mon diner, ce qui n’est pas la meilleure des façons de tuer le temps. Je ne m’expose pas cependant, au risque d’être irrité par la vue de la serveuse pleine de bonne volonté mais aux gestes un peu mécaniques. Elle racle les cendres blanches des braises et partage ces dernières en petits tas brulants dans l’âtre, jette du sel dans le chaudron suspendu d’une main dont la couleur dépasse l’entendement, puis elle goûte la soupe ; tout cela et bien plus encore. »
« Je suis assis seul à une grande table dans une pièce assez grande pour une fête de mariage, mal éclairée par une lampe à huile dont les flammes semblent affligées de la danse de Saint Guy. » « Le diner fût aussi bon que j’étais en droit de l’attendre. Le plat pour lequel la maitresse de maison avait surement usé de son meilleur art était une poêlée d’oronges dans une sauce au verjus. Le plat de résistance était une volaille rôtie, un oiseau malchanceux qui aurait du rester tranquillement perché, mais mon arrivée avait bouleversé les dispositions de l’auberge et du poulailler. En tout cas ce volatile avait eu de bonnes raisons de croire qu’un vent mauvais m’avait poussé jusqu’au village. »
Je pense que vous ne croiserez plus d'infortunés volatiles en arrivant dans le bourg, et qu'à défaut d'une poêlée d'oronges, vous pourrez trouver des endroits où bien manger en toute confiance!


