Etape 4 de Saint Cyprien au Coux et Bigaroque




Envie d’explorer le Périgord pendant plusieurs jours ? Suivez Dorie dans les pas de Harrison Barker, voyageur anglais du XIXe siècle qui a écrit la chronique de ses aventures en Dordogne dans son livre « Two Summers in Guyenne, chronicle of the wayside and waterside ».
Dorie vous propose une immersion de 5 jours le long de la Vallée Dordogne.
Pour cette étape entre Saint Cyprien et Le Coux, la nature est au rendez vous. Le chemin commence par une belle grimpette qui permet de découvrir les grottes de l’ermite où aurait vécu Saint Cyprien, puis la ferme de Fages. Les sous-bois vous accueillent ensuite et vous accompagnent sur les hauteurs de la vallée Dordogne, avant de redescendre par de beaux chemins bien dégagés vers le village du Coux, où Harrison Barker remarque la plantation de topinambours. Une plage aménagée sur la Dordogne permet de se délasser au bord de l’eau.

Point de départ : Intersection de la rue Gambetta (rue principale) et rue du Levret (qui frimpe dans le village)
Villages traversés : Saint Cyprien - Le Coux
Arrivée : Le Coux
Distance totale : 18 km
Difficulté : aucune
Conseils de Dorie : Attention, prenez vos précautions pour le pique nique à midi car vous n'allez pas croiser de bourg, seulement des hameaux qui ne disposent pas de commerces.
A noter : Tout au long de votre balade, en vous servant de la carte, vous pourrez voir où se situent les services de proximité comme les offices de tourisme, les restaurants ou les hébergements ainsi que informations pratiques comme les toilettes ou les lieux de pique-nique. Vous pouvez également retrouver toutes ces informations dans les onglets « info » et « écotourisme », nous vous conseillons fortement d’y jeter un œil pour faire vos réservations avant de partir.
Aperçu du parcours
Départ de Saint Cyprien et grottes de l'ermite
Harrison Barker pour repartir de Saint Cyprien va le faire en bateau. Mais il n’est pas très rassuré. La veille après un passage dans les rapides il est arrivé avec son bateau rempli d’eau, et ce matin alors qu’il rembarque, un homme sur la berge lui crie « *votre bateau ne vaut rien ! si vous essayez de passer le troisième pont vous irez par le fond *! »
Nous verrons un peu plus tard que son épopée fluviale sera des plus brèves. En attendant, pour repartir de Saint Cyprien, vous avez emprunté le même chemin que l’écrivain anglais quand il part à la recherche du château.
« Je continuai la montée de la colline au-dessus des maisons et de la vieille église toute simple à la recherche du château de Fages. Une femme maniait la quenouille et le fuseau avec l’air méditatif des fileuses, ses pieds nus bougeant doucement et sans bruit sur les pierres. Elle me montra un petit chemin qui montait à travers les collines désertes au milieu des églantiers ornés de cynorhodons écarlates et des fragments d’anciens murs auxquels s’accrochaient les fougères, les mousses de lierre teintés par la lumière dorée déclinante. Je traversai des vignes juste vendangés je grimpai à travers les genêts et les pruneliers jusqu’à un plateau. Je cherchai le château en vain. Sans l’aide d’un garçon qui ramenait une chèvre, j’aurais pu le chercher jusqu’à la nuit noire. »
L’histoire de Saint Cyprien commence dans l’obscurité des grottes de Fages devant lesquelles vous êtes passé. Un ermite nommé Cyprien s’y installe, après avoir laissé ses compagnons Armand et Sour, fonder les bases de Terrasson et Saint Amand de Coly plus au nord. Peu à peu, une communauté s’agrège autour de l’ermite, qui ressent la nécessité de se protéger derrière des murs. L’histoire se poursuit ensuite au fil du chemin, quand la silhouette du château de Fages apparait. Construit sur un oppidum gallo-romain, sa position stratégique lui permettait de surveiller la vallée d’un côté, et les villages de l’autre. Un peu plus loin, la ferme de Fages est une exploitation familiale installée depuis 3 générations, qui fait de l’agneau et des noix bio qu’elle transforme (huile de noix, cerneaux, noix salées ou caramélisées en vente directe). N’hésitez pas à vous rendre dans la rubrique « service » pour avoir leur contact si vous voulez les visiter.
L’étape aujourd’hui va être en partie en forêt, et je vous retrouve dans quelques kilomètres pour vous raconter quelques histoires sur les bois du Périgord.
Départ de Saint Cyprien et grottes de l'ermite
Harrison Barker pour repartir de Saint Cyprien va le faire en bateau. Mais il n’est pas très rassuré. La veille après un passage dans les rapides il est arrivé avec son bateau rempli d’eau, et ce matin alors qu’il rembarque, un homme sur la berge lui crie « *votre bateau ne vaut rien ! si vous essayez de passer le troisième pont vous irez par le fond *! »
Nous verrons un peu plus tard que son épopée fluviale sera des plus brèves. En attendant, pour repartir de Saint Cyprien, vous avez emprunté le même chemin que l’écrivain anglais quand il part à la recherche du château.
« Je continuai la montée de la colline au-dessus des maisons et de la vieille église toute simple à la recherche du château de Fages. Une femme maniait la quenouille et le fuseau avec l’air méditatif des fileuses, ses pieds nus bougeant doucement et sans bruit sur les pierres. Elle me montra un petit chemin qui montait à travers les collines désertes au milieu des églantiers ornés de cynorhodons écarlates et des fragments d’anciens murs auxquels s’accrochaient les fougères, les mousses de lierre teintés par la lumière dorée déclinante. Je traversai des vignes juste vendangés je grimpai à travers les genêts et les pruneliers jusqu’à un plateau. Je cherchai le château en vain. Sans l’aide d’un garçon qui ramenait une chèvre, j’aurais pu le chercher jusqu’à la nuit noire. »
L’histoire de Saint Cyprien commence dans l’obscurité des grottes de Fages devant lesquelles vous êtes passé. Un ermite nommé Cyprien s’y installe, après avoir laissé ses compagnons Armand et Sour, fonder les bases de Terrasson et Saint Amand de Coly plus au nord. Peu à peu, une communauté s’agrège autour de l’ermite, qui ressent la nécessité de se protéger derrière des murs. L’histoire se poursuit ensuite au fil du chemin, quand la silhouette du château de Fages apparait. Construit sur un oppidum gallo-romain, sa position stratégique lui permettait de surveiller la vallée d’un côté, et les villages de l’autre. Un peu plus loin, la ferme de Fages est une exploitation familiale installée depuis 3 générations, qui fait de l’agneau et des noix bio qu’elle transforme (huile de noix, cerneaux, noix salées ou caramélisées en vente directe). N’hésitez pas à vous rendre dans la rubrique « service » pour avoir leur contact si vous voulez les visiter.
L’étape aujourd’hui va être en partie en forêt, et je vous retrouve dans quelques kilomètres pour vous raconter quelques histoires sur les bois du Périgord.
Le Périgord des forêts et des légendes
Je vous avais dit que cette étape était en partie dans les bois, vous allez maintenant pénétrer dans l'un d'eux. Les forêts occupent une grande place de Périgord, à peu près 45 % du territoire, faisant de notre département le troisième en termes de surface boisée en France. La majorité des essences forestières est composée de feuillus ; chênes et châtaigniers en sont les deux principales. Elément identitaire dans les paysages de la Dordogne, l’arbre est visible sous toutes ses configurations, en isolé comme en massif forestier. Les appellations Périgord Vert et Périgord Noir, dont le nom est issu du feuillage des forêts, témoignent de la présence des arbres sur le territoire. Les forêts racontent une histoire en Dordogne, car elles sont liées à des pratiques anciennes : feuillardiers, charbonniers, anciennes châtaigneraies, noyeraies etc…
Il était déjà dans les siècles passé un élément paysager important de nos territoires, bien qu’il ait été utilisé massivement comme matière première pour de nombreux métiers qui le travaillaient et vivaient de son exploitation. Dans les habitations, il était utilisé pour le chauffage mais aussi dans la confection des meubles et des ustensiles du quotidien. Le bois était si précieux que, voler du bois mort était un délit!
Le châtaignier, arbre identitaire des sols acides et pauvres, permettait de nourrir homme et animaux par ses fruits. Crus, cuits au four, bouillis ou moulus, ils étaient la base de leur alimentation. Il fut ainsi nommé l’arbre à pain.
La végétation des sous-bois était utilisée pour la litière des animaux dans les étables. Bruyères ou fougères remplaçaient la paille. La forêt est donc une véritable ressource pour les hommes, du tronc au fruit, tous les éléments la constituant trouvaient une utilité.
Il y avait cependant des habitants dans les forêts qui étaient un peu moins fréquentables. Harrison Barker en parle : « parfois on peut y voir des loups en hiver. Mais le pays des loups commence réellement qu’un peu plus au nord de Sarlat et s’étend vers le Limousin. » Il nous dit cependant : « le Périgord Noir est un district de France qui chaque année, coute une forte somme au gouvernement pour la prime donnée à ceux qui ont tué des loups ». Le loup qui a disparu dans la seconde moitié du XXème siècle, le dernier aurait été tué dans le nord Dordogne dans les années 40, a réellement traumatisé la population à certaines périodes. Ainsi, au XVIIIème siècle une bête féroce sévissait dans le secteur, on l’aurait même aperçue en ville, dans les venelles de Sarlat. Voici ce que raconte la chronique de l’époque:
« Cette bête féroce parcourut, avec une vitesse incroyable, les paroisses de Saint Julien et Grolejac. En vain nombre d’habitants de l’une ou l’autre paroisse voulurent s’opposer aux ravages de ce cruel animal. Dix huit à vingt personnes furent les tristes victimes de sa fureur. » « Cette créature faisait le contraire de la bête en Gévaudan dont il a été tant parlé. Car il semblait que celle-ci n’en voulait qu’aux hommes, au lieu que celle du Gévaudan attaquait les femmes de préférence. Prête à fondre sur sa proie elle hérissait son poil et les yeux tout en feu, se dressait sur ses pieds de derrière et tachait de saisir sa victime tantôt au visage, tantôt aux autres parties de la tête. »
Finalement l’animal est tué lors d’une chasse, il s’agissait vraisemblablement d’un énorme loup enragé qui est rentré dans la postérité sous le nom de « la bête de Sarlat ».
Poursuivez maintenant votre chemin en gardant les sens en éveil, car le loup que l’on croyait disparu referait son apparition en Périgord, 31 signalements ayant été enregistrés en 2022.
Le long de l'Aurival, les premiers habitants du Coux
Des traces paléolithiques et moustériennes avec des outils taillés dans le silex ont été relevées à la carrière de Saint-Georges, le hameau que vous venez de traverser. Mais les premières traces d’organisation humaine et de l’homme sédentaire agriculteur se trouvent nombreuses sur le plateau au sol léger et sableux situé entre le ruisseau de l’Aurival que vous longez maintenant et le coteau de Cazenac.
Ce site privilégié a motivé l’installation de communautés agricoles et la mise en valeur de terres vierges à la fin de la période néolithique. La fouille de la grotte sépulcrale d’Eybral tout prêt du centre bourg du Coux confirme l’intérêt archéologique avec des crânes portant des traces de trépanations. Il a été trouvé sur ce plateau un matériel litique (en pierre) et céramique important : haches polies, meules, pointes de flèche, houes, galets en poids pour filets de pêche, etc.
C’est donc sur ces terrasses et replats que les premiers agriculteurs firent leur apparition, qu’ils semèrent les premières céréales et élevèrent les premiers troupeaux, trouvant dans les bois et la rivière, par la chasse et la pêche, leur supplément de nourriture. Les Gaulois, avec la civilisation celtique, implantèrent les premiers hameaux à leur emplacement actuel, avec une organisation sociale structurée. Il a d’ailleurs été retrouvé, à Saint-Georges, les résidus d’une ancienne forge de plein air qui aurait fonctionné jusqu’au XIIIème siècle. Les Romains trouveront à leur arrivée en Périgord la douceur de vivre et y bâtiront. A côté de l’église du Coux furent découverts, en 1891, les vestiges d’une villa gallo-romaine : objets de cuivre (en dépôt au musée de Périgueux), tessons de poterie, débris de mosaïque, pièces en bronze. Un sarcophage en pierre, trouvé au Bru, dans le village du Coux est la seule trace des siècles suivants.
Il ne vous reste plus qu’à suivre le ruisseau et à arriver au Coux, comme Barker en 1892. Mais il y a peu de chances que vous soyez, comme lui lorsqu’il arrive dans le village, escorté d’une troupe d’oies !
Arrivée au Coux, quelques notions de tonomynie
Avant cette dernière petite pause, vous êtes passé près des hameaux de la « Combe », de « Buffevent », du « Cluzel »… pour arriver au Coux Ces noms de hameaux trouvent leur racine dans la langue d’Oc. La langue et la culture occitanes ont marqué la Dordogne et ses habitants, dont l’art de vivre est imprégné des traditions de courtoisie et de respect que les troubadours Périgourdins ont propagé en leur temps dans l’Europe entière.
Cette langue d’Oc donne des indications sur la toponymie locale. Les noms de lieux (ou toponymes) constituent une composante essentielle de l’identité occitane du Périgord ; leur étymologie nous offre en effet un témoignage historique et nous enseigne sur les facettes du patrimoine naturel, linguistique et culturel de ce pays. Car en Périgord, la quasi-totalité des noms de lieux et de cours d’eau ont deux formes : l’une francisée dont la fixation orthographique et phonétique est rarement antérieure au XVIIIè siècle, l’autre occitane, plus ancienne et transmise de génération en génération.
Parmi les milliers de toponymes que recèle le Périgord, voici quelques spécimens choisis, comme autant de clés qui vous permettront d’entr’ouvrir les portes de cet immense domaine culturel.
Vous avez commencé votre randonnée en gravissant un « puy » ou un « pech » (en occitan puei ou puèg) : il s’agit des variantes limousine et languedocienne d’un même mot occitan signifiant « colline, coteau ». Issu du latin podium, ce terme est souvent suivi soit du nom d’un ancien propriétaire (Puei Rosseu = Puyrousseau ; Puèg Armant = Pécharmant), soit d’un déterminant distinctif (Puei Redond = Puyredon, la colline arrondie).
Arrivés au sommet, dévalez jusque dans une « combe » (en occitan comba), vieux terme d’origine gauloise signifiant « vallon », ou désignant une simple dépression entre deux pueis ~ puègs. Pour se distinguer de ses congénères, la comba pourra également être suivie d’un nom de personne ou d’un déterminant (Comba Esteve = Combestève, le vallon d’Etienne ; Comba Negra = Combenègre, le vallon noir, sombre).
Si le temps n’est pas trop sec, vous y trouverez peut-être une « font », terme le plus courant pour désigner une source. De là, vous traversez un bòsc (un bois) .En Périgord, les bòscs sont si nombreux qu’on se doit souvent, là encore, de préciser leur appartenance ou leur particularité (Bòsc Maurin = Bost Maury, le bois de Maurin ; Bòsc d’Infern = Bodifer, le bois d’enfer, mal exposé ou de sinistre réputation).
Arrivés à la lisière du bois, vous apercevrez un village ou un bourg. Si son nom se termine par -ac, il s’agit très probablement d’une ancienne villa gallo-romaine, vaste domaine agricole formé sur le nom du propriétaire avec le suffixe d’appartenance -acum. Par exemple, °Carsiacum (le domaine de Carsius) est devenu Carsac.
A l’époque médiévale, la langue occitane forma de nouveaux toponymes à partir du nom du propriétaire, mais suivi cette fois du suffixe -ia, au singulier et parfois au pluriel. Ainsi, La Gontariá (La Gonterie) était la ferme de Gontier, L’Aimariá (Leymarie) celle d’Aimar et Las Aisiás (Les Eyzies) gardent le souvenir de la famille Aitz.
Maintenant, à vous de jouer ! Munissez-vous de ces quelques clés et partez sur les chemins à la découverte des trésors toponymiques du Périgord…
Vous découvrirez que le nom de Coux et Bigaroque vient des mots occitans COS (voie, chemin) pour Coux, et de Biga Roca (double rocher) pour Bigaroque. Les deux communes ont fusionné en 1825 pour ne faire plus qu’une. Vous vous touvez ici précisément au Coux, Bigaroque se situant plus loin sur le chemin.


