Dorie
Dorie
21km
5h

Une étape en canoë sur le chemin d'eau

Aquatique
La rivière à la Roque Gageac
Aquatique
La rivière à la Roque Gageac

Harrison Barker quand il vient en Périgord ne voyage qu'à pied et en canoë.

Sur la vallée Dordogne, il descend avec un bateau emprunté à "la Loutre", un pêcheur de la vallée, depuis Beynac jusqu'à Saint Cyprien où il passe la nuit. Il a quelques frayeurs lors de cette première descente, et le nom de son bateau, "la Périssoire" souligne son caractère peu stable.

Au départ de Saint Cyprien il est averti que son bateau ne passera pas les remous au pont de Vicq au Buisson de Cadouin. Peu rassuré, il s'arrête donc quelques kilomètres après son départ de Saint Cyprien pou reprendre son voyage à pied.

La présence de nombreux loueurs de canoës permet de découvrir à votre tour le "chemin d'eau" de Harrison Barker. Pour plus de facilités, nous vous le proposons ici entre Cenac (sur l'étape Domme - Beynac) et Saint Cyprien, avec Dorie comme guide. Vous pouvez dès lors emprunter un canoë à Cenac, la Roque Gageac, Castelnaud ou Beynac pour faire une partie du parcours en bateau comme notre aventurier anglais. Vous avez ensuite la possibilité de reprendre le chemin à pied à l'endroit où vous débarquez, ou de revenir à l'endroit où vous avez embarqué (le loueur vous ramène) et reprendre votre chemin là où vous vous étiez arrêté.

Retrouvez la liste des loueurs: dans la rubrique écotourisme vous trouverez les bases géolocalisées. Attention : seules les bases situées à proximité du chemin pour une connexion facile sont indiquées à titre informatif

A savoir: obligation de savoir nager, de mettre des chaussures fermées et un gilet de sauvetage

Distances: Cenac - St Cyprien: 22 km

Conseil de Dorie : N''hésitez pas à appeler les bases pour connaitre les possibilités de parcours. Vous pouvez soit faire une journée de canoë et revenir à votre point de départ pour reprendre votre randonnée à l'endroit où vous avez embarqué, soit faire une étape en canoë et reprendre votre randonnée à l'endroit où vous sortez le canoë de l'eau. Dans ce dernier cas n'oubliez pas que les bases en aval peuvent vous amener un canoë en amont qu'elles récupèreront à votre arrivée à la base. Ex : un prestataire De St Cyprien remonte le canoé à Cenac le matin, et le récupère dans sa base à St Cyprien l'après midi. Vous rendez le canoë et poursuivez votre voyage à pied à partir de St Cyprien.

Envie de découvrir le parcours ?

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Mode de mobilité
En canoë
Publics
En famille
Infrastructure
Commerces locaux
Restaurants
Office de tourisme

Aperçu du parcours

Étape 1

La Dordogne

Est-ce une rivière ? un fleuve ? elle peut être l’une ou l’autre selon les interprétations de chacun, puisqu’elle se jette dans l’estuaire de la Gironde où elle rejoint la Garonne. Mais une chose met tout le monde d’accord, c’est la beauté de la Dordogne, sa richesse naturelle et patrimoniale, qui attire chaque année de nombreux visiteurs. L’effort produit pour préserver cet espace naturel, a conduit l’UNESCO a lui donner le label « réserve de biosphère ».

Derrière vous se trouve la colline de Domme, aux calcaires plus durs que ceux environnants, ce qui lui a permis de résister à l'érosion et d'offrir à Domme une position élevée. En géomorphologie ce phénomène prend le nom de "relief inversé".

L'endroit où vous vous trouvez à Cenac était le port où l'on embarquait sur les gabarres le précieux vin de Domme.

Harrison Barker voit les gabarres sur la Dordogne, et il rencontre également un ancien gabarrier reconverti en tavernier. Il témoigne:

"En gagnant de nouveau le bord de la rivière, j’aperçus que la descente des auvergnats avait commencée. Tous les gens qui vivent sur le bord de la haute Dordogne, soit qu’ils appartiennent au Puy-de-Dôme, au Cantal ou à la Corrèze, sont appelés Auvergnats en Périgord, ou plutôt ceux d’entre eux qui descendent le courant avec leur petite barque chargée de bois, quand les pluies d’automne ont commencé et qu’il y’a assez d’eau dans la rivière pour faciliter la navigation.

Quelquefois, dans leur désir d’échanger leur bois contre de l’argent, ils partent un peu trop tôt et, fourvoyés par une augmentation temporaire du courant, ils échouent après peu de jours de navigation. J’ai vu une de ces barques enfoncée sur un banc de sable au milieu du courant tandis que les rapides voisins l’inondaient avec un mugissement qu’on pouvait entendre à un ‘mile’ de distance Ces bateaux sont bons seulement pour un seul voyage qui est le premier et le dernier. Les hommes reviennent, mais pas les bateaux qui sont vendus à Libourne, comme bois de chauffage, lorsqu’on a débarqué leur chargement. (…)

Le voyage annuel dans le Bordelais leur procure le moyen de revoir les vieux amis qu’ils ont rencontrés pendant des années dans les auberges du bord de l’eau où ils ont abordé pour la nuit, car la descente de la Dordogne dans l’obscurité est trop dangereuse. Le batelier prend de gros risques pour bien peu de chose lorsqu’il part pour son voyage annuel. Quand il a vendu son bois il est impatient de partir, loin du danger, aussi vite que possible.(…)"

Étape 1

La Dordogne

Est-ce une rivière ? un fleuve ? elle peut être l’une ou l’autre selon les interprétations de chacun, puisqu’elle se jette dans l’estuaire de la Gironde où elle rejoint la Garonne. Mais une chose met tout le monde d’accord, c’est la beauté de la Dordogne, sa richesse naturelle et patrimoniale, qui attire chaque année de nombreux visiteurs. L’effort produit pour préserver cet espace naturel, a conduit l’UNESCO a lui donner le label « réserve de biosphère ».

Derrière vous se trouve la colline de Domme, aux calcaires plus durs que ceux environnants, ce qui lui a permis de résister à l'érosion et d'offrir à Domme une position élevée. En géomorphologie ce phénomène prend le nom de "relief inversé".

L'endroit où vous vous trouvez à Cenac était le port où l'on embarquait sur les gabarres le précieux vin de Domme.

Harrison Barker voit les gabarres sur la Dordogne, et il rencontre également un ancien gabarrier reconverti en tavernier. Il témoigne:

"En gagnant de nouveau le bord de la rivière, j’aperçus que la descente des auvergnats avait commencée. Tous les gens qui vivent sur le bord de la haute Dordogne, soit qu’ils appartiennent au Puy-de-Dôme, au Cantal ou à la Corrèze, sont appelés Auvergnats en Périgord, ou plutôt ceux d’entre eux qui descendent le courant avec leur petite barque chargée de bois, quand les pluies d’automne ont commencé et qu’il y’a assez d’eau dans la rivière pour faciliter la navigation.

Quelquefois, dans leur désir d’échanger leur bois contre de l’argent, ils partent un peu trop tôt et, fourvoyés par une augmentation temporaire du courant, ils échouent après peu de jours de navigation. J’ai vu une de ces barques enfoncée sur un banc de sable au milieu du courant tandis que les rapides voisins l’inondaient avec un mugissement qu’on pouvait entendre à un ‘mile’ de distance Ces bateaux sont bons seulement pour un seul voyage qui est le premier et le dernier. Les hommes reviennent, mais pas les bateaux qui sont vendus à Libourne, comme bois de chauffage, lorsqu’on a débarqué leur chargement. (…)

Le voyage annuel dans le Bordelais leur procure le moyen de revoir les vieux amis qu’ils ont rencontrés pendant des années dans les auberges du bord de l’eau où ils ont abordé pour la nuit, car la descente de la Dordogne dans l’obscurité est trop dangereuse. Le batelier prend de gros risques pour bien peu de chose lorsqu’il part pour son voyage annuel. Quand il a vendu son bois il est impatient de partir, loin du danger, aussi vite que possible.(…)"

Étape 2

Un peu de géologie

En pénétrant en Périgord, la Dordogne rencontre des sols calcaires qu’elle va entailler, contourner pour former ses fameux cingles (boucles). Les chênes verts bordent le haut de falaises parfois abruptes, comme celles que vous croisez.

En descendant en canoë avant d'arriver à La Roque Gageac, vous passez sous des falaises au calcaire tendre, ce qui leur donne un profil ruiniforme caractéristique des calcaires dolomitiques. En effet ce type de roche contient du calcaire mais également du magnésium, ce qui fait qu'elles ne s'altèrent pas uniformément, mais davantage et plus rapidement aux endroits où se concentre le magnésium.

Ces falaises portent le nom étrange de "pendoilles". Selon une croyance locale, ce terme viendrait des gabarriers, pilotes de bateaux qui descendaient les rivières, qui se seraient pendus en haut des falaises après avoir échoué leurs embarcation et leurs chargements contre les rochers qui sont à cet endroit dans la Dordogne.

D'ailleurs, pensez à regarder l'avant de votre bateau pendant que vous écoutez Dorie, ça vous évitera de percuter une pierre, dont certaines viennent du massif central..

Un bout de massif central en pleine vallée de la Dordogne ? et bien oui, c’est possible, comme en témoignent ces galets alluviaux constitués, en plus du calcaire local, de quartzite, grès et autres roches diverses et variées d’origine métamorphique. Ces galets fluviatiles ont été charriés par la rivière . Ils proviennent du massif central, qui tout compte fait, n’est pas si éloigné que cela.

La plupart de ces galets sont lisses et arrondis (caractéristique de galets fluviatiles), mais si on y regarde de plus près, on peut observer quelques galets avec des formes plus angulaires et des surfaces planes marquées qui laissent à penser à une origine fluvio-glaciaire.

Que cela ne vous empêche pas de faire une pause et de profiter de ces plages de la Dordogne!

Étape 3

La Roque Gageac

Voici comment Harrison Barker décrit la Roque Gageac à son arrivée : « Après avoir franchi quelques milles j’arrivai à la Roque-Gageac, un village au pied d’une longue suite de rochers, aux contours fantastiques, non loin de la Dordogne. Beaucoup de maisons, qui se dressent le long de ces rocs semblent avoir escaladé la pierre calcaire au ton chaud, sous l’abri de la corniche et de la voûte façonnée par la main du sculpteur temps, bravant les tempêtes des siècles et le danger d’être précipité dans la vallée par quelque chute d’énormes blocs de pierres

Le village a vraisemblablement été édifié suite aux raids vikings sur la vallée aux IXème et Xème siècles, quand la population a voulu se protéger à l’abri d’une falaise fortifiée. Un fort troglodytique dominant un castrum dans la partie haute du bourg actuel permettait un contrôle de la rivière, et les maisons nobles ou de chevaliers dominaient un agglomérat de maisons construites face à la rivière dans la partie basse. La Roque-Gageac offre une ouverture sur la riche rivière Dordogne. L’activité portuaire, le passage sur le fleuve et la pêche ont fait la richesse de la cité jusqu’à l’arrivée du phylloxera, puis des routes et du train.

Dans le village une plaque commémore un triste évènement qui va bouleverser pendant plusieurs années la petite cité des bords de la Dordogne. Le 17 janvier 1957, un pan entier de la falaise se détache vers 10 heures du matin et écrase la partie ouest du village, qui est coupé en deux. Trois victimes seront retrouvées dans les gravats. Habitués à affronter les épreuves, les habitants vont peu à peu reconstruire la partie du bourg endommagé. Lorsqu’Harrison Barker passe à la Roque, l’accident ne s’est pas encore produit. Cependant, à proximité de cet endroit, il assiste à un spectacle qui le laisse dubitatif :

"A un endroit découvert, formant une petite place, un homme et une femme étaient en train, chacun au bout d’une planche de retenir un cochon, sur laquelle on l’avait étendu malgré lui ; tandis qu’un troisième personnage tenait en main un couteau près pour le sacrifice. Et le lieu choisi pour l’exécution était juste en face d’un antique et intéressant calvaire protégé par un toit à pignon que surmontait un grossier crucifix gothique. Je ne jetai qu’un coup d’œil sur la pale statue et les fleurs placées devant elles. Rien qu’un simple coup d’œil, parce que l’égorgement de cette victime et l’attente d’un instant avant de voir gicler le rouge flot de sang détournèrent mon attention. Voilà un spectacle poétique qu’offre la romantique contrée des troubadours… »

Il décrit également une grotte dont l’entrée se trouve sous le niveau de l’eau et dans laquelle rentrent les enfants en plongeant, se guidant pour ressortir aux rayons de soleil. Un soir une enfant pénètre dans la grotte « éclairée par la faible lueur empruntée à l’eau. Il s’y attarda jusqu’à ce que le soleil, continuant sa course, l’angle de réfraction ne change soudainement. L’enfant n’eut pas le courage de plonger dans le sombre abîme, où plus aucun phare ne subsistait pour le guider et où il aurait pu se heurter aux parois. Il passa donc la fin de la journée et la nuit dans la grotte. Lorsque le soleil éclaira à nouveau le passage, le garçon plongea hors de sa prison, et quelques secondes plus tard, il était assis sur la rive et séchait au soleil. » Je ne sais pas pour vous, mais je pense que beaucoup de parents d'aujourd'hui auraient détourné ciel et terre pour retrouver leur enfant. Il semble que ces derniers étaient moins anxieux à l'époque...

Étape 4

La couasne du Luc et Castelnaud

Quand la Dordogne pénètre en Périgord et rencontre des sols calcaires, elle les entaille quand la pierre est tendre, elle les contourne, ou elle trouve d’autres passages et forme des bras morts, nommés les « couasnes » qui sont prisés pour la pêche.

C’est bien une couasne dont vous apercevez l'entrée maintenant en rive droite. Il s'agit d'un ancien bras de la rivière Dordogne qui entaille les alluvions. Qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas ici d’une résurgence vauclusienne comme la source de la Bulide située à proximité qui sort de terre en bouillonnant, mais bien de l’affleurement d’une nappe alluviale.

Observez ce bras de rivière. Avez-vous l’impression qu’il s’agit de la même rivière sur laquelle vous naviguez depuis Cenac ou la Roque Gageac?

Ici, fini les eaux claires et limpides. Le milieu reste relativement fermé et correspond à une eau de surface chargée de matières en suspension. Bien souvent, la surface devient complètement verte, recouverte de lentilles d’eau en grande quantité.

Les hauteurs d’eau sont en relation étroite avec la pluviométrie, et en période d’étiage important, c’est-à-dire à un niveau d’eau au plus bas, on constate un certain assèchement de ces couasnes, et la formation de zones humides.

La pêche dans les couasnes est règlementée, car elles constituent un refuge pour de nombreuses espèces de poissons qui trouvent là un endroit calme loin de toute agitation.

Et de l'agitation dans cette vallée, il y en a eu au cours des siècles! La vallée Dordogne offre avec ses falaises et collines surplombant la rivière, des sites de défense et de contrôle des axes de circulation. Les Seigneurs Périgordins de langue d’Oc refusent d’abord l’autorité des Rois de France et d’Angleterre lors de la guerre de 100 ans qui se déclenche lors du remariage d’Alienor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt Roi d’Angleterre. Mais à l’issue de la croisade des albigeois, ils doivent finalement se soumettre à l’un ou l’autre des rois.

Les châteaux de Castelnaud et Beynac se faisant face prendront respectivement le parti du Roi de France et du Roi d’Angleterre! Il n'était pas question pour eux, à l'époque, d'organiser une fête des voisins!

Le bourg castral situé à la confluence de la Dordogne et du Ceou, rivière venant du Lot, est installé sur le flanc de la colline qui part du bord de la Dordogne et monte jusqu’au château. Il est organisé autour de placettes en terrasses, reliées entre elles par des ruelles abruptes.

Deux statues situées près de la rivière, la vendangeuse et le gabarrier rappellent un passé pas si lointain quand les coteaux de la vallée étaient couverts de vignes et la rivière de bateaux qui descendaient le bois, le vin et diverses marchandises jusqu’à Bordeaux pendant la période des « eaux marchandes », c’est-à-dire quand le débit de la Dordogne le permettait.

Le château de Castelnaud dominant e village était une forteresse importante du Périgord, qui a traversé tant bien que mal les tourments de l’histoire. Possession d’un seigneur cathare , il va être brulé une première fois au début du 13ème siècle, puis reconstruit. De cette époque subsistent le donjon carré et la courtine.

Puis la guerre de 100 ans va conduire le château à prendre tout d’abord le parti anglais, et devenir ennemi de son voisin Beynac qui resta fidèle au Roi de France. Castelnaud va changer 7 fois de camp avant d’être définitivement pris par les français en 1442 après un siège de 3 semaines.

Après la guerre, on protège la basse cour par 2 tours percées de canonnières, une nouvelle barbacane, un corps de logis et une tour d’artillerie sont construits. Le capitaine protestant Geoffroy de Vivans va combattre les chrétiens depuis Castelnaud et ne sera jamais attaqué. Le château après la Révolution servira de carrière de pierres.

Harrison Barker apprécie le patrimone médiéval de la vallée et laisse son imagination vagabonder. Notre voyageur anglais sensible à ce patrimoine médiéval se laisse aller à des rêveries alors qu’il observe le château depuis la rivière.

« Alléché par la fraîcheur de l’air et la gloire sereine du ciel étoilé, je sortis et descendis dans la vallée jusqu’à un endroit où la rivière lèche et use les flancs des rochers, s’élevant de son lit comme une muraille. Je pus voir distinctement et se détachant du ciel, la masse noire du château et de l’église, qui se dressaient au-dessus de ma tête, et de minute en minute vers l’ouest, l’éclair d’un orage lointain faisait briller la sombre maçonnerie et les rochers. Plusieurs siècles auparavant, le roc, la forteresse et l’église ont pu présenter le même spectacle et le même éclairage féeriques. Un Anglais, guerroyant avec le Prince noir, debout, à la même place où je suis (la route à cette époque était probablement un chemin muletier) a pu voir, se dressant contre le ciel, le même tableau qui me fait songer au temps passé. Mais la tranquillité de la nuit d’été peut avoir été troublée par des bruits que l’on n’entend plus à présent. Il est peu vraisemblable qu’un château aussi grand, renfermant autant de soldats en armes et d’officiers qu’on jugeait nécessaires à sa défense et à sa dignité, ait pu être à cette heure matinale plongé dans un silence plus complet que celui qui règne en ce moment dans la vallée de la Dordogne. Sûrement, outre le guetteur de nuit, il devait y avoir des gens respirant la fraîcheur sur le donjon, quelques soldats arpentant le chemin de ronde, bien que des jours pacifiques pussent être revenus sur la malheureuse contrée de la Guyenne, et la clameur des voix retentissantes pouvait descendre jusqu’à la rivière. Mais à présent, le château est tranquille comme son rocher, qui a été battu par les vagues de la mer aujourd’hui disparue, et ceux qui l’habitent sont comme les gardiens d’un cimetière.
Le donjon dont la simple silhouette semble se dresser au milieu des étoiles, ne sert qu’à montrer une de ces nombreuses tombes de la féodalité qui s’élève sur les coteaux au bord de la capricieuse Dordogne, comme les menhirs, monuments des vieilles illusions le long des côtes dentelées de la Bretagne. »

Étape 5

Beynac et la pêche

Harrison Barker quand il arrive à Beynac tombe sous le charme du village.
« je trouvais la vallée si chaude dans la fournaise implacable de l’été qu’en atteignant Beynac, je n’éprouvai pas le besoin d’aller plus loin. Je pensais m’arrêter là en attendant le retour d’un temps plus frais, et vivre principalement en Dordogne ».

Il remarque également: « Plusieurs familles de différentes parties du Périgord y étaient déjà installées pour y passer une saison d’été moins excitante et moins coûteuse que dans les stations balnéaires, au bord de la rivière. Et là on voyait père, mère fils et fille pataugeant dans l’eau bleue, avec leurs vêtements déposés avec soin en petit tas sur les cailloux du rivage ou sur l’herbe brunâtre près des osiers. Dédaignant la cabine qui, dans les villes d’eau plus à la mode est indispensable, ils s’habillaient et se déshabillaient sans gêne en plein air, tout en appréciant les bienfaisants rayons du soleil, et sans soucis de la toilette, comme des lézards libres de toutes contraintes. Je fus tellement charmé par le spectacle que je me mis à réfléchir sur la rive opposée. Plus je réfléchissais, et plus je m’ancrais dans l’idée de m’attarder dans cet endroit ou la simplicité de vie toute arcadienne était cultivée sans affectation. »

Beynac est un village tourné vers la rivière avec son port, mais également avec un quartier commerçant (la Balme) et de cultures (barri Sarrazi avec la fontaine des maures). Le village est dominé par un château dont les premiers éléments sont construits vers 1050. Après avoir été pris par Richard Cœur de Lion, Beynac prendra le parti de la France. Au XVème siècle, il deviendra une des quatre baronnies du Périgord, puis un marquisat au XVIIème. Son territoire s’étend alors jusque sur la vallée Vézère. Les Seigneurs se convertissent au protestantisme. Le village est coupé en 2 (ceux de la forteresse, ceux du village) en représailles après une révolte de plus de 5000 paysans de la vallée. La lignée des Beynac s’éteint en 1811 en laissant le château comme un témoignage.

Restant plusieurs semaines dans le village, Harrison Barker apprend à pêcher avec « la Loutre », pêcheur aux méthodes parfois curieuses : « En quelques secondes, la veste bleue et autres vêtements étaient jetés bas, et les poissons étaient terrifiés par la descente sous l’eau d’une tête noire et d’une barbe de même couleur, suivies par le reste de cette forme humaine que Carlyle a nommé « un radis fourchu ». "Parfois la Loutre partait en expédition nocturne dans le lit de petits affluents de la Dordogne. Là il cherchait des écrevisses. (...) Parfois j'allais pêcher avec la Loutre sur la Dordogne. Lorsqu'on laissait l'épervier à la maison, nous pêchions généralement le chevesne à la mouche. je dois dire que mon compagnon qui savait tout faire fabriquait ses propres cannes avec des branches de noisetiers."

Barker apprécie la nature généreuse de la rivière : « Il y a peu de truites dans cette partie de la Dordogne, mais bien davantage dans les petits affluents comme le charmant Ceou. Les carpes sont abondantes mais difficiles à attraper à la ligne ou au filet(...). Les poissons les plus courants sont le mulet, la perche, le barbeau, le goujon la brême et le chevesne. Parmi les rivières apportant à la population un supplément de nourriture, la Dordogne est une des plus riches de France ; et vu son courant rapide et la pureté de ses eaux, le poisson est d’excellente qualité ! »

Étape 6

Les Milandes et la rivière

Vous passez maintenant à proximité du château des Milandes. Ce château d’agrément, datant du XVème, fut construit par François Ier de Caumont, par amour pour sa femme, Claude de Cardaillac. Il faut avouer que la forteresse de Castelnaud, toute proche, était particulièrement rustique pour ne pas dire « spartiate » Ce château offre, à cette époque, un début de confort et une douceur des lignes qui ne pouvaient que séduire la gent féminine : des fenêtres hautes et larges, des cheminées pour chauffer les nombreuses pièces, et un décor sculpté qui annoncent la Renaissance, autant de caractéristiques qui éloignent cette demeure des austères châteaux forts.

Il n’eut pas à souffrir des choix cultuels de ses propriétaires successifs : très tôt, en effet les Caumont embrassèrent la religion réformée (l’église du château fut convertie en temple et l’un des Caumont, pourtant abbé de l’abbaye de Clairac, se convertit au protestantisme), mais ils surent, pour la plupart, manœuvrer habilement ; Jacques Nompar de Caumont, par exemple, sera maréchal et proche d’Henri IV. Après la Révolution, le château est vendu aux enchères.

Il se dégrade rapidement durant tout le XIXème siècle. En 1900 il est sauvé de la ruine par un industriel, Charles Claverie, qui entreprend une restauration sérieuse. Il complète le bâtiment par un chai et une ferme que Joséphine Baker, nouvelle propriétaire après 1945, affectionnera tout particulièrement. Après le décès de la célèbre artiste de Music-hall, la demeure fut acquise par la propriétaire actuelle qui, avec passion, continue à l’entretenir.

Harrison Barker, lui a emprunté un bateau à la Loutre et commence un périple sur la rivière: "L'eau était aussi bleue que le ciel. Dans la vallée, les collines boisées et les roches nues, , la lumière d'automne se déposait , tendre dans sa force, mêlant un baume à sa brulure. j'avais l'impression de flotter rapidement, et pourtant sereinement le long d'une rivière jolie et perfide d'un pays enchanté.

Et quelle rivière se prête plus à cette comparaison que la Dordogne; toujours charmante, changeante et attirante comme une femme capricieuse, fascinante et un peu malicieuse? Tantôt elle coule sans bruit à travers la forêt, où l'esprit imagine des êtres féériques et des divinités sylvestres; tantôt elle rugit dans l'ombre d'un rocher sauvage couronné d'un château, où l'aigle solitaire tournoie, et répète un son mélancolique; une autre fois elle semble endormie comme un lac bleu au milieu d'une large et belle vallée où les troupeaux paissent et somnolent dans les champs ensoleillés".

Comme vous plus d'un siècle auparavant, il est passé devant le port d'Envaux en aval du château des Milandes et se rapproche de son étape du soir: Saint Cyprien.

Étape 7

Avant d'arriver à Saint Cyprien

La profondeur de l'eau était aussi variable que la force du courant. Parfois je voyais le lit rocailleux sept ou dix pieds sous moi, et sans prévenir, le bateau était propulsé dans une eau impétueuse et étincelante de clarté cristalline, je m'attendais alors à chaque instant à entendr le bruit des grincements signifiant mon échouage; mais le bateau passait sur les hauts fonds comme une feuille.

Je dépassai un banc de terre d'une taille suffisante pour parler d'une ile. Cela faisait des mois que l'eau ne l'avait pas recouverte, et elle était jonchée de persicaires que la fin d'été avait colorées d'un rouge carmin; l'ile semblait en feu. Pendant quelques miles, mes seuls compagnons furent les hirondelles qui trempaient leurs aile dans l'eau, les martins pêcheurs qui volaient le long des berges ou se perchaient sur les souches de saules."

"Mais comme le bateau, le temps filait et j'arrivai bientôt en vue d'un petit village dont les maisons aux toits pointus semblaient avoir été empilées les unes sur les autres. Là sur les rochers au milieu de l'eau, je reconnus un corps humain supporté par deux jambes nues dans la posture d'une personne s'apprêtant à plonger , attitude peu gracieuse, mais fréquente au bord des rivières en France: deux ou trois femmes étaient en train de rincer leur linge".

Vous êtes à Allas les Mines, dernier village avant Saint Cyprien. Ici, 28 hectares de galeries d’une ancienne cimenterie sont désormais condamnés à rester fermés. Le nom de « mines » accolé au nom d’Allas (sans doute issu d’un nom gallo-romain) vient peut-être davantage des mines de charbon et lignite qui ont employé jusqu’à 1248 ouvriers au XIXème siècle!

Si comme pour Harrison Barker, le temps a filé pour vous aussi vite que le bateau, il est temps de repartir pour rejoindre Saint Cyprien!

Étape 8

Saint Cyprien

A l'approche de Saint Cyprien, le courant accéléra et les remous des rapides étaient tels que je me préparais à être submergé par les vagues. La question de savoir si je devais essayer de sauver mon havresac après le naufrage me taraudait. Une fois le danger évité, c'est avec un soupir de soulagement que j'échouai mon embarcation, à présent moitié remplie d'eau, à l'endroit le plus proche de la petite ville. Après avoir amarré, et avoir confié les avirons à un homme dont la maison était proche, je partis marcher dans la chaude lumière de cet après midi de septembre le long des jardins où s'épanouissaient les dernières fleurs de l'été."

Le pont du Garrit que vous avez en face de vous n'existait pas lor du passage de Harrison Barker. Il a cependant une histoire singulière et il a ses amoureux ! écoutez comment en parle un journaliste, Bernard Lescure. On le dirait sorti de l’imagination de Jules Vernes ou de Gustave Eiffel. Il faut dire qu’il est de leur époque. Il est né en 1894 et il a fière allure l’ancêtre ! Regardez-le : 175 m de fer, de poutres et de rivets posés sur des piles en pierre taillées pour enjamber la Dordogne entre Saint-Cyprien et Berbiguières ! A son actif il a plus de 120 ans de bons et loyaux services au lieu-dit le Garrit, qui veut dire le Chêne dans notre vieille langue d’Oc. Il fut témoin de tant d’histoires ! Il a vu les paysans porter le tabac aux entrepôts du haut de la ville de Saint-Cyprien et les camions transporter le ciment jusqu’à la gare au temps des trains à vapeur. En 1944, les résistants le firent exploser en son milieu pour empêcher les nazis de passer. Mais il a survécu et la paix revenue, il a vu les amoureux revenir à lui pour échanger leurs serments à l’ombre de ses piles.

En effet, le pont a été créé à la fin du XIXème siècle pour remplacer le bac du Garrit utilisé par les producteurs pour livrer le magasin de tabac en feuilles de Saint-Cyprien. Il permettait d’accéder au village sans avoir à redouter les caprices de la rivière. Aujourd’hui ce pont est ouvert uniquement aux randonneurs à pied ou à vélo. Si vous pouvez l’emprunter, il vous mènera directement dans le village. S’il est fermé, ce qui est parfois le cas pour des travaux d’entretien, vous pouvez emprunter le nouveau pont routier situé un peu plus loin qui bénéficie du cheminement sécurisé pour les piétons.

Vous allez donc arriver à Saint Cyprien votre étape du soir, où vous avez certainement réservé un hébergement. Mais comment faisait Harrison Barker à la fin du XIXème siècle ? Hé bien il semble qu’il ne rencontre aucun problème pour se loger, des auberges étant présentes dans chaque village traversé. Ces dernières sont de qualités variables, mais ce qui marque le plus Harrison Barker, c’est les repas qui sont servis dans ces auberges, et parfois…l’hygiène comme ce soir là. « Le hasard me conduisit dans une maison qui arborait l’enseigne d’une auberge, bien qu’elle se situât à l’arrière d’une cour de ferme. Je pensai que je pouvais m’arrêter ici aussi bien qu’ailleurs. J’attends mon diner, ce qui n’est pas la meilleure des façons de tuer le temps. Je ne m’expose pas cependant, au risque d’être irrité par la vue de la serveuse pleine de bonne volonté mais aux gestes un peu mécaniques. Elle racle les cendres blanches des braises et partage ces dernières en petits tas brulants dans l’âtre, jette du sel dans le chaudron suspendu d’une main dont la couleur dépasse l’entendement, puis elle goûte la soupe ; tout cela et bien plus encore. »

Et si, comme nous l'avons vu il aime le poisson, une habitude périgourdine le dérange beaucoup: "La croyance commune à tous les habitants des bords de rivière , de cette vallée ou d'ailleurs, est que le poisson doit être cuit vivant. Vous entrez dans une auberge et commandez une friture de goujons. Après quelques minutes, vous voyez ces malheureuses victimes qui ont été sorties d'un bassin à l'aide d'une petite épuisette, sauter sur la table de la cuisine et continuer à sauter au moment où on les met dans la graisse bouillante. Je ne fais pas partie de ceux qui se sont endurcis à la vue de tels spectacles, bien qu'ils soient chose commune en France. Voir les poissons se faire écailler, ouvrir et cuire alors qu'ils sont encore vivants réussit à m'en dégouter même lorsque plus tard ils sont servis à table."

Aujourd'hui il est compliqué de trouver du poisson de rivière, ou une friture de goujon, dans des vallées où le poisson constituait une bonne part de l'alimentation. Cependant, je ne doute pas que vous trouverez un plat à votre goût dans un restaurant de Saint Cyprien, amené par une serveuse qui ne l'aura pas gouté avant!

Ici se termine le chemin d'eau. Harrison Barker continue sur une courte distance puis abandonne son bateau qu'il met dans le train en gare de Siorac pour que la Loutre puisse le récupérer en gare de Fayrac plus haut. A Saint Cyprien le chemin passe dans le bourg et vous pourrez redémarrer demain sur l'étape 4 entre Saint Cyprien et Le Coux!

Activités annexes

Nous vous proposons de découvrir des lieux d'intérêt situés à proximité de votre itinéraire. Vous pourrez les retrouver sur la carte du parcours qui vous guidera.

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