Vauclaire des Pères Chartreux au centre hospitalier




Le nom de Vauclaire est connu en Périgord principalement pour son centre hospitalier, établissement public spécialisé en santé mentale qui consacre la totalité de son activité à la psychiatrie et l’addictologie.
Ce site a cependant une particularité. Il est installé dans une ancienne chartreuse à l’histoire mouvementée, et entouré de terres qui lui appartenaient. Comment un hôpital a-t-il pu voir le jour dans ce bâtiment dont l’origine est religieuse ?
Qui étaient les premiers occupants des lieux ? Comment vivaient-ils ? Et qu’est-il arrivé à la chartreuse au cours des siècles ?
Autant de questions que vous vous poserez en arrivant sur place et en découvrant les majestueux bâtiments du centre hospitalier, installés au pied d’une colline entre la rivière et la forêt.
Une petite boucle de randonnée permet de découvrir ce lieu étonnant, son évolution au cours des siècles, et les rapports qu'il entretient avec le territoire qui l'entoure (suivez les balises en bois avec les cabochons jaunes).
Aperçu du parcours
Départ Vauclaire
A savoir avant de partir
- Suivre les balises jaunes sur le parcours
- Ne pas hésiter à appuyer sur le bouton en bas du texte pour découvrir le chemin à prendre
- Ecouter la voix en fin de piste audio pour vous mettre sur le bon chemin après l'arrêt au point d'intérêt
- Vous avez la possibilité de passer de la carte à la photo aérienne
La perspective de passer un moment à Vauclaire pourrait paraitre inquiétante, principalement pour les périgordins qui connaissent la vocation de ce centre hospitalier qui est la prise en charge des personnes souffrant de problèmes psychiatriques et addictologiques.
Cependant, en arrivant vous avez pu remarquer que cet hôpital ne ressemble pas tout à fait à un hôpital traditionnel, les hautes toitures et les clochetons qui apparaissent lui donnent davantage l'aspect d'un site historique.
Alors au-delà des fantasmes, quelle est l'histoire de ce lieu aux multiples transformations? Qui en étaient les occupants et quel était leur rapport avec les habitants et la nature autour? Comment est-il devenu un hôpital et quelle est sa vocation?
Cette promenade vous invite à un voyage dans le temps et l'espace pour découvrir les secrets de Vauclaire. Nous allons la faire avec Mme Bournet du GEMM, le Groupe d’Etudes et de la Mémoire du Montponais, qui se passionne pour ce site et en organise des visites guidées.
Attention cette randonnée n’est pas longue, mais elle monte et descend dans les bois. Veillez donc à être bien chaussés avant de partir ! Si vous êtes prêts, suivez les balises jaunes qui jalonnent le parcours à travers les bois de Vauclaire !
Départ Vauclaire
A savoir avant de partir
- Suivre les balises jaunes sur le parcours
- Ne pas hésiter à appuyer sur le bouton en bas du texte pour découvrir le chemin à prendre
- Ecouter la voix en fin de piste audio pour vous mettre sur le bon chemin après l'arrêt au point d'intérêt
- Vous avez la possibilité de passer de la carte à la photo aérienne
La perspective de passer un moment à Vauclaire pourrait paraitre inquiétante, principalement pour les périgordins qui connaissent la vocation de ce centre hospitalier qui est la prise en charge des personnes souffrant de problèmes psychiatriques et addictologiques.
Cependant, en arrivant vous avez pu remarquer que cet hôpital ne ressemble pas tout à fait à un hôpital traditionnel, les hautes toitures et les clochetons qui apparaissent lui donnent davantage l'aspect d'un site historique.
Alors au-delà des fantasmes, quelle est l'histoire de ce lieu aux multiples transformations? Qui en étaient les occupants et quel était leur rapport avec les habitants et la nature autour? Comment est-il devenu un hôpital et quelle est sa vocation?
Cette promenade vous invite à un voyage dans le temps et l'espace pour découvrir les secrets de Vauclaire. Nous allons la faire avec Mme Bournet du GEMM, le Groupe d’Etudes et de la Mémoire du Montponais, qui se passionne pour ce site et en organise des visites guidées.
Attention cette randonnée n’est pas longue, mais elle monte et descend dans les bois. Veillez donc à être bien chaussés avant de partir ! Si vous êtes prêts, suivez les balises jaunes qui jalonnent le parcours à travers les bois de Vauclaire !
Création de la chartreuse
Vous êtes sur le domaine de la Chartreuse de Vauclaire qui se trouve derrière vous. Oubliez le centre hospitalier et le XXIème siècle, pour vous retrouver au XIIIème siècle. Sur la colline où vous vous trouvez, Hélie VII, Comte du Périgord regarde autour de lui. Sous ses yeux, la forêt descend le long de la colline jusqu’à la rivière. Il réfléchit à la situation dans laquelle il se trouve, et nourrit quelques regrets. « Ils n’ont pas voté pour le pape de l’ordre des Chartreux qui n’a pas été élu, et pour se rattraper, ils décident de donner des terres pour en faire une chartreuse. »
Ce sont donc les chartreux qui vont hériter des terrains donnés par le comte du Périgord sur lesquels vous vous trouvez. Ils vont donc y créer un monastère qui porte le nom de l’ordre, une chartreuse. Mais quelle est la particularité de cet ordre monastique ? « C’est l’ordre le plus austère possible, enfermé, avec des murs. Ils en avaient assez des autres églises qui avaient été dévoyées. C’est pour ça qu’ils sont restés très sévères et durs dans leur ordre »
En 1350, les moines s’enferment donc entre les murs d’une chartreuse, qui se trouve comme toutes les chartreuses près d'une rivière et entourée de forêts. Elle se nommera Vauclaire, du latin Vallis Clara, la vallée claire.
Deux siècles plus tard, en 1560 à la fin de la guerre de Cent ans et pendant les guerres de Religion, les Chartreux sont obligés de fuir vers Bordeaux où ils vont donner leur nom à un quartier. Si vous voulez savoir lequel, rendez-vous dans le quizz. Ils reviennent à Vauclaire 50 ans plus tard en 1616, reconstruisent les locaux et les améliorent pendant une longue période de plus de 170 ans. Durant cette période la chartreuse et son église connaissent la prospérité et sont considérablement embellies.
La Révolution de 1789 les fait fuir une nouvelle fois. Le domaine est vendu à des particuliers comme bien national. La maison mère des Chartreux, la Grande Chartreuse en Isère, rachète Vauclaire en 1858 pour y réinstaller des chartreux. Vauclaire connait alors une nouvelle période de prospérité qui sera stoppée en 1905 avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Les bâtiments et les terres sont alors rachetés comme bien national par le Département de la Dordogne pour y créer un hôpital d'aliénés, ce qui était alors obligatoire dans chaque département. Les ornements sont alors vendus aux enchères publiques ou sur les marchés, et il arrive qu'ils se retrouvent chez des particuliers ou dans des églises locales.
L'aménagement de l'abbaye en asile d'aliénés commence, alors que la guerre de 14 se rapproche dangereusement. Lorsqu'elle est déclarée, les américains recherchent un lieu éloigné des combats afin d'y créer un hôpital. Vauclaire sera choisi et servira entre 1917 et 1919 d'hôpital de repli. En deux ans, 9127 soldats américains y seront soignés, et 172 laisseront leur vie. Ces derniers seront enterrés au cimetière de Ménesterol et rapatriés aux USA.
Enfin, lors du départ des américains en octobre 1919, Vauclaire retrouve sa mission d'hôpital d'aliénés. Avançons-nous maintenant dans la forêt, sur un chemin qui domine la rivière en contrebas.
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Les chartreux et la rivière
Vous êtes maintenant à flanc de coteau dans la forêt de Vauclaire. Cette forêt qui occupait l’espace à la création de la chartreuse permettait aux moines d’être isolés du monde. La route qui est à vos pieds ne passait pas en bas de la chartreuse comme c’est le cas actuellement. Les chartreux ont donc entretenu les terrains pour en faire un potager, principalement entre les bâtiments monastiques et la rivière. Ils vivaient en autarcie.
« Ils ne mangeaient pas de viande donc il n’y avait pas d’élevage. Ils ne faisaient que le potager le long de la chartreuse jusqu’à la rivière. Il était entretenu par les convers. Ils avaient également de la vigne, du blé, et ils faisaient moudre sur le moulin de la Vigerie et aux Moulineaux à Montpon qui était en fermage. Avec la farine ils faisaient leur pain.»
La rivière toute proche fournit également aux moines de quoi se nourrir selon les règles de leur ordre. Et gare à celui qui voudrait prendre du poisson sur le domaine des chartreux ! Lors d'une crue ils ont fait un procès à une personne qui avait récupéré du poisson échoué sur leurs terres, et ils avaient gagné!
Sur le coteau où nous nous trouvons aujourd’hui, ils avaient également planté de la vigne. La vigne était importante car les ordres monastiques avaient besoin de vin pour la liturgie : mais ne servait-il qu’à ça ?
« La vigne était sur la colline sur laquelle nous avons grimpé au début du parcours. On a retrouvé dans les archives qu’il y avait des quantités de barriques. L’important également c’était le poisson, ils prenaient tout ce qu’il y avait dans la rivière. Ils pensaient que les poissons leur appartenaient. Lors d’une crue ils ont même fait un procès qu’ils ont gagné ! Il y avait aussi les étangs vers la Jemaye et Jarrauty où ils récupéraient du poisson. Il y avait 25 pères, 30 ou 50 convers, et des grandes quantités de poisson ! Je pense qu’ils faisaient de la revente, du poisson et du vin »
Ordre sévère, les chartreux suivaient donc un régime maigre. Cependant, une autre cuisine dans le monastère pose question…
« On a trouvé qu’ils avaient deux cuisines : cuisine maigre avec de la soupe du poisson et il y avait une autre cuisine qui elle était grasse : on a trouvé des recettes avec des poulardes etc. ça ne correspondait plus aux Chartreux. Comme le coin était dangereux, on faisait une halte et on pouvait être logés et se nourrir. C’était donc un relais local pour les gens qui avaient de l’argent »
Aujourd’hui, la circulation dans la forêt de la Double est facile et agréable, vous ne devriez donc pas être détroussé par les reclus et les bandits qui se réfugiaient dans cet immense couvert forestier. Pas la peine de faire une halte avec le réconfort de la cuisine grasse !
Poursuivons notre chemin pour retrouver la chartreuse qui est redevenue un asile d’aliénés au sortir de la première guerre mondiale. Le répit va être de courte durée car approche désormais la guerre de 39/45.
La ligne de démarcation
Attention à vous, et faites silence, nous nous trouvons maintenant juste au-dessus de la ligne de démarcation!
Il y a bientôt 20 ans que l'hôpital fonctionne quand en 1940 la France est coupée en deux par ce projet de la diviser en une zone dite libre, et l'autre occupée.
Le passage de la ligne de démarcation est délicat et risqué. Les soldats allemands ont installé une barrière sur la route. Ils la gardent et contrôlent toutes les personnes qui s'y présentent, ce qui ne simplifie pas la vie localement.
Concernant l'hôpital de Vauclaire, il se trouve en zone libre, mais situé sur la commune de Ménestérol dont le bourg se trouve en zone occupée. Montpon, de l'autre côté du pont sur l'Isle se trouve également en zone occupée. La gare de Montpon par laquelle vous êtes peut-être arrivé est particulièrement surveillée par l’armée d’occupation. En effet c'est le dernier arrêt avant d’atteindre la zone libre, promesse de répit pour ceux qui fuient le joug nazi. Tous les voyageurs doivent donc descendre pour être contrôlés et fouillés, comme vous pouvez le voir sur la photo prise malgré les risques dans la gare de Montpon.

Face à la chartreuse, de l'autre côté de l'Isle, le village de Saint Martial d'Artenset se trouve lui aussi en zone libre. Cette ligne de démarcation produit des situations compliquées. De nombreux employés de l'hôpital sont obligés de passer la ligne tous les jours! Le Médecin Directeur, le docteur Bobé demande des laissez-passer aux allemands pour faciliter les va et vient. Après plusieurs demandes, les autorités allemandes vont trouver que beaucoup trop de laissez-passer sont donnés pour Vauclaire, et ils vont menacer d'intégrer l'hôpital à la zone occupée. Vous pouvez voir un laisser passer émis en Dordogne dans le bloc texte.

Le lieu où vous vous trouvez est un lieu stratégique pour passer la ligne de démarcation. Regardez autour de vous: la Double est une forêt dense et vallonnée, et elle a accueilli de nombreux camps de maquisards. Ecoutez le témoignage de ce résistant sur la Double et ses habitants: «Nous on avait quand même la chance d’avoir cette forêt qui fait plus de 600 hectares quand même. On peut rendre hommage à tous habitants de la Double, parce que tous les légaux ont fait beaucoup de boulot. Ils n’étaient pas au maquis mais ils ont soigné, nourri hébergé souvent des gras des blessés etc. Il y avait le docteur Rousseau qui était collabo mais qui a quand même soigné des blessés du maquis, il y avait un curé qui était assez à droite, hé bien le 14 juillet 44 il nous avait offert l’apéritif. Il y avait la volonté de s’en sortir, mais c’était pas facile. » (témoignage issu des Archives départementales de la Dordogne. Ecouter le témoignage intégral
La Résistance était donc soutenue par beaucoup d’habitants, et également par l'hôpital de Vauclaire qui fournit médicaments, vêtements, couvertures etc. Le Docteur Bobé n'est pas étranger à ce soutien: il rédige des certificats médicaux pour les jeunes réfractaires au Service du Travail Obligatoire, il facilite le passage de la ligne de démarcation à un certain nombre de personnes.
C'est lui qui en août 1944 prévint le bataillon François que les contingents de troupes allemandes sont basés à Montpon afin d'attaquer le maquis de la Double, évitant une catastrophe. « Quand ils ont voulu brûler la forêt de la Double ils pensaient qu’ils allaient tous nous faire griller, mais ils n’ont eu personne ».
Reprenons maintenant notre chemin, aussi discrètement que possible, car les soldats allemands ne sont pas loin et l'hôpital va continuer de s'engager dans le soutien aux maquis.
Le cimetière
Nous retournons maintenant vers l'hôpital. Au cimetière, je vous invite à pousser le portail et à rentrer.
Les péripéties liées à la guerre ne sont pas terminées pour Vauclaire! En effet, à la déclaration de guerre en septembre 1939, l'Alsace et la Lorraine sont évacuées dans le sud de la France. L'hopital de Lorquin de Moselle envoie alors 266 patients à Vauclaire, puis en mars 1940, l'hôpital Stephansfeld de Strasbourg évacue à son tour 300 patients. Vauclaire qui a une capacité d'accueil de 700 patients se retrouve avec 1500 patients en 1940!
L'hôpital est également soumis au rationnement en septembre 1940. Pour les malades mentaux, les apports quotidiens sont réduits à 1000 calories par personne.
Si l'hôpital avant la guerre vivait en quasi autarcie grâce à ses jardins, ce n'est plus le cas à cette période. En effet les cultures ont un rendement très inférieur à celui des années précédentes à cause du manque de main d'œuvre, lié à la sous-alimentation des malades devenant inaptes au travail et à la sécheresse qui sévit à l'époque.
L'hôpital ne peut donc plus fournir la nourriture nécessaire au personnel et aux patients.
M.Bobé le Médecin Directeur demande des rations supplémentaires aux autorités qui refusent: les malades ne sont pas la priorité. Avec l'économe, il va donc user de stratagèmes pour se procurer du ravitaillement, la ligne de démarcation que nous avons croisée il y a quelques minutes compliquant singulièrement la chose. Un camion équipé d'un double fond permet de cacher la viande. Le boucher et ses instruments sont parfois du voyage lorsqu'il faut tuer des moutons sur place.
Leur acharnement a permis à cet hôpital d'avoir une mortalité liée à la cachexie (perte de poids et de muscles souvent fatale) inférieure à celle des autres hôpitaux psychiatriques. Il y a malgré tout des morts. Les enterrements ne peuvent plus avoir lieu au cimetière de Ménestérol car ce dernier est officiellement saturé. En réalité, le curé ne peut plus obtenir de laissez-passer pour franchir la ligne de démarcation, Ménestérol se trouvant en zone occupée.
Un cimetière est donc créé dans l'enceinte de Vauclaire, sur le plateau. Poussez le portail: n'êtes-vous pas saisis par l'alignement des petites croix qui font penser à un cimetière militaire? A gauche de l'entrée, les croix en bois marquent les morts pendant la Seconde Guerre mondiale, à droite, les croix en béton marquent les morts indigents, pas reconnus.
« il suffit de regarder les dates, le premier mort est de 1941, ça ne peut donc pas être un cimetière américain, d’autant que les américains ramènent tout chez eux, les corps et tout le reste »
Vous constaterez qu'une bonne partie des noms inscrits sur les croix en bois sont à consonance germanique. Certaines familles ignorent certainement qu'un de leur membre est décédé aussi loin de son lieu de naissance. « Avec mon association on a mis les noms sur généanet et des personnes ont retrouvé des membres de leur famille…… »
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Vauclaire aujourd'hui
Mai 1945, la fête de la libération bat son plein. La guerre est terminée. L’hôpital reprend ses réunions régulières, il y a 610 patients pour 3 services : 1 service hommes et 2 services femmes.
Pendant un quart de siècle de 1945 à 1970, les hôpitaux psychiatriques verront l’avènement en 1955 des médications neuroleptiques dont l’efficacité va totalement modifier la vie des patients et la vie asilaire. Les antidépresseurs apparus en 1957 et les tranquillisants en 1963 vont améliorer la prise en charge des patients et les faire sortir des institutions pour les traiter en ambulatoire. La psychiatrie est en passe de réaliser sa mue. L’asile est définitivement refoulé. Ainsi, la circulaire du 15 mars 1960 révolutionne la prise en charge des patients souffrant de problèmes psychiatriques autour d’une volonté d’ouverture des institutions et des principes de proximité et de continuité des soins. Il est mis en place la sectorisation, les départements sont divisés en secteurs au sein desquels une équipe hospitalière a la responsabilité des soins d’une population. Cette réforme vise à ouvrir la psychiatrie sur la ville et à séparer le moins possible le malade de sa famille et de son environnement.
A Vauclaire, la sociothérapie est mise en place et la multiplication des ateliers d’ergothérapie seront une grande avancée sur la prise en charge auprès des patients. Ces ateliers d’ergothérapie s’adressent à des malades qu’il fallait sortir de leur isolement dans un but de les resocialiser par le travail. Les patients, en échange d’un pécule en application à la circulaire du 4 février 1958, travaillent dans les ateliers de rotin, céramique, reliure, ferronnerie, fabrication de sandales, brosses, poches, fleurs en papier, enveloppes, rempaillage de chaises. Les femmes font de la broderie et du tricot. Tous les objets fabriqués dans les ateliers, sont pour une partie, achetés par l’établissement (sandales, brosses) et pour l’autre partie, plus artistique, vendus à la kermesse annuelle de juillet.
L’hôpital de Vauclaire vit en quasi autarcie grâce à sa ferme et à son jardin. Les différents corps de métiers y sont représentés : boulanger, boucher, cordonnier, vacher, porcher, ouvriers agricoles, tapissier, fleuriste, matelassier… A compter de 1964, des postes seront supprimés (boulanger, cordonnier, vacher, porcher…) Un atelier d’imprimerie traite les commandes de l’administration et édite tous les mois un petit journal :le moulin de Vauclaire. Son tirage cessera vers 1983.
Des pavillons d’hospitalisation sont construits dans les années 50 et 60 sur la partie haute de l’hôpital. Ce sont les bâtiments que vous avez en face de vous. Le service de psychiatrie infantile est créé en 1970
En 1970, l’hôpital psychiatrique prend la dénomination de centre hospitalier spécialisé. L’établissement dénombre 866 patients pour 579 agents. En 2000, il y a 387 patients pour 780 agents
Vauclaire, c’est plus de 6 siècles d’histoire sur la période du XIVe siècle au XXe siècle, faites d’une succession de tempêtes et d’accalmies. La chartreuse de Vauclaire est classée aux monuments historiques depuis 2014.
Avant de partir
Nous allons maintenant redescendre vers la chartreuse qui est au début de l’aventure de Vauclaire. Il y aurait encore beaucoup à raconter, et si vous souhaitez en savoir plus il est possible d’assister à des visites guidées de la chartreuse par Mme Bournet du Groupe d'Etude et de la Mémoire du Montponnais. Retrouvez toutes les informations pratiques pour ces visites dans le bloc texte de Dorie. Les visites ont lieu en juillet /août le mardi à 14h15 départ de l'OT en co-voiturage, c'est gratuit, sur réservation à l'OT (du 16/07 au 27/08). Visites pour les journées Européennes du Patrimoine également, et pour les groupes (20 personnes maximum) toute l'année sur RDV auprès de l'Office de Tourisme : 05 52 82 23 77.
Comme vous, un journaliste anglais passa à la chartreuse vers la fin du XIXème siècle. Il s’appelait Harrison Barker et arrivait à pied du village d’Echourgnac où il avait été accueilli par des moines trappistes avenants. Voici comment il arrive à la chartreuse, où l’atmosphère est beaucoup plus austère :
« …*J’arrivai bientôt à un grand quartier de bâtiments épars avec de hauts toits mansardés, un monastère appartenant aux chartreux. Je ne reconnus pas tout de suite le couvent bien connu dans la région sous le nom de chartreuse de Vauclaire. » « Ayant atteint le couvent, je sonnais la cloche de la loge du portier. Je fus immédiatement admis auprès d’un père chartreux grand et maigre avec une longue barbe noire comme du charbon et des yeux très sombres dont le regard n’exprimait rien d’explicite. Ce que j’imaginais lire dans ses yeux était une incertitude quant à mes motivations et la nécessité d’être prudent ». « La grande majorité des visiteurs qui passent ici sont en quête de nourriture. Pour ma part je souhaitais simplement voir le monastère. Après une brève hésitation, ce père, qui, avant que je ne le quitte avait été assez loquace pour me dire qu’il était espagnol, me fit signe de le suivre. Il me conduisit jusqu’à l’église, qui contenait quelques sculptures intéressantes, les cloitres et le cimetière, mais il fallait que je lui arrache la plus petite information comme s’il s’était agi d’une dent. » Voici la teneur de nos conversations : « y a-t-il beaucoup de moines ici ?
- Pas un petit nombre
- Fabriquez vous du fromage ?
- Oui
- Est il à vendre ?
- Non
- Faites vous de la liqueur ?
- Oh non. Il m’aurait laissé partir avec l’impression que les chartreux de Vauclaire ne faisaient qu’observer les heures canoniques. Mais j’appris des paysans de la région que, comme les trappistes, ils travaillaient avec application à déboiser et assécher ce désert* ».
Notre guide pour cette visite, Mme Bournet émet quelques doutes quant à la compréhension du voyageur anglais de la situation. En effet les chartreux vivaient dans une clôture et faisaient vœu de silence. Aussi il est possible que la présence de Harrison Barker ait été gênante pour ce moine qui par ses réponses laconiques, cherchait plutôt à ne pas entamer de conversation. En effet Mme Bournet relève que les chartreux n’ont jamais fabriqué de fromage contrairement à ce que le moine dit et ils n’ont jamais participé à l’assainissement de la Double comme l’ont fait les moines d’Echourgnac.
Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas, si vous le souhaitez, à suivre Dorie pour passer à votre tour le seuil de la Chartreuse. Même si les barrières à l’entrée peuvent intimider, après avoir remis une carte d’identité à l’accueil vous aurez** accès à l’église et aux deux cloitres, et vous pourrez ainsi vous rendre compte du cadre dans lequel vivaient les Pères Chartreux et les convers**.
Si vous ne souhaitez pas rentrer dans la chartreuse vous pouvez visualiser le petit cloitre et le grand cloitre sur le lien vidéo inclus à la fin du bloc texte.
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Entrée du Centre Hospitalier
Nous sommes de nouveau devant cette chartreuse du XIVème siècle qui a subi des transformations au cours de sa longue existence. Actuellement, les bâtiments historiques attenant à la chartreuse que constituent le petit et le grand cloître abritent les bureaux administratifs du Centre hospitalier Vauclaire spécialisé en psychiatrie. Nous sommes bien loin de l’asile d’aliénés du début du 20ème siècle !
Le centre hospitalier Vauclaire est aujourd’hui un établissement de santé important en Dordogne qui emploie plus de 850 salariés et prend soin de près de 10 000 patients, du plus jeune âge au grand âge.
Pour cela, Le centre hospitalier Vauclaire déploie de nombreux services, équipes mobiles et centres de consultation non seulement sur ce beau site de Vauclaire mais aussi en de plusieurs points du département comme à Bergerac, Brantôme, Mussidan, Nontron …
Mais surtout le Centre Hospitalier de Vauclaire a su profondément évoluer pour passer d’une conception asilaire à des soins ouverts sur la cité, tournés vers le rétablissement des patients et leur inclusion dans la vie ordinaire. La vie culturelle et sportive y est également d’une grande richesse avec de très nombreux événements qui sont notamment organisés sur ce merveilleux site de Vauclaire : journées du patrimoine, festivals, concerts, expositions, courses pédestres, VTT.
Le centre hospitalier reçoit également tout au long de l’année des artistes en résidence grâce à un partenariat avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles et le Conseil départemental.
Autant d’occasions de constater un hôpital ouvert sur la cité, profondément soucieux de changer l’image de la psychiatrie et d’apporter le meilleur accompagnement aux personnes accueillies.
Avancez vous maintenant vers l’église dont on aperçoit le clocher.
L'église et le petit cloitre
Vous vous trouvez devant l'église de la chartreuse.
Cette dernière a été attaquée, et malmenée par les vicissitudes de l’histoire et a été re-édifiée en partie au XVIIème siècle, après les guerres de religion. En effet, le lieu paisible où vous vous trouvez maintenant cache de violentes blessures, dont l'histoire que je vais vous livrer maintenant.
Le 20 octobre 1587 à Coutras, l'armée du protestant Henri III de Navarre défait l'armée royale catholique commandée par le duc Anne de Joyeuse qui meurt lors des combats. Après la bataille, des soldats protestants remontent la vallée de l'Isle et se dirigent vers la chartreuse. Trois moines décident de rester malgré le danger: ils sont massacrés, leurs corps jetés dans la rivière et l'église incendiée.
Au retour des chartreux au XVIIème siècle, la partie détruite de l’église est reconstruite, et la chartreuse connait une période de prospérité. Jouxtant l'église, le petit cloitre est un lieu de méditation où les plantes médicinales et aromatiques sont cultivées.
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le grand cloitre
Vous vous trouvez maintenant dans **grand cloitre **sur lequel donnaient les cellules des moines. Chaque cellule ainsi que les fontaines étaient alimentées par de l'eau captée sur la colline derrière la chartreuse, et chaque cellule disposait d'un jardin clos.
Les bâtiments au milieu de ce grand cloitre ont été installés ici au XXème siècle par le Département quand la chartreuse a été transformée en hôpital. Les américains se sont servis de certains de ces bâtiments comme d'espace où était pratiquée la chirurgie pendant la première guerre mondiale.


