Sentier de meuniers Borrèze






Si la Dordogne est connue pour être un territoire de châteaux et de grottes, elle l’est moins pour ses moulins et pourtant !
Savez-vous que pendant des siècles on a construit des moulins sur le cours des rivières ? Le département possède une #forte histoire liée à l’eau et à la meunerie#. Avec l’invention de la roue hydraulique, les hommes ont domestiqué l’eau et inventé d’ingénieux systèmes pour différents usages. Les moulins à eau sont implantés en Périgord dès le XIe siècle, la force de l’eau actionnant les meules pour broyer le grain. La présence de nombreuses rivières et ruisseaux a favorisé l’installation de moulins, présents dans les endroits les plus isolés, sur les cours d’eau les plus ténus. Selon le débit des cours d’eau et la largeur de la vallée, les moulins sont placés tantôt sur une dérivation, tantôt directement au fil de l’eau. Ce passé a laissé un formidable patrimoine en la matière : des moulins et ‘’usines’’ (filature, forge, papeterie, coutellerie, scierie…) mus par le vent et la force hydraulique. Ils ne sont pas tous visitables, mais ils méritent tous d’être vus. Moulins et meuniers sont deux mots chargés d’histoire que Dorie vous propose de découvrir à travers les moulins de la vallée de l’Inval, ce petit cours d’eau, ici à Borrèze. Autrefois, on en comptait pas moins de huit, producteurs de farine, d’huile, … Les moulins se sont d’abord développés grâce aux moines. Les seigneurs prendront la suite et instaureront la « banalité » qui obligera la population à venir y moudre le grain, moyennant le paiement d’une redevance, prélevée directement sur la mouture.
Durant de long siècles, les moulins à eau ont rythmé la vie des vallées périgourdines. Les moulins étaient le lien entre l’homme et la nature. Et, ce qui était remarquable, c’était l’utilisation de l’eau, exploitée sans être dégradée, en respectant faune et flore. Partez à la découverte de ce patrimoine, balade de 2h30 qui vous apprend l’histoire des moulins, des meuniers et de la meunerie.
Aperçu du parcours
Bienvenue à Borrèze
Votre véhicule est bien stationné, vous avez sorti votre vélo ou vos chaussures de sport préférées? Vous voilà prêts à découvrir les moulins de l’Inval et le métier de meunier.
Depuis le parking nous apercevons le bourg, dont les maisons sont ramassées autour de** l’église romane** qui a été remaniée au cours des siècles. Son clocher carré du XVème siècle dépasse des habitations. Si vous vous approchez vous verrez des modillons représentant de curieux animaux : un ours, un félin ressemblant à une panthère, et une chimère à tête d’homme et corps de salamandre.

Nous sommes ici à l’est de la Dordogne, et l’influence du lot et de la Corrèze se fait ressentir particulièrement dans les toitures qui sont ici en lauzes, plaquettes de calcaire ou en ardoise.
Les maisons du village sont anciennes, et vous pourrez remarquer quelques fenêtres à meneaux, des pigeonniers, des lucarnes et des portes ouvragées qui symbolisaient la réussite sociale.
Il est facile d’imaginer qu’ici paysans, bourgeois et meuniers se croisaient, car la meunerie était une activité importante. Pas moins d’une trentaine de moulins étaient répartis sur l’Inval et la Borrèze, les deux ruisseaux qui traversent la commune.
Et aujourd’hui, c’est sur une petite route le long de l’Inval que Dorie vous propose une balade, pour en découvrir les moulins. Alors en route, et **remontons le cours du ruisseau et le cours du temps **!
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Bienvenue à Borrèze
Votre véhicule est bien stationné, vous avez sorti votre vélo ou vos chaussures de sport préférées? Vous voilà prêts à découvrir les moulins de l’Inval et le métier de meunier.
Depuis le parking nous apercevons le bourg, dont les maisons sont ramassées autour de** l’église romane** qui a été remaniée au cours des siècles. Son clocher carré du XVème siècle dépasse des habitations. Si vous vous approchez vous verrez des modillons représentant de curieux animaux : un ours, un félin ressemblant à une panthère, et une chimère à tête d’homme et corps de salamandre.

Nous sommes ici à l’est de la Dordogne, et l’influence du lot et de la Corrèze se fait ressentir particulièrement dans les toitures qui sont ici en lauzes, plaquettes de calcaire ou en ardoise.
Les maisons du village sont anciennes, et vous pourrez remarquer quelques fenêtres à meneaux, des pigeonniers, des lucarnes et des portes ouvragées qui symbolisaient la réussite sociale.
Il est facile d’imaginer qu’ici paysans, bourgeois et meuniers se croisaient, car la meunerie était une activité importante. Pas moins d’une trentaine de moulins étaient répartis sur l’Inval et la Borrèze, les deux ruisseaux qui traversent la commune.
Et aujourd’hui, c’est sur une petite route le long de l’Inval que Dorie vous propose une balade, pour en découvrir les moulins. Alors en route, et **remontons le cours du ruisseau et le cours du temps **!
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De la farine au poisson transformé
Pour débuter cette balade, vous arrivez devant l’ancien moulin Faurel qui a été transformé en minoterie par Monsieur Delbos, dans la 2ème moitié du XIXème siècle. D'ailleurs connaissez-vous la différence entre une minoterie et un moulin? cette différence vient de l'écrasement des grains. le moulin écrase les grains entre des meules de pierre, quand la minoterie les écrase grâce à des cylindres de métal qui permettent un meilleur rendement. La minoterie est en quelque sorte l’évolution industrielle des moulins.
La minoterie de Borrèze comprenait un four, comme au moulin de Dalles que vous découvrirez plus tard. La minoterie de Borrèze ou minoterie Delbos, du nom de son propriétaire, était équipée de quatre paires de meules et d’un tamis de grande capacité, le tout actionné par une grande roue à aubes ce qui lui donnait une puissance supérieure aux turbines utilisées par ailleurs. N’hésitez pas à passer derrière le bâtiment pour apercevoir l’eau qui est canalisée, et le panneau d’information qui explique la fonction de la roue d’un moulin. Cette minoterie stoppa toute activité dans les années trente.
Depuis il est devenu le point de vente directe d’une pisciculture se trouvant dans un autre moulin plus en amont du ruisseau, que nous allons voir un peu plus tard. Donc finalement, l’histoire de ce bâtiment reste toujours liée à celle des moulins !
En remontant vers le village, vous pourrez apercevoir un petit moulin. Son nom de Moulinot vient d’une référence explicite à sa petite taille (petit moulin).
Un court arrêt au calvaire
En chemin, levez les yeux vers la colline sur votre droite pour observer la station du calvaire. Celle que vous voyez a été inaugurée le 17 avril 1882 en présence de l’Archiprêtre de Sarlat, assisté des doyens de Salignac et de Souillac : que de beau monde !
La fanfare de Saint-Sacerdos accourut de Sarlat pour l’occasion. Ces stations du calvaire rappellent le **chemin de croix **du Christ. Une croix portée par une Vierge est située à l’entrée du chemin qui monte au calvaire. Il est à noter qu’autrefois, chaque village de la commune était responsable de l'entretien d'une station.
On peut facilement imaginer à cet endroit les processions pleines de ferveur des paysans pour demander la faveur d'une bonne récolte et des meuniers pour avoir beaucoup de grains à moudre ou de noix à broyer!
Mais refermons là cette parenthèse et poursuivons notre chemin le long du ruisseau de l'Inval.
Le moulin boulangerie
Le moulin de Dalles possédait un four et abritait une boulangerie jusqu’au début des années 1970. Comme le four de la minoterie que nous avons déjà croisé, il permettait de faire du pain pour les nombreux ouvriers du « village en bois » dans lequel vivaient les ouvriers-bâtisseurs du Viaduc de Boulet, sur la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse.
Comme son nom l’indique le village en bois était un village temporaire d’une soixantaine de baraques qui a accueilli jusqu’à 2000 ouvriers. Et même s’il fut temporaire, ce village a marqué les habitants et les meuniers, puisqu’au moins deux moulins de Borrèze ont travaillé pour nourrir ces bouches supplémentaires.
Le fait que le moulin de Dalles comme la minoterie de Borrèze aient installé un four à cette occasion montre** l’adaptation des meuniers **et leur réactivité quand une opportunité se présentait !
Le bail d’affermage leur accordait la jouissance du moulin en contrepartie de leur travail d’exploitation et d’entretien du moulin, et de paiements en nature. Les meuniers manipulaient des sacs très lourds de grains et de farine, et leur santé pouvait être altérée car ils respiraient un air saturé de poussière qui desséchait la gorge, provoquait des toux et des saignements de nez…des maux propres aux meuniers. Vous vous en doutez, **le métier de meunier n’était pas un métier facile **!
Voici comment Eugène Le Roy, écrivain périgourdin décrit le meunier en 1905 dans son livre* «le moulin du Frau »* «Mon oncle, lui, était habillé en meunier, de drap blanc en entier; (…) et le chapeau de feutre ras était blanc aussi. C'était un vrai chapeau périgordin, à larges bords, à calotte ronde, comme on n'en fait plus guère; les meuniers d'à présent suivent la mode. »
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Quand la roue cesse de tourner
Le moulin de Combroux qui se trouve devant vous a certainement été l'un des premiers sur l’Inval à cesser de moudre.
On peut y observer le ruisseau qui passe sous la maison et les deux meules depuis l’extérieur (Propriété privée). D’après les anciens, la disparition des moulins remonterait à l’enrôlement des hommes lors de la première guerre mondiale. Mais le déclin était amorcé bien avant. A la fin du XIXème siècle, le Périgord entre dans une longue crise : exode rural et phylloxera achèvent les campagnes.
Les moulins après avoir saturé les cours d’eau au XVIIIème siècle, demeurent des unités de production modestes, avec une fabrication artisanale et un réseau commercial limité.
A cette époque, il y a donc un peu plus d’un siècle, la technologie mise en œuvre dans les moulins est semblable à celle en usage au Moyen Age. La suite de cette histoire est connue. La Révolution industrielle va sonner le glas de ces moulins… seules les usines capables d’investir dans de nouveaux équipements (la turbine et les appareils à cylindre) vont se maintenir face à un marché devenu national.
Jusqu’en 1991, les meuniers qui vendaient leur contingent, c’est-à-dire leur droit de mouture, étaient obligés de retirer les meules, ce qui est arrivé à de très nombreux moulins en Périgord
De nombreux moulins ont changé d’usage, comme le moulin de Combroux qui est aujourd’hui converti en gîtes pour accueillir les touristes. A l’intérieur, une vitre fixée au sol permet de voir l'eau passer sous le logement, souvenir de sa fonction passée.
Le moulin ferme
Le moulin Lacombe est également appelé Moulin d’Albat. Mais s’agit-il toujours d’un moulin en activité ?
Avec ses dépendances installées partout autour du bâtiment principal, il a plutôt l’air d’une exploitation agricole, ce qu’il est devenu depuis quelques années. Les meuniers étaient rarement exploitants agricoles, déjà suffisamment occupés à faire fonctionner leur moulin en étant parfois aidés d’un valet de moulin. En effet, quand le moulin ne tournait pas pour broyer, le meunier était occupé à entretenir ses meules, **le bief **en enlevant les embâcles…
Il pouvait parfois y avoir des noyades, et des accidents : imaginez la force de ces gros engrenages qui tournent entrainés par la force de l’eau, mieux valait faire attention à ses mains et à ses vêtements quand on travaillait dans le moulin, sous peine de se faire entrainer par les mécanismes et de risquer de graves blessures !
Cependant, on trouvait souvent une basse-cour très variée ainsi que quelques cochons et moutons qui étaient bien nourris avec les restes du broyage.
Aujourd’hui l’activité de la ferme n’a plus grand-chose à voir avec la meunerie et l’histoire des meuniers puisque le moulin de Lacombe est un élevage de bovins et de buffles.
Le moulin piscicole
Vous êtes maintenant devant un moulin encore en activité mais pas de meunier à l'horizon ! Un moulin sans meunier? Hé bien ça existe dans certaines nouvelles fonctions qu'occupent les moulins. Et celui-ci est devenu une pisciculture [!]

Ce moulin date du XVIIème siècle. Au XVIIIème siècle, le moulin de Carloux appartenait à M. Lalba, bourgeois du hameau de Mercurol qui se trouve sur le coteau et que vous pourrez voir sur le chemin du retour vers Borrèze.
Abandonnée au cours du XXème siècle, l’activité de minoterie, laissera place à un lieu d’habitation occupé par la famille Lalba. Maraîchers dans la vallée, ces derniers viendront à la pisciculture par le hasard de la vie. Un petit bassin improvisé, des amis qui profitent des quelques truites annuelles qui grossissent naturellement, et l’idée est lancée.
L’Inval, dont la pisciculture tire son nom mais surtout son eau pure, est un petit ruisseau de première catégorie qui irrigue la vallée et prend sa source 1,5 km en amont, son eau est de grande qualité. L’écrin de verdure du moulin et la proximité de la source du ruisseau en font un endroit privilégié qui donne aux Eaux de l’Inval toute leur pureté et leur fraîcheur: autant d'arguments pour installer ici une pisciculture où les truites sont élevées dans leur milieu naturel!
Léopold Lalba, déclare officiellement son activité dans les années 70 relayé par son fils Serge, qui dans les années 90, diversifiera l’activité. Les Eaux de l’Inval deviendront alors une entreprise multi-produits avec des filets de truite, du fumage et la pasteurisation des œufs de truite. En 2012, M. Roullet, séduit par l’authenticité et la dimension artisanale de cette petite entreprise familiale, change de vie et reprend la pisciculture dans le cadre d’un projet de reconversion professionnelle. Il bénéficiera de l’appui de l’ancien exploitant qui restera à ses côtés après le rachat pour continuer d’apporter tout son savoir-faire, dans les méthodes d’élevage comme dans les techniques de transformation.
Et le moulin en reste le cadre privilégié! Il faut dire que les meuniers bénéficiaient d’un droit de pêche, bien utile pour nourrir la famille et que les truites étaient bien nourries par les chutes de farine. Elles finissaient d’ailleurs parfois couvertes de farine pour être préparées selon la fameuse recette de la truite…meunière !
Des noms et des moulins
Appelé aussi Moulin Constant, ce moulin serait le plus récent construit sur l’Inval. Le dernier meunier était Mr NOUET, son gendre était installé au Moulin Lacombe. Il faut dire que les meuniers formaient souvent de grandes familles !
Et les moulins, vous l’avez sans doute remarqué lors de cette promenade, prenaient souvent le nom de leur propriétaire. Le moulin de Carloux que nous avons croisé juste avant s’appelait avant le moulin Brousse, Brousse étant le surnom de M. Lalba, le propriétaire du moulin.
Certains meuniers ont fondé des dynasties que l’on retrouve dans les patronymes. Ainsi, selon Michel Chadeuil, occitaniste bien connu en Périgord, si votre ancêtre faisait valoir un moulin, vous avez peut-être hérité du nom *Molin *(fr. Mouly), seule l’écriture change selon l’époque où ce patronyme a été officialisé. Si ce moulin était de petite taille (ou si l’on voulait détourner l’attention du fisc !), c’était un *Molinet *(Moulinet), un *Molinòt *(Moulineau) ou une Molina (Mouline).
Celui qui fait valoir un moulin est un Molinier (Moulinier), parfois un Monier (Mounier) et en gascon un *Molier *(Moulier). Les patronymes français correspondants sont donc : Moulin, Dumoulin et Meunier.
Bien qu’étant le plus récent, ce moulin n’a pas résisté à la pression économique et a également cessé de moudre comme tous les moulins que nous avons croisé le long de ce ruisseau. Bien que situé au bout de notre parcours, ce moulin n’était pas le dernier sur l’Inval, puisqu’il reste des traces écrites d’un moulin dit « moulin pointu » appelé comme ça à cause de la forme de son toit, qui était visible depuis le hameau de Mercurol. Celui-ci, il fut démoli et ses pierres vendues. C'est le destin commun a beaucoup de moulins qui n'ont pas été reconvertis et qui sont tombés dans l'abandon.
Pour les randonneurs à pied, un chemin va vous mener sur les hauteurs de Borrèze en passant par le joli hameau de Mercurol, et vous aurez une pensée pour le « moulin pointu » dont aucune trace physique ne subsiste.
Pour les promeneurs à vélo, il faut maintenant faire demi-tour et repasser devant les moulins qui vous sont maintenant familiers. RDV devant l’église de Borrèze pour avoir un aperçu de la vie de village autrefois et terminer le parcours.
La vie au village à l'époque des meuniers
Terminons ce parcours avec ce qui constituait **la vie du village à l’âge d’or des moulins **!
Avancez-vous jusqu’à la mairie : jusqu’à la fin des années 60, sur cette place avaient lieu les bals. Un peuplier aurait été planté vers 1848 mais pour des raisons de sécurité il fut coupé dans les années 40, par les soldats, sur ordre du maire. Une légende raconte que les habitants de « Champagnac », village situé à proximité, auraient apporté une barrique de vin pour arroser le peuplier. L’année suivante les vignes furent atteintes par le phylloxera et il n’y eut plus de vin à Champagnac.
Autrefois, Borrèze avait ses foires, le 1er mardi après la mi-carême, le 18 mai, le 10 août et le 16 septembre. Les jours de foire une corde était tendue entre le tilleul et les maisons d’en face pour attacher les bovins. A l’époque, on se rendait à la foire et on en profitait pour chausser les enfants. Les dernières foires eurent lieu vers 1930.

En face, le long du mur en direction de Souillac, il y avait une "gouttière" où les hommes jouaient au Rampeau, jeu avec 3 quilles et 1 boule. Si vous séjournez en Dordogne et que vous allez dans une fête de village, vous aurez encore l’occasion de voir des joueurs-euses de rampeau à cette occasion.
Photo ci-dessous: hommes jouant au rampeau - Coll Felix Arnaudin - Musée d'Aquitaine - Plaque colorisée

Fermez les yeux et imaginez-vous dans le village lorsqu’il y avait encore des sabotiers, menuisiers, meuniers, boulangers, forgerons, coiffeurs, cafés, restaurants, salle de bal. Vous imaginez le bruit incessant des outils, des gens qui s’interpellent, de la vie quotidienne !
Aujourd’hui le village est plus calme, mais reste toujours très vivant en partie grâce à ses moulins qui attirent de nombreux promeneurs !

Vous avez terminé le parcours, n'oubliez pas de passer à la mairie pour obtenir votre diplôme.


