Sentier des 10 000 ans




L’Aquitaine serait « le pays des eaux ». La vallée de l’Isle et de la Crempse en Périgord, en est un bel exemple, partout l’eau s’écoule et s’étend.
Ces cours d’eaux ont façonné le paysage et ont engendré des activités humaines qui font aujourd’hui partis du patrimoine périgourdin. L’agriculture, la pêche, les moulins, la navigation commerciale et l’industrie n’ont cessé de se développer au bord des rivières que l’on a à tout prix voulu exploiter et traverser.
A travers des parcours entre terre et rivière, c’est cette histoire et ce patrimoine que Dorie vous propose de découvrir. Vous verrez que le regard posé sur ce type de paysage a beaucoup changé et que de nos jours, nous souhaitons davantage protéger et préserver cette richesse environnementale.
Suivez Dorie sur le parcours « sentier des 10 000 ans », qui va vous emmener entre Issac et Beleymas, dans une promenade temporelle à travers 10 000 ans d’histoire.
A noter :
Tous les parcours sont reliés par des itinérances VTT dans l'onglet "accès" qui empruntent les pistes cyclables et le PDIPR. Elles peuvent également être réalisées à pieds si vous le souhaitez. Ces traces vous permettent d’accéder au départ de tous les parcours sans prendre votre voiture.
Aperçu du parcours
Bienvenue à Issac
Bienvenue sur le sentier des 10 000 ans !
Tout au long de cette balade et des différents arrêts que nous ferons ensemble, vous allez découvrir un territoire qui regorge d’histoires, et qui est doté d’une riche biodiversité.
Alors n’attendons plus, et allons découvrir la première étape, le bourg d’Issac.
Bienvenue à Issac
Bienvenue sur le sentier des 10 000 ans !
Tout au long de cette balade et des différents arrêts que nous ferons ensemble, vous allez découvrir un territoire qui regorge d’histoires, et qui est doté d’une riche biodiversité.
Alors n’attendons plus, et allons découvrir la première étape, le bourg d’Issac.
Le bourg d’Issac
Pour commencer notre parcours, je vais vous présenter le bourg du village d’Issac.

Les premières mentions de l’existence d’un bourg remontent au 13e siècle avec « Yssacum » puis « Eychacum » en 1342, « Yssac » en 1365, « Yschac » en 1382, « Eyssac » au 15e siècle, puis « Ayssac », « Eysat » et «Issac» à partir du 16e siècle.
Le nom d’Issac proviendrait du nom du domaine de la villa gallo-romaine proche du bourg actuel. En effet, vous ne le savez peut-être pas, mais les communes dont leur nom se termine en « ac » ont une origine bien particulière. Pour cela il faut remonter à l’Antiquité. On prenait le nom du propriétaire, ici c’était Iccius, auquel on ajoutait la terminaison « acum » qui signifiait domaine. Le nom du village signifiait donc à l’origine, « domaine d’Iccius ». Les romains aillant vécus très longtemps dans ce qui était autrefois La Gaule, on comprend mieux pourquoi autant de noms de villes se terminent en « ac ».
Au moyen-Âge, ce bourg blottit autour de son église de Saint Avit était ceint de remparts dont subsiste une partie près de la tour Saint Jacques au bord de la route Mussidan-Villamblard. La paroisse dépendait alors du seigneur de Montréal.
Sur la place du monument aux morts, un « travail » pour le maréchal-ferrant est toujours en place. Il s’agit d’une structure en bois appelé travail, ou tramail en occitan, qui va servir à maintenir le cheval, le bœuf ou la vache grâce aux sangles pendant que le maréchal-ferrant soignait ou ferrait l’animal. L’artisan produisait lui-même ses clous et ses fers à bêtes avec le fer produit dans les forges de la vallée de la Crempse.

Maintenant que vous connaissez un peu mieux ce village, je vous propose de poursuivre notre chemin.
En savoir plus :
Blason de la commune d’Issac : Parti : au 1er coupé au I d'azur au reliquaire (de sainte Radegonde) d'argent et au II d'azur au pont droit de trois arches d'argent, maçonné de sable, au 2nd écartelé d'or et de gueules. Le reliquaire est celui de Sainte Radegonde présenté aux fidèles le dimanche qui suit le 13 août. Le pont à trois arches est celui enjambant la Crempse.

Le moulin et le lavoir
Sur votre gauche, vous pouvez observer un édifice en ruine qui était le moulin du bourg d’Issac.
La Crempse, détournée dans ce long bief, alimentait la forge de la Sirerie et ce moulin. Au 16e siècle, l’eau de la Crempse actionnait ainsi deux paires de meules à farine et une meule à noix. Un pressoir à noix et une poêle en fonte y étaient adjoints pour produire l’huile de noix. Un four à pain a ensuite complété l’ensemble. Le moulin était encore en fonctionnement au 19e siècle.

Vous pouvez également voir le lavoir couvert. Il permettait aux femmes de savonner et rincer le linge. La fastidieuse bujada ou lessive semestrielle s’opérait dans lo bujadier ou cuvier en céramique avec des cendres tamisées pour blanchir le linge avant de l’amener au lavoir, ou à la rivière pour qu’il soit savonné, battu, rincé, essoré et étendu.
Ce lavoir a été aménagé à la fin du 19e siècle. Il n’apparaît pas sur le cadastre de 1829. Auparavant, le linge était directement rincé dans la Crempse ou le bief du moulin.

La Crempse
Je vous propose de faire un deuxième petit arrêt pour que je vous présente la Crempse.
Le ruisseau de la Crempse long de 26 kilomètres depuis sa source à Beauregard et Bassac à 169 m d’altitude et ses affluents actionnaient grâce au dénivelé important une cinquantaine de moulins, forges, mailleries, scieries, foulons, papeteries jusqu’au 19e siècle.
A Mussidan, à sa confluence avec l’Isle, en période d’étiage, la Crempse peut avoir un débit de 160 litres par seconde, tandis que lors des crues elle peut atteindre 4,8 m³ /seconde soit 48.000 litres/seconde ! Ce qui est remarquable !
Avant de poursuivre, je vous propose de regarder à quoi ressemblait l'avenue de la Gare à Issac avec l’onglet « remonter le temps » en haut de l’étape.
La Sirerie
Depuis l’Antiquité, la vallée de la Crempse a produit du fer à partir du minerai présent dans son sous-sol. Le minerai transformé directement dans les bois était travaillé ensuite dans les forges de la vallée.
La Sirerie regroupe tous les bâtiments de la forge et la maison du maître de Forge. Le toponyme serait une déformation de « l’aciérie » ou bien de la « seigneur-ie »/Sire-rie.
La forge dès le 16e siècle, appartenait à la seigneurie de Montréal qui l’affermait à un maître de forge. Les loupes de fer extraits des bas-fourneaux près des minières étaient affinés dans les forges de la vallée comme à la Sirerie près du Bourg d’Issac.
Et à partir du 16e siècle, l’utilisation de la force hydraulique pour souffler plus d’air, et ainsi monter en température pour recueillir un métal plus liquide, vit l’installation des forges le long des cours d’eau comme la Crempse.
A la fin du 18e siècle, les forges en activité dans les vallées de la Crempse fabriquaient des lingots de fer, de la serrurerie, des ustensiles de cuisine, des plaques de cheminées, des chaudières pour le sucre de canne, des canons et des boulets pour la marine royale.
Puis, l’obsolescence des techniques encore utilisées dans ces forges au XIXe siècle et le traité franco-britannique de libre-échange de 1860 aboutirent à la fermeture des dernières forges forestières.
Parallèlement, les premières industries métallurgiques s’installèrent au plus près de l’Isle puis du chemin de fer à Mussidan, au Pizou ou à Périgueux.

Passage du 45e parallèle Nord
Nous faisons un très court arrêt devant le totem du Passage du 45e parallèle Nord.
Les communes de Beleymas et Issac, sont situées à égale distance du pôle Nord et de l'équateur terrestre (environ 5 000 km). Le parallèle traverse le sentier entre Bontemps et Landrevie à La Vigne de Coq et entre le Trou du Loup et La Lande.
D’ailleurs, notre prochaine étape se situe au Trou du Loup, alors allons-y.
Le trou du loup et la dernière louve de la Double
Vous voici au Trou du Loup.
Le toponyme « Trou du Loup », une doline, renvoie à la présence des loups dans ces contrées jusqu’aux années 1930. Toponymie : trou + gaulois : lokwa = lac francisé en « trou du loup ». Ou trou + racine pré-indoeuropéenne olp, oulp = pierre, il y a effectivement des pierres sur ce plateau sableux. Francisé en « Trou du loup » .
Nombreux en Dordogne jusqu’au 19e siècle, la population de loups a été exterminée entre 1805 et 1930 à force d’empoisonnement, de battues, de primes, et grâce à l’amélioration des armes de chasse.
Le dernier loup de la forêt du Landais était une jeune louve. Elle a été tuée au cours d’une battue par Germain Augiéras en 1925. Celui-ci, fin tireur et propriétaire du domaine de Gammareix tout proche, l’abattit d’une balle entre les deux yeux à Lagudal sur la commune de Beleymas. Le spécimen de la louve est conservé au domaine de Gammareix, aujourd’hui un Établissement de Service et d’Accompagnement par le Travail (ESAT) d’adultes handicapés mentaux déficients, accueillis par l’association des Papillons Blancs de Bergerac.
« Madame et la la louve de Lagudal ». dans Jean-Paul Auriac, C’était le temps des loups, Du loup au lébérou, récits et chroniques de l'ancien Périgord, éditions Couleurs Périgord, 2007
A présent, nous allons poursuivre notre parcours, et notre prochain arrêt se fera devant la stèle de René Dumas que nous découvrirons ensemble.
Stèle du résistant René Dumas
Vous voici devant la stèle de René Dumas. Né le 26 avril 1922 à Fleurac, il fut militaire démobilisé du 26e Régiment d’Infanterie, chauffagiste et pompier bergeracois. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’est engagé dans la résistance pour le détachement Joseph du groupe François Ier appartenant à l’Organisation Résistance de l’armée (ORA)/Armée Secrète (AS) sous-secteur Bergerac-Dordogne Sud.
Le groupe François Ier, qui stationnait à Saint Jean d’Eyraud jusqu’au 4 août 1944, change de cantonnement. Un détachement de résistants en voiture croise alors par hasard sur la route près du hameau de Lespinasse, un camion participant à une opération allemande de répression de la Résistance à Saint Jean d’Eyraud, précisément contre le groupe François Ier le 5 août 1944.
Lorsque l’automobile du sergent René Dumas, dans laquelle se trouvent cinq résistants, tombe nez à nez avec un camion du convoi allemand du 799e bataillon d’infanterie géorgien, et de la feldgendarmerie, une vive fusillade s’engage dans laquelle il est tué ; ses camarades réussissent à s’enfuirent. Le soir, au retour, les Allemands brûlent la voiture abandonnée.
Ecoutons l’instituteur Drebetz nous raconter cette terrible scène. Puis, je vous retrouverai à la prochaine étape. : [le 2/10/44, historique de l’occupation allemande à Issac, rédigé par l’instituteur Drebetz, Archives départementales de la Dordogne, 1573 W 8]
« Ce samedi 5 août 1944, vers quatorze heures, les Allemands sont dans le bourg d’Issac : hommes montés sur des camions et cyclistes. Quelques coups de mitraillettes se font entendre : les Allemands veulent en imposer. A la sortie Est du bourg, quelques personnes fuient ; elles sont arrêtées et embarquées dans un camion. Une ferme est pillée ; on y dérobe une somme importante, du linge, des aliments. Un camion allemand prend la route de Lagudal. A Lespinasse, il rencontre une auto dans laquelle se trouvent cinq soldats de la résistance. La fusillade commence ; elle est très vive. Dumas René de Bergerac est tué ; ses camarades fuient. Le soir, au retour, les Allemands brûlent la voiture. Le calme revient, mais vers 19h30, dans la soirée, la fusillade reprend, car les Allemands regagnent Mussidan. Pendant près d’une demi-heure, il semble qu’une véritable bataille se livre entre Maziéras et le bourg, exactement vers Sandanet. Que s’est-il passé ? Le groupe de cyclistes allemands est en position de tir, au bord de la route, en face de Maison-Blanche ; il vise la lisière du bois d’en face. Puis, les soldats allemands, toujours tirant, se dirigent vers Maziéras. Ils incendient une maison d’habitation et deux grosses granges vers 21h. L’émotion est à son comble. Le lendemain 6 août 1944, nous avons appris avec stupeur la mort de deux de nos concitoyens : Paul Petit et Albert Dumont. La veille, ils s’étaient trouvés en présence à Saint-Jean-d’Eyraud, des Allemands qui avaient pris à lssac, la route de Lagudal. Les deux malheureux furent sauvagement assassinés. »
La grotte naturelle de Lespinasse et carrière de pierre
La grotte naturelle de Lespinasse est une rivière souterraine inactive. Elle fait partie du réseau karstique d’écoulement de l’eau dans le calcaire de cette partie du bassin de la Chapelle affluent de la Crempse. Elle se développe à 18 m de profondeur sur 200 m. Comme beaucoup de cavités de Dordogne, elle aurait servi à cacher des armes durant la Seconde Guerre mondiale.
Plan de la grotte de Lespinasse dressé par S. Avrilleau et P. Couturie en 1955-1957
Mais au fait, savez-vous comment se forme une grotte ?
Lorsque l’eau tombe sur la roche calcaire, elle s’infiltre à travers de minuscules fissures. Au fil du temps, la roche se dissout, les fentes s’élargissent, créant ainsi une grotte. Mais il faut des dizaines de milliers d’années pour avoir une belle galerie comme celle-ci.
Colonne de concrétions de l’intérieur de la grotte. Cliché Jean-Claude Hésault.
Avant de poursuivre, nous allons tester vos connaissances. Regardez bien la photo ci-dessous, et dites-moi comment s’appellent les petites formations géologiques sur la photo.
Pour répondre à cette question, rien de plus simple, il vous suffit de cliquer sur l’onglet quizz en haut de l’étape.
Contenus additionels


Contexte de bassin versant et d'aquifère karstique
L’aquifère karstique du bassin de La Chapelle, petit affluent de la Crempse prenant sa source au lieu-dit Lagudal, s’apprécie en surface grâce aux sources, aux dolines (effondrements de rivières souterraines) et aux grottes (rivières souterraines).

Le calcaire du Crétacé (Campanien supérieur – Maastrichtien) qui constitue le socle rocheux de cette partie du Périgord a été exploité ici par une carrière de pierres pour extraire de la castine dans les années 1970 aujourd’hui abandonnée.
Dans la vallée de la Chapelle, il y avait plusieurs carrières en exploitation au 19e siècle pour de la pierre de taille ou des moellons mais ce calcaire était gélif. Il fallait le recouvrir d’un crépi pour la maçonnerie.
Afin de vous aider à comprendre comment tout ceci fonctionne et comment cela se caractérise sur le territoire, vous disposez d’une vidéo en haut de l’étape.
Maison de garde-barrière n°128 et voie ferrée
Les voies de communications se sont avérées essentielles pour l’exploitation des ressources du territoire, leur transport et leur commercialisation.
Nichée au fond du vallon, cette maison de garde barrière se trouvait sur la ligne de chemin de fer Marmande-Angoulême. Le tronçon Mussidan-Bergerac de cette ligne à voie unique, à écartement normal, longue de 30,846 kilomètres, a été inauguré le 27 août 1888. La construction a été difficile dans cette région accidentée et au sous-sol argileux. Cette maisonnette numérotée 128 était entre les gares de Lagudal et d’Issac. Elle était occupée par un couple. La femme s’occupait de la barrière pivotante et l’homme était employé comme cheminot à l’entretien des voies.
Maison garde-barrière comme lorsqu'elle fut habitée.
La ligne a été exploitée entre 1888 et 1939 par la Compagnie du Paris-Orléans puis, par la SNCF à partir de 1938 pour le transport des passagers et des marchandises (vin, piquet pour la vigne, litière pour bovins, pierres des carrières, billes de bois des forêts du Landais, produits des scieries locales). La ligne est fermée en août 1939. Le transport de passagers est alors assuré par une ligne d’autobus par la SNCF récemment créée.
La voie de chemin de fer finit par être démantelée. Elle est déposée entre 1942 et 1943 sur réquisition de l’occupant allemand et ainsi les rails, les barrières, les garde-corps et les ponts métalliques sont envoyés en Normandie pour la construction du mur de l’Atlantique et en Pologne pour alimenter l’industrie de guerre.
La prochaine étape va nous permettre d’aborder un autre élément faisant parti de la richesse du territoire: le charbon. Alors, allons-y
Charbonnière
La première charbonnière que nous allons voir se trouve sur votre droite.
On trouve fréquemment dans nos forêts des emplacements de charbonnières. Ce sont des aires plates, abritées du vent, circulaires, d’environ 5 mètres de diamètre, au sol noir avec parfois une végétation spécifique. Le charbon de bois est obtenu après le dépouillement du bois de toutes les matières volatiles qu’il contient grâce à la chaleur. Le charbon de bois est produit depuis des millénaires pour le traitement du minerai de fer et plus récemment pour la production d’énergie.
N'hésitez pas à aller voir le reportage de Teledraille sur Sabato le charbonnier, pour en apprendre plus sur ce métier, en cliquant sur le lien vidéo !
Cette aire de charbonnage était utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour transformer le bois du Frais Vallon en charbon de bois. Le charbon de bois produit en forêt était ensuite vendu aux propriétaires de voitures et de camions, permettant à ces véhicules de fonctionner au gazogène (gaz produit à partir d'un combustible solide susceptible d'être employé pour faire fonctionner un moteur).
Exemple d'une voiture fonctionnant au gazogène.
Aujourd’hui, les charbonnières ont disparu mais elles sont attestées à maints endroits dans la vallée grâce aux traces des aires de charbonnage. Le processus de fabrication du charbon est long.
Il faut commencer par l’abattage et le débitage par fendage du bois en hiver. Puis, après l’aménagement de l’aire de charbonnage, vient l’échafaudage de la ou des charbonnières pour les recouvrir de pelons (mottes de terre et de pelouse) pour ralentir la combustion du bois. Le bois devait se carboniser pendant 15 jours, sans se consumer. Un coup de vent ou une aération mal maîtrisée et le bois se transformait en cendre. Il fallait veiller jour et nuit.
Les emplacements de charbonnières encore visible sont des charbonnières utilisées jusqu’aux années 1940 pour le gazogène.
Le Laquin
La tourbière du Laquin, sa flore et sa faune de tourbière sont classées ZNIEFF, zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique.
L’eau de ruissellement s’est retrouvée piégée dans cette doline comblée par de l’argile, et un écosystème de tourbière l’a progressivement occupé il y a 10 000 ans : sphaignes (mousse), droséra (plante carnivore) ou rosée du soleil (plante carnivore) et linaigrette (ou linaigraite, plante vivace) s’y sont installées.
Cette tourbière est exceptionnelle de par sa localisation dans une doline, de par sa profondeur, qu’elle soit encore active et en plus qu’il s’agisse d’une tourbière en milieu « acide » extrêmement rare où s’est donc développé une faune et une flore singulière.
Cet endroit si particulier n’a pas manqué de susciter de nombreuses légendes. Appelait un croso en occitan, un petit creux. Le carottage entrepris a permis d’étudier les pollens emprisonnés dans les 4 mètres de tourbe de la doline et ainsi de reconstituer l’évolution du couvert végétal de -10 000 ans jusqu’à aujourd’hui.
Si vous souhaitez plus d’informations, un panneau pédagogique est à votre disposition.
Aire de charbonnage et bas fourneaux
Regardez sous vos pieds. Voyez-vous comme le sol est très sombre à cet endroit ?
Il est en effet jonché de charbon et de fragments de scories denses ou laitier. Un charbonnier avait établi son aire de charbonnage au 19e ou au 20e siècle à l’emplacement d’un ancien bas fourneau. Si on repère bien l’aire circulaire de 5 mètres de diamètre pour l’installation de la charbonnière, il ne reste du bas fourneau que des fragments des parois du four ou des restes de fusion : le laitier.

Le bas fourneau était une construction éphémère servant à la réduction du minerai de fer, c’est à dire à séparer le fer des impuretés combinées avec le minerai. Pour ce faire, il fallait atteindre une température de fusion entre 700 et 1000°C. Durant la fusion, un noyau de métal fondu (une "loupe de fer") nage alors au milieu de résidus. Une coulée est réalisée, où les résidus se solidifient en scories denses ou laitiers. Celui-ci présente une surface en vagues, témoin de cet écoulement. A l'intérieur, la matière est soufflée de petites bulles qui résultent de la libération des gaz lors de la réduction. Ce laitier est assez dense, car il conserve une part de métal.
Réunies en amas, les scories de la réduction du fer constituent des ferriers. Un ferrier n'est donc pas à proprement parler l'emplacement d'une forge, celle-ci destinée à transformer la loupe de fer extraite du four et résultant de la réduction du minerai. Il y a deux métiers différents :
- Celui du fondeur dont le travail consistait à tirer le métal du minerai.
- Celui du forgeron qui transformait la loupe de fer produite par le fondeur.
La technique du bas fourneau est utilisée de l'antiquité jusqu'à la fin du Moyen-âge : four conique mélangeant du minerai lavé et du charbon de bois pour réduction du minerai en fer. Mais le rendement est assez faible : 200kg de minerai pour 50kg de fer.
Coupe transversale d'un bas fourneau.
A présent, nous allons poursuivre notre chemin, et notre prochaine étape se fera à l’emplacement d’un château qui a aujourd’hui disparu : le château de Labatut.
Château de Labatut
C'est ici que se trouvait le château !
Nous vous laissons le plaisir d'en découvrir plus avec les indications du panneau. Mais avant cela, admirez la reconstitution 3D du château en cliquant sur le lien de la vidéo. Une réelle immersion !
Puis, on se retrouvera un peu plus loin, pour parler de l’extraction du minerai de fer.
Extraction de minerai de fer
L’exploitation du minerai de fer en Périgord est attestée par les textes de l’Antiquité et par l’archéologie depuis l’Âge du fer.
Minerais de fer sidérolithique.
Géologiquement, une partie du Périgord, dont le bassin de la Crempse, est recouvert de couches riches en minerai de fer. Ces couches se présentent sous la forme d’un dépôt détritique superficielle datant du Sidérolithique (début du Tertiaire) et de bonne qualité avec presque 50% de teneur en fer.
Le minerai de fer est un minerai pauvre appelé "alios" qui se constitue par transport, sous l'action des eaux, et agrégation, des molécules d'oxydes, présentes en grandes quantités dans les couches argilo-sableuses du sous-sol local. Il se trouve à faible profondeur, ce qui rend son extraction facile. Il se présente sous la forme de rognons ou de plaques.
Le minerai récolté le plus souvent dans de petites carrières à ciel ouvert était ensuite lavé, concassé puis grillé et réduit dans des bas-fourneaux sur place. Aujourd’hui des restes des fours et des déchets de réduction (scories denses ou laitier) jonchent encore les sous-bois et le sentier.
Les tuilières
Sous les graves contenant le minerai de fer sidérolithique, apparaissent des couches argilo-sableuses.
Ces argiles de l’Éocène facilement accessibles ont été exploitées depuis l’antiquité pour la production entre autres de tuiles.
Moule à tuile canal
Dans un rayon de 500 m autour du hameau des Balbyes juste derrière les arbres, quatre tuileries ont fonctionné aux 18e et 19e siècle, pour produire des bricous ou des tuiles pour couvrir l’habitat local : la tuilière de Malaroumet, de Barré, des Treilles et celle des Balbyes. Les petits étangs à proximité immédiate des tuileries sont souvent les carrières d’argile abandonnées.
Tuiles et bricou
Le parcours est presque terminé, il nous reste trois étapes. Notre prochain arrêt se fera devant la source de Bontemps.
Source captée de Bontemps
Vous y êtes, approchez sur votre droite.
La multitude des points d’eau disponibles sur le bassin de ce ruisseau de La Chapelle, avec les ruisseaux, les étangs et les puits a été améliorée au début du 20e siècle avec l’aménagement de certaines sources : Bontemps, Barré, Roussou, Reygeaud, Bas Gammareix, Montréal, Plane Côte etc.
Dans le cadre du développement de l’accès à une eau potable de bonne qualité, les communes ont capté les sources, et les ont protégées par un bâtit les mettant à l’abri des feuilles et des animaux au début du 20e siècle.
Certaines ont été par la suite mises à profit pour le raccordement à l’eau courante des fermes après 1950.
Contenus additionels


La Peira Sauma
Le toponyme Peira Sauma semble indiquer la présence d’un mégalithe aujourd’hui disparu.
En occitan, Peira Sauma est la « pierre de l’ânesse ». L’abbé Brugière (1821-1922), infatigable érudit périgourdin nous en parle : « A 1500 m environ au sud d’Issac, près de la route, on voit une pierre ayant l’apparence d’un âne mort qu’on appelle la pierre saumo. En patois ce mot signifie bourrique et l’on croit que c’est l’image de quelque divinité païenne. »
Il s’agissait plutôt d’un menhir, c’est à dire d’une pierre dressée. Le mégalithe a été déplacé au 20e siècle mais le toponyme est resté.

Il y a un autre mégalithe à Issac toujours selon l’abbé Brugière :
« Près du village de Gaparre, on voit un reste de dolmen en grès dont la pierre principale est percée d’un trou avec une rigole qui servaient, disent les gens, à faciliter à nos pères l’écoulement du sang de leurs victimes. »
De nombreux mégalithes sont présents en Dordogne et dans la vallée de l’Isle, il est donc normal qu’on en retrouve ici.
Notre parcours va se terminer au pied du château de Montréal, je vous y retrouve dans un instant.
Château de Montréal
Le château de Montréal est un des plus importants châteaux de cette partie de la vallée de l’Isle. Vers 1500, la seigneurie comprenait les paroisses d’Issac (en majeure partie), d’Eglise-Neuve, de Saint-Jean-d’Eyraud et de Laveyssière.
Lieu de pouvoir fortifié depuis le 9e siècle, il conserve des restes de ses différentes évolutions au 12e, 16e et 18e siècle. De par son histoire et celle des familles qui l’ont habité, il est lié à la Guerre de Cent Ans, à l’exploration du Canada et aux Guerres de Religion.
Cette imposante fortification a traversé l’histoire du Périgord. Tout d’abord c’était le « château noir » au 9 siècle, détruit une première fois par les Normands. Puis, c’est devenu un imposant château au 12e siècle, qui fut rasé en 1430, pendant la Guerre de Cent ans, et dont il ne reste que les fortifications et les caves voûtées. Enfin, le château actuel du 16e siècle de style renaissance a été bâti par les Pontbriand.
Parmi les illustres qui ont vécu dans ce château, on retrouve Michel de Peyronnenc qui a participé à la Guerre de Cent ans. On raconte qu’il aurait récupéré sur le général Anglais Talbot, lors de la bataille de Castillon, le médaillon contenant une épine de la couronne du Christ qu’il ramena dans son château.
Puis à une autre période de l’histoire, le grand explorateur Jacques Cartier aurait donné le nom de Montréal à un village indien et la montagne toute proche, en l’honneur du plus important gentilhomme parmi ses compagnons de voyage pour la fin de cette expédition : Claude de Pontbriand, seigneur de Montréal, qui participa à la découverte du Canada avec lui en 1535.
Nous voici déjà à la fin du parcours et c'est ici que nos chemins se séparent.
J'espère que ce voyage à travers le temps vous a plu. D'autres parcours sont à découvrir sur le territoire de la Communauté de communes Isle et Crempse et je vous invite grandement à les faire. Pour revenir au parking, suivez les indications en bas du bloc texte. Je vous souhaite une bonne continuation, et à bientôt pour un nouveau parcours Dorie.
Indications : Poursuivez sur le chemin. Au croisement de la route des moulins, prenez le chemin qui sera en face et légèrement sur votre gauche. Ensuite, prenez à droite sur la route de la Contie, vous arriverez au parking.
Accéder au parcours
Vélo
Mussidan
Saint Laurent des Hommes
Villamblard
Saint Martin des Combes
Saint Jean d'Eyraud
Saint Jean d'Estissac
Pont Saint Mamet (Douville)


