Dans la roue de Lawrence d'Arabie 3


Thomas Edward Lawrence est, en 1908, un jeune anglais qui poursuit des études d’Histoire Médiévale.
Pour rédiger son mémoire, il décide de parcourir la France des châteaux médiévaux dont ceux de son héros Richard Cœur de Lion. Thomas Edward est un familier du vélo qu’il pratique avec son père. Il part donc avec sa bicyclette de marque Morris, à guidon recourbé, et un système à trois vitesses, assez rare à l’époque. Quand il prend place sur le streamer « Vera » à Southampton en direction du Havre, il a pour tout bagage un panier couvert de toile cirée, un chapeau, une cape imperméable, une paire de brodequins et des chaussettes de rechange calées sur le guidon. Il dispose également d’un appareil photo et de papier à lettre.
Le futur Lawrence d’Arabie jalonne son périple d’une nombreuse correspondance qu’il adresse quasiment au jour le jour à sa mère et à un ami. Cette correspondance est parfaitement relatée dans l’ouvrage qu’a consacré l'écrivain Guy Penaud au "Tour de France de Lawrence d’Arabie".
Il entre en Périgord depuis Castillon-la-Bataille, puis le traverse en direction de la Haute-Vienne et de Châlus où il fête ses 20 ans au pied de la tour où Richard Coeur de Lion fut mortellement blessé, atteint par un carreau d'arbalète.
Etape 3 : Périgueux - Hautefort
Depuis Périgueux, Thomas Edward Lawrence va maintenant se diriger vers Hautefort, pays de Bertran de Born. Pour cela il va sûrement emprunter la route la plus directe, celle que vous allez longer jusqu’au château du fameux troubadour en longeant l’Auvézère, affluent de l’Isle.

Aperçu du parcours
Départ de Périgueux
Bienvenue sur cette troisième étape et cette troisième revue de presse de 1908. Ouvrons à nouveau le journal local avec Lawrence.

Aujourd’hui, le ciel serait dégagé et cet après-midi il fera 30°.
- La Haye (Hollande), on prétend que la reine de hollande serait dans sa première phase de grossesse.
- A Paris, un court-circuit a eu lieu hier soir sur la rive gauche. La rue de Rennes a dû être éclairée au gaz jusqu’à ce que le courant revienne.
- La compagnie d’Orléans va mettre en place un train spécial permettant de passer la journée à Bordeaux. Depuis Périgueux, le prix de la place en 2e classe sera de 5,50 francs et le trajet durera un peu plus de 3h.
- Les bureaux d’enregistrement de Carlux, Champagnac, Saint Alvère et Tocane Saint Apre vont être supprimés.
- A Allas de Berbiguières, a eu lieu dans l’école des garçons, la remise solennelle des prix aux élèves de l’école communale.
- Dans quelques jours aura lieu la grande foire de Varaignes. Fanfare, loteries, jeu de la cruche, course en sac, bataille de fleurs et de confettis sont au programme.
Lawrence referme le journal et enfourche son vélo. Mais avant de partir, on se demande quand même quel peut être l’état des routes en 1908 ?
Jean François, je crois que Lawrence n’a pas spécialement apprécié la cathédrale de Périgueux, pourtant un des fleurons de la ville. Peux-tu nous expliquer pourquoi, et nous dire ce qu’il va découvrir aujourd’hui ?
Il est maintenant temps de grimper sur le vélo. Souhaitons bonne route à Lawrence et surtout restez dans sa roue !
Départ de Périgueux
Bienvenue sur cette troisième étape et cette troisième revue de presse de 1908. Ouvrons à nouveau le journal local avec Lawrence.

Aujourd’hui, le ciel serait dégagé et cet après-midi il fera 30°.
- La Haye (Hollande), on prétend que la reine de hollande serait dans sa première phase de grossesse.
- A Paris, un court-circuit a eu lieu hier soir sur la rive gauche. La rue de Rennes a dû être éclairée au gaz jusqu’à ce que le courant revienne.
- La compagnie d’Orléans va mettre en place un train spécial permettant de passer la journée à Bordeaux. Depuis Périgueux, le prix de la place en 2e classe sera de 5,50 francs et le trajet durera un peu plus de 3h.
- Les bureaux d’enregistrement de Carlux, Champagnac, Saint Alvère et Tocane Saint Apre vont être supprimés.
- A Allas de Berbiguières, a eu lieu dans l’école des garçons, la remise solennelle des prix aux élèves de l’école communale.
- Dans quelques jours aura lieu la grande foire de Varaignes. Fanfare, loteries, jeu de la cruche, course en sac, bataille de fleurs et de confettis sont au programme.
Lawrence referme le journal et enfourche son vélo. Mais avant de partir, on se demande quand même quel peut être l’état des routes en 1908 ?
Jean François, je crois que Lawrence n’a pas spécialement apprécié la cathédrale de Périgueux, pourtant un des fleurons de la ville. Peux-tu nous expliquer pourquoi, et nous dire ce qu’il va découvrir aujourd’hui ?
Il est maintenant temps de grimper sur le vélo. Souhaitons bonne route à Lawrence et surtout restez dans sa roue !
Le Change et la chapelle d'Auberoche
Le village du Change apparait. Le nom du village « Lo Chamnhe », signifierait en occitan « le bien donné en échange».
Pour le découvrir il faut sortir de la route départementale et faire quelques mètres. La tour d’un château apparait aussitôt, puis l’église romane du XIè siècle se dévoile, entourée de bâtiments anciens dont certains présentent des fortifications, un moulin et son petit pont sur l’Auvézère qui donnent au centre bourg un caractère patrimonial fort.
En pédalant de plus belle vers Hautefort, sur le coté gauche de la route, il est fort probable que T.E. Lawrence ait aperçu la chapelle d’Auberoche surplombant la vallée de l’Auvézère. C’’est ici qu’eut lieu en octobre 1345 la bataille d'Auberoche, première bataille terrestre et importante de la Guerre de Cent ans.
Nombreuses sont les histoires liées à cette bataille souvent évoquée par les chroniqueurs, pendant laquelle une vaste armée française encerclait la garnison anglo-gasconne. Un valet qui tentait de franchir les lignes françaises avec un message cousu à l’intérieur de ses vêtements fut démasqué et renvoyé par catapulte dans le château qui entourait la chapelle !
La bataille fut importante, et les agriculteurs trouvent encore aujourd’hui des boulets de pierre dans les champs. Le château fut démantelé au 15ème siècle à la demande des consuls de Périgueux qui étaient en conflit avec le Comte de Périgord, possesseur de ce château. Seule la chapelle fut épargnée, mais on voit encore, le long du chemin qui permet de l’atteindre, les vestiges nombreux de la forteresse.
Eugène Leroy auteur de Jacquou le Croquant écrit à propos d’Auberocha : « la tour d’Auberocho mounto dins la nivours, perco aymi mai certo lou cou cins d’un velours de ma mio » la tour d’Auberoche monte dans les nuages, pourtant j’aime mieux le cou ceint d’un velours de ma mie.
Continuant sa route, Lawrence a du ensuite passer près du pont de Cubjac dont l’importance pour les échanges commerciaux était telle, qu’un édit du parlement de Bordeaux déclare en 1643 : '' Le pont de Cubjac est grandement nécessaire et important tant pour le service du Roy que pour le public ...les autres ponts et passages qui sont situés sur la dite rivière de l’Auvézère étant tout à fait ruinés et inutilisables...''
Une crue survenue cette même année laissa le pont quasiment ruiné. Des travaux commencèrent mais le manque d’argent le laissèrent inachevé. Des bestiaux de retour d’une foire tombèrent dans la rivière. Il fut alors décidé d’en confier la reconstruction à des maîtres maçons, et le pont achevé fut considéré comme un des plus beaux de la province. Mais une autre crue le détruisit sur la moitié de sa longueur…et l’histoire continue !
Le pays d'Ans
Lawrence après avoir quitté le pays de Cubjac , arrive ensuite dans le pays d’Ans. Le pays d’Ans tient son nom de la famille des seigneurs d’Ans qui tout au long du XIIè siècle se situe dans la mouvance des seigneurs de Hautefort (famille de Lastours puis de Born). Le château d’Ans, aujourd’hui disparu, se trouvait près de la cascade du Blâme à Forges d’Ans.
A Forges d’Ans, la présence de l’eau et de la forêt a été exploitée par l’industrie métallurgique. C’est ainsi que l’on peut trouver une des plus belles forges du royaume dans ce village, ainsi qu’un canon installé devant la mairie, offert par la descendante du dernier Maitre de Forges en souvenir de ses aïeux. Une fois les canons coulés ils étaient essayés à Brouchaud, village proche de Forges d’Ans avant de commencer leur voyage.
Après le passage près des ruines du « château de Marqueyssac » à l’entrée de Saint Pantaly d’Ans (nommé Saint Pantaly le Bon Vin sous la Révolution, ce qui indique que la vigne était largement présente partout en Périgord), vous laissez derrière vous la châtellenie d’Ans, et Hautefort se rapproche.
LA ROUTE DES CANONS
Depuis 1691, grâce à la maîtrise de la fusion de la fonte et du fer acquise par les Maîtres de forges, les forges d’Ans ont coulé des milliers de canons pour la marine royale. Les canons étaient ensuite acheminés sur un parcours de 34 kilomètres en étant tirés par des bœufs jusqu’à l’embarcadère du Moustier sur la Vézère. Puis ils descendaient la rivière sur les coureaux (bateaux à fond plats) puis des gabares dès que la profondeur le permettait jusqu’à Libourne et Bordeaux. Ils étaient ensuite chargés et mis en batterie sur les navires de la marine royale pour aller tirer sur les bateaux britanniques.
Cet itinéraire a été retrouvé et est maintenant valorisé par le Cercle de Recherche des Fonderies d’Ans sous le nom de ROUTE DES CANONS.
- d’infos: http://laroutedescanons.free.fr/
Tourtoirac et De Tounens
Le village de Tourtoirac sur les bords de l’Auvézère est un bourg pittoresque où l’abbaye du XIème siècle, l’un des plus vastes établissements monastiques du Périgord construit à l’initiative du vicomte de Limoges en 1003 étendait son influence sur toute la contrée.
Ce village a aussi la particularité d’avoir abrité un aventurier, dont l’histoire aurait pu intéresser Lawrence. En effet, sa destinée connaitra certaines similarités avec Orélie Antoine de Tounens qui devint Roi D’Araucanie et de Patagonie, et dont on peut voir la tombe dans le cimetière.
L'histoire d'Antoine de Tounens
Antoine de Tounens est un fils de paysan né en 1825 au village de Chourgnac près de Tourtoirac. Ce petit paysan fait des études droit, et, en 1852 achète un des cabinet d'avoué à Périgueux. En 1858, alors qu'Antoine est riche et parfaitement intégré dans la société Périgordine, il vend son cabinet et disparait subitement. 4 ans plus tard, les journaux Chiliens et Argentins racontent une incroyable histoire: les derniers Amérindiens libres d'Amérique, les Mapuches viennent de se donner comme roi un homme blanc. Ce blanc, c'est le périgourdin Orélie-Antoine 1er de Tounens, roi d'Araucanie et de Patagonie.
Pour les Chiliens et les Argentins qui rêvent d'exploiter les riches terres de la cordillère des Andes, c'est une très mauvaise nouvelle que de voir ces Indiens s'organiser et se donner un gouvernement. Les Chiliens finissent par tendre une embuscade et capturer Antoine de Tounens suite à une trahison. Il est finalement expulsé pour la France. Antoine de Tounens veut essayer d'obtenir l'appui du gouvernement français de Napoléon III pour revenir et faire reconnaître l'indépendance de l'Araucanie et de la Patagonie. Mais en France, on ne le croit pas, la presse se moque de lui, de son accent du sud-ouest et le fait passer pour un fou. Antoine de Tounens doit se débrouiller seul. Les 18 ans qui lui restent à vivre sont dix huit années d'incroyables aventures entre l'Europe et l'Amérique du Sud.
Il est peu probable que le jeune cycliste Anglais futur défenseur des tribus Arabes ait connu l'existence du roi des Indiens Mapuches qui est enterré dans une modeste tombe du cimetière de Tourtoirac.
Hautefort
Enfin, T.E.Lawrence arrive à Hautefort, fief du troubadour Bertran de Born pour voir son château.
Dés l'an mille, la forteresse de Hautefort, bâtie sur un ancien camp romain, est connue pour avoir toujours existée "de mémoire d'homme". Le seigneur de Hautefort, Gouffier de Lastours, se couvre de gloire à la première croisade pendant la bataille d'Antioche, il est un des tout premiers croisés à rentrer dans Jérusalem avec Godefroi de Bouillon et, comme il a épargné un lion dans le désert de Syrie, il devient légendaire sous le nom de "chevalier au Lion". Le petit-fils de Gouffier de Lastours, n'est pas moins légendaire, c'est le fameux troubadour Bertran de Born, spécialiste des chansons politiques et engagées.
Le château de Hautefort est un des buts de Lawrence d'Arabie, toujours à la poursuite de Richard coeur de Lion, car en juin 1883, Richard est venu attaquer Bertran de Born et faire le siège du château de Hautefort. Les chansons de guerre en Occitan du troubadour Bertran de Born donnent de nombreuses anecdotes sur la vie de Richard et ses combats et ses chansons sont connues dans toute l'Europe médiévale. Dante Alighieri fera de Bertran de Born un de ses maîtres en poésie.
Pourtant, Lawrence est un peu déçu en arrivant devant le château de Hautefort car il ne reste presque rien du château médiéval, en effet, dés 1630, le marquis Jacques-François de Hautefort a fait entreprendre d'important travaux qui ont transformé l'ancienne forteresse médiévale en magnifique château renaissance:
« Hautefort, le château de Bertran de Born brûlé par les Anglais, m’a affirmé le maître d’hôtel, sous Charles I et reconstruit seulement au XVIIe siècle: tout à fait ça; l’entrée supposée dater de Bertran de Born (…) doit être du XIVe siècle! »
Nous savons que Lawrence a pris plusieurs photos du pont levis de Hautefort en souvenir de son passage sur les lieux du combat. Bertan de Born battu et vaincu, est finalement pardonné et Richard lui rend "son" château. Dés ce moment, une amitié sincère et solide est établie entre Bertran de Born et Richard coeur de Lion.


