Dronne : les peyres de Paussac




Le village de Paussac-Saint-Vivien est considéré comme un spot de premier ordre par les amateurs de randonnée pour ses chemins rocailleux et ses paysages de causse.
La pierre omniprésente autour du village a toujours été utilisée : durant le néolithique, les Hommes édifient des menhirs et dolmens, durant le Moyen Âge, ils extraient de la pierre de taille qui servira à édifier certaines églises romanes du secteur, et cette extraction de pierres naturelles se poursuit jusqu’à aujourd’hui. La pierre de Paussac bénéficie d’une très bonne réputation ! Et ce n’est pas les grimpeurs qui viennent se coller à elle sur les chemins verticaux offerts par les falaises qui vous diront le contraire…
Certaines de ces pierres sont auréolées de mystères et donnent lieu à des légendes. Il parait même que certains amateurs de paranormal viennent ici chercher quelques frissons !
Cette randonnée d’une douzaine de kilomètres permet de s’immerger dans les paysages et les histoires racontées à Paussac-Saint-Vivien, en passant près des « peyres » laissées là par nos ancêtres.
Aperçu du parcours
Bienvenue
Vous êtes arrivés ? le voyage va pouvoir commencer.
Pensez à prendre des chaussures adaptées à la marche, car vous allez arpenter des chemins caillouteux, et munissez-vous d’une ou de plusieurs bouteilles d’eau, le calcaire réverbère la lumière et il peut faire chaud sur le parcours…
Si vous êtes prêts, on est partis... Commençons par faire un tour au Moyen-Âge, particulièrement au XIIème siècle avec une drôle d’histoire qui vous attend dans l’église.
Bienvenue
Vous êtes arrivés ? le voyage va pouvoir commencer.
Pensez à prendre des chaussures adaptées à la marche, car vous allez arpenter des chemins caillouteux, et munissez-vous d’une ou de plusieurs bouteilles d’eau, le calcaire réverbère la lumière et il peut faire chaud sur le parcours…
Si vous êtes prêts, on est partis... Commençons par faire un tour au Moyen-Âge, particulièrement au XIIème siècle avec une drôle d’histoire qui vous attend dans l’église.
Une église ou une forteresse ?
Vous êtes maintenant devant un bâtiment médiéval qui est familier à la plupart des villages du Val de Dronne.
Il s’agit d’une église romane, construite dans la seconde moitié du 12ème siècle. Comme beaucoup d’églises du secteur, elle est construite sur un plan simple, rectangulaire.
Vous ne trouvez pas qu’elle est imposante, massive pour une petite église de village ? Les murs sont hauts et épais, et le portail d’entrée est très sobre, et offre peu d’ouvertures.
La raison est assez simple. Imaginez-vous à Paussac au XIIème siècle : le seul bâtiment en dur et résistant dans le village est l’église romane ! Aussi quand il y a le moindre péril, des bandes de pillards ou des guerres entre seigneurs, vous vous réfugiez dans l’église qui peut vous protéger, voire vous sauver la vie.
Il est donc parfois décidé de fortifier l’église, pour pouvoir se défendre plus efficacement.
A Paussac, les constructeurs ont profité de la fabrication du chœur pour rehausser les murs et organiser un système de fortifications.
Regardez bien la partie haute de l’église ! vous pourrez trouver les traces de cette fortification : restes de mâchicoulis, créneaux de la chambre de défense, un clocher robuste… En fait, au-dessus de cette église se trouvait une véritable forteresse !
Franchissez maintenant le portail d’entrée, et découvrez l’intérieur de l’édifice dorénavant rendu à des activités plus paisibles. Vous pourrez y découvrir une autre particularité des églises du Val de Dronne : les coupoles.
La densité de coupoles est telle dans ces petits villages, que certains historiens d’art ont évoqué un temps la possibilité d’une « école périgourdine ». Si cette hypothèse a été abandonnée, la présence de ces nombreuses coupoles demeure une énigme. Dans la symbolique romane, la coupole et sa forme ronde figurait le ciel, et le carré formé par les piliers qui la supportent représentait la terre.
Avant de continuer votre parcours, laissez-moi vous faire part d’une ancienne légende qui perpétue la mémoire de l’église protectrice.
On raconte ici que dans la chambre forte au-dessus du chœur, il est possible de ressentir la présence des anciens guerriers qui défendaient le lieu, et qui reviennent le visiter…
Reprenons maintenant le chemin qui va nous mener à un autre lieu de légende.
Une « peyre » mystérieuse
En arrivant par le chemin, vous pouvez difficilement la louper. Même si elle est perdue au milieu des bois, cette « peyre » se remarque, et je pense que vous la voyez maintenant sur le côté gauche !
La Peyre d'Ermale, se présente comme un premier bloc de pierre monolithe de 19 mètres de circonférence à sa base, et 1,50 mètres de haut en moyenne. Avancez-vous, et regardez bien à la base de ce gros bloc : vous voyez une première vasque taillée dans le roc, alimentée par des rigoles.
Sur ce premier bloc vient se superposer côté nord un autre bloc de calcaire qui occupe la moitié de sa base.
Cette disposition des deux blocs l’un sur l’autre donne des airs de dolmen à cet ensemble, et la Peyre d’Ermale fut longtemps considérée comme telle. Pour les anciens, le bloc supérieur avait été soulevé, puis déposé sur la base rocheuse qui lui sert de support. Vous pensez également que le plus petit des blocs a été hissé sur le plus gros par la main de l’homme ? Il est vrai qu’on voit mal comment ce rocher aurait pu arriver là tout seul. Et pourtant, il se pourrait bien que ce soit le cas…
En effet il s’agirait plus vraisemblablement d’une formation géologique naturelle qui a subsisté alors que l’érosion creusait le sol tendre autour. Le bloc de 3 mètres de haut ayant l’apparence de 2 blocs superposés, serait en fait un seul et même bloc.
Regardez maintenant l’espace laissé libre sur le plus gros bloc. Une deuxième vasque moins large et moins profonde que celle située à la base du bloc est également alimentée par des rigoles. En faisant le tour du monolithe, vous remarquerez une encoignure en forme de porte, qui a été taillée plus récemment, et qui peut permettre de s’abriter en se blottissant contre le rocher.
Ces pierres ont en effet toujours fait l’objet de superstitions, de légendes qui les liaient aux esprits de la forêt à des personnages légendaires…
Les vasques et les rigoles qui les alimentent ne pouvaient qu’exciter l’imagination des habitants de la région qui ont donné à ce rocher l’inquiétant surnom de « Pierre aux sacrifices ». Il est également raconté qu’une personne en se mettant sous la porte taillée à la base du rocher verrait la mort en personne venir la chercher. Alors ? oserez-vous tenter l'aventure ?
Permettez-moi un petit conseil : évitez les imprudences, reprenez le chemin et profitez plutôt de votre randonnée et des histoires encore à venir.
[[https://soundcloud.com/randonnees-dordogne/pierres-legendaires-et-pierre-dermale|Ecoutez J.F. Gareyte]], de l'Agence Culturelle Dordogne Périgord à propos des croyances liées aux "peyres"
Les carrières fantômes
Alors que vous marchez sur une petite route, un panneau vous invite à tourner à gauche en direction du Vieux Breuil.
Tiens… c’est curieux, rien n’indique un hameau du vieux Breuil sur votre carte. Pourtant, je vous propose d’aller voir ce hameau, qui en fait… n’existe pas.
En effet, le village du vieux Breuil, situé à proximité du sentier (un court aller-retour s’impose) a longtemps eu une image mystérieuse peut être liée à son état de « village fantôme ». Observez le chemin qui mène à cet endroit… le sol constitué de roche, a été creusé au fil du temps par les charettes. Et ces dernières transportaient les pierres extraites d’une ancienne carrière dont les vestiges apparaissent peu à peu devant vous.
Au milieu de cette carrière vous devinez des restes d’habitations pour la plupart semi troglodytiques, c’est-à-dire bâties contre le rocher. Ces maisons construites d’énormes blocs de pierre se marient avec le rocher sur lequel elles sont construites, et créent un relief quasi fantomatique. Vous y êtes : bienvenue au Vieux Breuil…
Ces maisons abritaient les carriers, qui vraisemblablement depuis les XIIème et XIIIème siècles, venaient ici et vivaient sur place le temps de finir chaque chantier.
C’est ainsi que les pierres extraites de cette carrière ont pu servir à la fabrication de quelques-unes des nombreuses églises romanes du secteur, dont celle de Paussac, que vous avez vue au début de ce parcours.
Ces maisons, construites de blocs de pierre imposants, dont certains peuvent atteindre 2 mètres de long sur 70 cm d’épaisseur, ont des formes particulières, liées à l’endroit où elles ont été construites, en partie dans des excavations, en partie sur des blocs monolithes.
Regardez bien autour de vous : trouverez-vous la construction appelée « la chapelle », dont il ne reste que la façade ? Au fur et à mesure que votre œil s’habitue, vous pouvez distinguer des restes de murs, des escaliers taillés à même la roche…
Une de ces maisonnettes a été restaurée il y a une vingtaine d’années, qui permet de voir à quoi ressemblaient ces habitations. Le rez de chaussée servait probablement à remiser les outils, et l’étage, moins humide, à la vie du carrier. Une cheminée était installée dans un angle et un conduit de fumée aménagé, pour garantir un minimum de confort à ces carriers qui vivaient ici de manière épisodique, le temps d’un chantier.
Petit à petit, les habitants du secteur ont perdu la mémoire de cette carrière et de la fonction des petites maisons. C’est certainement pourquoi, vous trouverez encore des habitants vous dire qu’ils étaient autrefois bien mis en garde par les anciens : n’allez pas jouer dans le village fantôme, et faites un détour pour éviter d’y passer !
Des "peyres" du fond des âges
Vous voici sur un chemin de causse, qui remonte de la petite vallée des Sandonies. Tout près, vous apercevez la route qui mène au bourg. Il faut alors regarder sur votre droite pour voir apparaitre une silhouette qui ne nous est pas inconnue : un dolmen.
Ce dolmen a été repéré et signalé très tôt, en 1821 par Wlgrin de Taillefer, mais était en mauvais état.
Voici ce que dit l’Abbé Chaumette, originaire de Paussac, curé de Montagrier et passionné de patrimoine de ce dolmen : Ce dolmen est bien connu…Un support était tombé en 1876 ; en 1933, on trouva la table affaissée. Notre société ( La Société Historique et Archéologique du Périgord) a dépensé deux mille francs pour la remettre sur ses bases, mais l'exécution est loin d'être parfaite.
Le dolmen de Peyre Levada fait partie des dolmen d’influence angoumoisine. Le sud de la Dordogne et nord Gironde sont les limites d’implantation méridionales des dolmens de ce style, associant une chambre funéraire, généralement quadrangulaire, à une ou deux tables massives et à un corridor permettant l’accès.
A Paussac, la chambre sépulcrale, de plan quadrangulaire, se poursuit par un couloir d'accès court. Elle est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est et délimitée par *cinq piliers dont quatre sont en calcaire, et un en grès.
Tout en étant prudents, entrez dans la chambre sépulcrale et jaugez la taille des piliers et de la table qui surplombe le dolmen : il est difficile d’imaginer comment hisser un tel bloc sans disposer de machines modernes.
Pour mettre la table il est vraisemblable que nos ancêtres la faisaient rouler sur des troncs disposés au sol, et montaient la pente constituée par le tas de terre qui allait recouvrir le dolmen. Ce tas de terre ayant disparu avec le temps, seules les pierres sont restées.
Une "peyre" plantée
A la voir, plantée derrière le panneau de signalisation du hameau de la Monerie, on imagine mal que cette « peyre » est un témoignage de nos lointains ancêtres. Pourtant, elle a été popularisée par un fameux héros de bande dessinée qui en était un ardent fabriquant ! Est-ce Obélix qui a taillé celle-ci ?
Ce menhir contrairement au dolmen est une pierre plantée seule à la verticale dans le sol. L'appellation de menhir vient du nom celtique, men : pierre, hir : long (grande ou longue pierre). Avant la généralisation de ce terme, ces pierres prenaient le nom de pierres fichées, pierres levées, pierres plantées... Peut-être connaissez-vous des hameaux qui portent ce genre de nom près de chez vous ? Cela constituerait un indice de la présence d’un menhir à cet endroit.
Ce sont des mégalithes qui conservent leur mystère, car il est difficile de les dater et de connaitre leur fonction, peu d’objets ayant été retrouvés à leur pied lors de fouilles, en Dordogne comme ailleurs. Ces pierres sont-elles liées au sacré ? représentent-elles le pouvoir d’une personne ou d’un clan ? sont-elles des repères géographiques pour indiquer des chemins ou des pistes, des bornes pour délimiter un territoire ?
On sait peu de choses de l’organisation sociale des peuples qui les ont plantées : mais on sait qu’ils enterraient leurs morts et cultivaient des céréales. Il est donc possible que ces menhirs soient liés à un culte de la fécondité, mais ils ont pu être utilisés à d’autres fins.
Certains prétendent que ces menhirs pouvaient être placés sur des points énergétiques… prenez un peu de force en touchant celui-ci et entamez votre descente pour une toute autre ambiance au pied des falaises du Boulou.
De l’eau et du rocher pour le Boulou
Un peu de fraicheur est la bienvenue après cette marche sur le plateau ! Le ruisseau du Boulou la partage généreusement avec le randonneur dans cette petite vallée encaissée.
Vous êtes maintenant au lieu-dit « la Forge du Boulou », la force de l’eau ayant été utilisée ici à une époque pour faire de la fonte. Mais cette vallée, est désormais appréciée pour d’autres qualités que vous allez découvrir maintenant.
En effet, le Boulou, 5ème affluent de la Dronne, est un ruisseau reconnu pour son patrimoine naturel. La partie aval est un secteur de reproduction de Truite. Son linéaire de 24 kilomètres a été découpé en 3 ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Faunistique et Floristique).
Le Boulou prend sa source en Dordogne à Sceau Saint Angel, à 195 mètres d’altitude près de l’église du village.
Après le village de Paussac, la vallée se resserre à l’endroit où vous vous trouvez, en passant **entre des escarpements calcaires du crétacé. Vous pouvez observer les plus remarquables de l’autre côté du ruisseau. En passant par la passerelle, vous pouvez vous approcher du pied des falaises et mettre vos mains dans les anfractuosités de la roche pour connaitre la sensation des grimpeurs. Mais attention ! sans cordes ni équipement, contentez-vous de ressentir le rocher, n’essayez pas tout de suite une voie en solo !
De nombreuses circulations karstiques contribuent ici à l’alimentation du ruisseau. Une petite source à côté du parking est alimentée par le plateau dans le secteur des carrières calcaire de Paussac : oui, elle est fraiche !
Le site présente des milieux humides types boisements humides et cariçaie. Notons la présence de l’Orchis à fleur lâches, plante d’intérêt patrimonial, ainsi que deux plantes rares : la Colchique d'automne et la Fritillaire pintade , et une espèce déterminante, la Drosera à feuilles ronde. Pour voir à quoi ressemblent ces fleurs remarquables, explorez le paysage avec l’application. Si vous apercevez une de ces fleurs, ne la cueillez pas ! prenez-la en photo pour la ramener avec vous, sans nuire à l’équilibre de ce site.
La vallée du Boulou accueille également une faune exceptionnelle, dont la Loutre d’Europe, la genette commune, le Héron cendré, ou encore le Vison d’Europe observé il y a plusieurs années en amont de la rivière.
Peut-être n’êtes-vous pas seuls à vous promener aujourd’hui dans la vallée du Boulou… Le site est fréquenté pour son côté bucolique, la présence de chemins de randonnées, d’un étang et des falaises d’escalade.
Cependant il est relevé que la ZNIEFF est bien préservée grâce à l'activité dominante de la vallée (fauche et pâture), mais également grâce au faible nombre d'accès possibles en véhicules motorisés. Aussi, pour respecter la nature et ses habitants, merci de privilégier les accès à pied ou à vélo jusqu’au site de la forge !
Epilogue
Vous voici bientôt au terme de cette randonnée.
Vous avez parcouru quelques siècles d’histoire(s), un plateau rocheux et une petite vallée humide, tout un voyage !
Peut-être aurez-vous aperçu le Lézard Ocelé, le plus grand lézard d’Europe qui vit ici, à Paussac, au milieu des peyres et de leur mémoire perdue...
Au fait, vous l’aviez deviné ? « Peyres », c’est de l’Occitan, langue longtemps parlée dans la région…et ça veut tout simplement dire : « pierres »…
Accéder au parcours
Vélo
Atiers (Tocane) - 17km
Bourdeilles - 7km
Coteau sec - 22,5km
Double (La Jemaye) - 46km
Moulin eau Dronne - 16km
Moulin à vent - 10km
Montagrier - 18km
Résurgence - 5,5km
Tourbières - 40km
Zone humide Roc - 7km
Vallée Boulou - 1km


