Die Dema à Verteillac




Partez pour une balade d’histoire et de paysages : le parcours de 14 km « sur la ligne de démarcation » à Verteillac vous invite à une promenade à la fois paysagère et mémorielle. Depuis un site d'étangs et de tourbières près du village, le sentier monte et redescend sur des coteaux ondulants offrant de beaux panoramas sur les toits de Verteillac et la mosaïque des champs, prairies et bosquets qui façonnent la campagne périgourdine. Vous traverserez terres cultivées, prés fleuris et bois frais, avant de longer le ruisseau de la Sauvanie, l’endroit exact où, pendant la Seconde Guerre mondiale, se trouvait la ligne qui séparait la France occupée de la zone non occupée.
Ce chemin n’est pas seulement une promenade : c’est une immersion dans la vie quotidienne d’autrefois. À chaque pas ressurgissent des histoires de fermiers contraints d’obtenir un ausweis pour franchir leurs propres terres, de postes de contrôle, de passages clandestins comme le moulin du Chapt, et de lieux de casernement et de détention. On y devine les enjeux des moissons, les plaintes des propriétaires privés d’accès à leurs champs, et la tension d’un territoire coupé en deux. Des points d’arrêt aménagés ponctuent le parcours pour lire et comprendre ces récits qui rendent palpable la mémoire locale.
Accessible en une demi-journée, ce parcours séduit autant les amoureux de la nature que les curieux d’histoire. Emportez de bonnes chaussures, de l’eau et un appareil photo : les panoramas valent le détour, et le mélange de paysages et de mémoire fait de cette randonnée une expérience singulière et émouvante.
Enregistrements réalisés par Dayries SAS Agence web en Charente
Aperçu du parcours
Die Dema: la vie le long de la ligne de démarcation
L’article 2 de la convention d’armistice signée le 22 juin impose la partition du territoire national par la création d’une ligne de démarcation, ou Demarkationslinie pour les Allemands. Un des objectifs de cette frontière intérieure est de constituer un moyen de pression permanent sur les autorités françaises.
La ligne de démarcation traverse treize départements sur près de 1 200 kilomètres et s’étend de la Suisse à l’Espagne. Elle sépare la zone nord et la côte atlantique, occupée par l’Allemagne nazie, de la zone sud, ou non occupée, qui est sous l’autorité du Régime de Vichy.
La Dordogne est traversée par la ligne de démarcation. Depuis la Charente, elle rejoint La Rochebeaucourt puis longe approximativement la route départementales 709 avant d’obliquer à un kilomètre à l’ouest du bourg de Verteillac, au lieu-dit la Tannerie, sur la Sauvanie (elle passait initialement au milieu du village avant d’être déplacée). Elle passe ensuite à l’ouest de Ribérac. traverse la forêt de la Double jusqu’à Montpon puis rejoint Castillon, en Gironde.
46 communes du département, soit près de dix pour cent de la superficie de la Dordogne, et 20 000 habitants se situent en zone occupée dès le début du mois de juillet 1940. Celles-ci sont rattachées administrativement aux départements de la Gironde ou de la Charente. Tel est le cas pour 11 des 17 communes faisant partie du canton de Verteillac.
La ligne de démarcation présente tous les aspects d’une véritable frontière. Des guérites et des chicanes sont implantées aux 11 points de passage du département où flottent des drapeaux nazis. Des poteaux et des piquets sont plantés dans les prés pour délimiter les deux zones et des arbres sont coupés pour barrer les routes et les chemins.
Des panneaux, rédigés en allemand et en français, sont placés le long du tracé de la ligne de démarcation. Ils interdisent formellement son franchissement en dehors des lieux autorisés sous peine de mort. La ligne de démarcation fait également l’objet d’une étroite surveillance par des patrouilles régulières d’hommes à pied ou à vélo. Les soldats, remplacés par des douaniers à partir du mois de février 1941, n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les contrevenants.
La seule possibilité « légale » de passer d’une zone à l’autre est de présenter un Ausweis (laissez-passer) délivré par l’occupant mais ils sont difficiles à obtenir.
**** La création de la ligne de démarcation bouleverse profondément la vie quotidienne des habitants. Des hameaux, voire parfois des maisons, sont coupés en deux. Des familles et des amis se retrouvent dans l’impossibilité de se rencontrer.
Témoignage de Maxime Puygauthier, de Verteillac : « Nous étions à labourer dans le champ, mon père et moi, quand les Allemands sont venus nous ordonner de couper des ormeaux pour barrer chemins et routes secondaires ».
Die Dema: la vie le long de la ligne de démarcation
L’article 2 de la convention d’armistice signée le 22 juin impose la partition du territoire national par la création d’une ligne de démarcation, ou Demarkationslinie pour les Allemands. Un des objectifs de cette frontière intérieure est de constituer un moyen de pression permanent sur les autorités françaises.
La ligne de démarcation traverse treize départements sur près de 1 200 kilomètres et s’étend de la Suisse à l’Espagne. Elle sépare la zone nord et la côte atlantique, occupée par l’Allemagne nazie, de la zone sud, ou non occupée, qui est sous l’autorité du Régime de Vichy.
La Dordogne est traversée par la ligne de démarcation. Depuis la Charente, elle rejoint La Rochebeaucourt puis longe approximativement la route départementales 709 avant d’obliquer à un kilomètre à l’ouest du bourg de Verteillac, au lieu-dit la Tannerie, sur la Sauvanie (elle passait initialement au milieu du village avant d’être déplacée). Elle passe ensuite à l’ouest de Ribérac. traverse la forêt de la Double jusqu’à Montpon puis rejoint Castillon, en Gironde.
46 communes du département, soit près de dix pour cent de la superficie de la Dordogne, et 20 000 habitants se situent en zone occupée dès le début du mois de juillet 1940. Celles-ci sont rattachées administrativement aux départements de la Gironde ou de la Charente. Tel est le cas pour 11 des 17 communes faisant partie du canton de Verteillac.
La ligne de démarcation présente tous les aspects d’une véritable frontière. Des guérites et des chicanes sont implantées aux 11 points de passage du département où flottent des drapeaux nazis. Des poteaux et des piquets sont plantés dans les prés pour délimiter les deux zones et des arbres sont coupés pour barrer les routes et les chemins.
Des panneaux, rédigés en allemand et en français, sont placés le long du tracé de la ligne de démarcation. Ils interdisent formellement son franchissement en dehors des lieux autorisés sous peine de mort. La ligne de démarcation fait également l’objet d’une étroite surveillance par des patrouilles régulières d’hommes à pied ou à vélo. Les soldats, remplacés par des douaniers à partir du mois de février 1941, n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les contrevenants.
La seule possibilité « légale » de passer d’une zone à l’autre est de présenter un Ausweis (laissez-passer) délivré par l’occupant mais ils sont difficiles à obtenir.
**** La création de la ligne de démarcation bouleverse profondément la vie quotidienne des habitants. Des hameaux, voire parfois des maisons, sont coupés en deux. Des familles et des amis se retrouvent dans l’impossibilité de se rencontrer.
Témoignage de Maxime Puygauthier, de Verteillac : « Nous étions à labourer dans le champ, mon père et moi, quand les Allemands sont venus nous ordonner de couper des ormeaux pour barrer chemins et routes secondaires ».
Le château de Gandillac
Dès le début du mois de juillet 1940, les Allemands réquisitionnent le château de Gandillac, à Saint-Martial Viveyrol, pour s’y installer, conformément à leur habitude d’occuper des lieux remarquables en signe d’affirmation de leur puissance et de leur autorité sur les territoires occupés. Une quinzaine de douaniers, rompus à toutes les arcanes de la fraude et de la contrebande, les y remplacent à partir du mois de février 1941.
C’est du château de Gandillac que partent les Allemands qui occupent pour la journée le poste de contrôle de la Tannerie, situé sur la Sauvanie, où qui assurent la surveillance de la ligne de démarcation par des patrouilles.
Les passages clandestins d’hommes et de courriers, fréquents, sont pistés et sévèrement réprimés par l’occupant qui n’hésite pas à tirer sur les contrevenants. Ainsi, le 18 mai 1941, des douaniers allemands font des sommations, tirent en l’air, puis ouvrent le feu en direction de deux jeunes hommes qui viennent de franchir la ligne au lieu-dit l’Epine-Basse, près de Verteillac. L’un des deux rebrousse finalement chemin vers la zone occupée pendant que l’autre poursuit sa route.
Les personnes qui sont arrêtées en franchissant clandestinement la ligne de démarcation dans le secteur sont conduites puis interrogées au château de Gandillac. L’issue de l’interrogatoire varie selon la nature et l’importance du délit commis : les contrevenants sont relâchés après une sévère réprimande ou envoyés purger une peine de prison à Angoulême allant de 8 à 12 jours pour les délits considérés comme les plus mineurs. Les peines sont beaucoup plus lourdes, de plusieurs semaines à plusieurs mois, voire à plus d’un an dans les cas ou les accusés sont convaincus d'être des passeurs réguliers, voire « professionnels » de la ligne. Pourtant, malgré le danger qui est bien réel, les traversées illégales sont quotidiennes.
Arrivée des troupes allemandes à Verteillac
L’Allemagne nazie envahit soudainement la Pologne le 1er septembre 1939. Le 3 septembre, conformément aux traités d’alliance signés avec ce pays allié, la France et l’Angleterre déclarent à leur tour la guerre au Troisième Reich. C’est le début de la Seconde Guerre mondiale.
Au matin du 10 mai 1940, après une période de 8 mois marquée par de rares escarmouches, l’armée allemande déclenche une offensive de grande envergure sur le front occidental. L’armée française s’effondre en quelques semaines devant la supériorité stratégique et matérielle des troupes allemandes.
Le 17 juin 1940, le nouveau chef du gouvernement, le maréchal Pétain, lance un appel à « cesser le combat ». Un armistice aux conditions drastiques est signé le 22 juin et entre en application le 25. Une ligne de démarcation traversant le territoire national est notamment imposée par les autorités allemandes.
Les premières troupes allemandes font leur entrée en Dordogne à la fin du mois de juin 1940 depuis les départements de la Gironde et de la Charente. Les Périgourdins assistent d’abord à l’arrivée des soldats en side-cars puis à ceux qui se déplacent à vélos ou en convois hippomobiles. A Verteillac, ils examinent un char français saboté puis abandonné peu de temps auparavant par un régiment de cuirassiers lors de la débâcle. Récupéré puis stocké dans un parc de stationnement à Bergerac, il reprendra le combat après le débarquement des Alliés en Afrique du nord le 8 novembre 1942.
le soldat Karl Muller
Alors que la plupart des soldats allemands qui passent à Verteillac poursuivent leur route jusqu’à Ribérac, qu’ils occupent jusqu’au 10 juillet 1940, d’autres s’installent à Verteillac et dans les environs, comme Karl Müller.
C’est le 1er juillet 1940, le jour de son arrivée à Verteillac avec son unité, que Karl Müller écrit à ses proches en leur adressant une carte postale qui représente le bourg de Verteillac, ce qui indique qu’il stationne probablement dans le village ou à proximité. Il s’agit peut-être des premières nouvelles de ce soldat à sa famille depuis l’offensive du 10 mai 1940.
Karl Müller évoque succinctement son parcours en indiquant qu’il est entré dans Paris le 14 juin 1940 avant de faire halte dans le sud de la France, c’est à dire à Verteillac.
France, 1er juillet 1940
Bien chers tous,
Pour une fois que j’ai le temps, je voudrais vous donner brièvement un signe de vie de ma part. Pour l’instant, je suis encore en bonne santé et j’espère que c’est aussi le cas pour vous. Le 14 juin, nous sommes entrés dans Paris et nous sommes maintenant stationnés dans le sud de la France à environ [illisible] kilomètres de [illisible].
Bien cordialement à vous.
Soldat Karl Müller
L'armée française et la ligne de démarcation
L’armée française, limitée à 100 000 hommes par les autorités allemandes, est présente sur la ligne de démarcation à partir du début du mois de juillet 1940.
En Dordogne ce sont essentiellement des compagnies du 26e Régiment d’Infanterie, une unité de l’armée d’armistice repliée de Nancy, qui sont chargées d’assurer sa surveillance.
Des postes de contrôle sont implantés à quelques dizaines ou centaines de mètres des postes allemands, l’intervalle constituant une zone neutre parfois nommée par les militaires zone "du marché noir". Ces postes sont équipés d’une guérite pour les sentinelles et d’une barrière comme on peut le voir pour celui qui était installé dans le bourg de Verteillac ; ils sont plus sommaires que ceux occupés par les Allemands qui disposent de beaucoup plus de moyens.
Les prérogatives des militaires français se limitent au contrôle de l’identité des personnes qui entrent ou sortent de la zone non occupée, à l’autorisation ou à l’interdiction du passage de matériel, de marchandises ou de bétail, à exercer des patrouilles et à accueillir et protéger les fugitifs français. Les soldats surveillent également les activités de marché noir, informent le commandement de l’activité des postes allemands et relèvent tous les incidents « de frontière » entre les deux parties.
Dans les faits, les soldats puis les douaniers allemands à partir de février 1941 provoquent leurs homologues français et font régulièrement des incursions en zone non occupée dans le but d’appréhender un fugitif ou de surveiller les postes français.
Concrètement, les moyens dont disposent les militaires français sont largement insuffisants pour mener à bien leurs différentes missions. Ils ne disposent que de rares fusils et leurs seuls moyens de locomotion sont la marche ou le vélo.
Au niveau local, l’intégration des soldats français dans la vie des villages est forte ; nombre d’entre eux aident régulièrement les habitants aux travaux des champs tandis que ces derniers leur fournissent les denrées fraîches qui améliorent leur ordinaire. Cette proximité des soldats avec les habitants durant plus de deux ans se concrétise par de nombreux mariages dans les communes traversées par la ligne de démarcation
Un territoire viticole
Les paysages changent au cours des siècles. La preuve : autour de vous un village viticole de 7 maisons, véritable pépite économique au 19ème siècle… En 1875, autour de vous que des vignes…
La vigne et la vinification du raisin ont pris naissance au pied des monts du Caucase il y a plus de 6000 ans. Elles se sont ensuite propagées peu à peu par la Mésopotamie, l’Egypte, la Grèce, l’Empire romain jusqu’à la Gaulle où nos ancêtres sont passés, sans problème, de la cervoise au vin.
Le déclin de l’Empire romain puis sa chute au 5ème siècle entraîna une très grave crise économique qui faillit causer la disparition de la vigne sauvée, en fait, par les ordres religieux, le vin faisant partie essentielle de la célébration de l’eucharistie pendant la messe. Ce sont d’ailleurs des archives de différentes abbayes qui font état, pour la première fois au 10ème siècle, des vignes du Verteillacois.
La qualité des sols argilo-calcaire de cette région ont permis alors un développement rapide de cette culture. Ce sont les seigneurs locaux disposant d’une main d’œuvre abondante et de vastes domaines, qui ont pris le relais des religieux. C’est la naissance des châteaux viticoles de Jaurias, La Vassaldie, Gaillard, La Ligerie, Clauzuroux, le Bourbet, le Sourbier, le Tranchard et La Meyfrénie pour ne citer que les principaux. Le Prieuré des Dames de Fontaines et la Commanderie des Templiers de Soulet sont toujours présents.
Au début du 18ème siècle lors de la « petite période glaciaire » qui vit le vin gelé dans les verres à Versailles, le climat plus clément du Verteillacois permis d’approvisionner la partie nord de la France en céréales et en vin ce qui donna un spectaculaire essor économique local. Cette situation perdura jusqu’au milieu du 19ème siècle. Les vins étaient vendus jusque dans la Creuse en passant par le Limousin. La carte de la région publiée par Pierre de Belleyme en 1783 montre l’importance du vignoble Lors de la publication du premier cadastre en 1825, le Verteillacois comptait 2352 hectares de vigne ! Avec la crise du phylloxéra qui débuta en 1875, la culture de la vigne fut quasiment anéantie. En 1913 le Verteillacois ne comptait plus que 422 hectares de vigne. La 1 ère guerre mondiale, puis l’arrivée par le train des vins bon marché du Midi de la France, ainsi que la désertification des campagnes acheva la quasi disparition de cette culture.
Enfin, la mise place de la ligne de démarcation par les Allemands le 20 juin 1940 eu comme dégât collatéral la disparition totale de la vigne. En effet, les parcelles de vigne souvent reparties des deux côtés de cette nouvelle frontière ne purent être travaillées pendant plus de deux ans et disparurent définitivement.
M. V.
Source : Le Vin de Rossignol et des Environs – Michel Vergnaud
Les auweis ou laisser-passer
Le passage de la ligne de démarcation est, dès sa mise en place, soumis à la délivrance par l’occupant d’un laissez-passer (ausweis).
Ces ausweis ne sont accordés qu’aux personnes pouvant justifier d’une activité professionnelle et après de longues et fastidieuses démarches. Les autorités allemandes n’en délivrent qu’un nombre restreint (75 % des demandes sont rejetées) et pour une durée limitée. Son renouvellement, qui n’est pas automatique, oblige le demandeur à se rendre jusqu’à Angoulême, un voyage qui est un véritable périple à l’époque.
Il existe plusieurs catégories de laissez-passer, le plus courant étant celui qui concerne la petite traversée des frontières. Il est destiné à ceux qui doivent régulièrement traverser la ligne de démarcation comme les cultivateurs, les artisans, les médecins, les sages femmes, les livreurs et les commerçants qui vivent dans une localité proche de la ligne de démarcation.
Ceux qui parviennent à obtenir le précieux document sont alors autorisés à traverser à la franchir sur une distance maximale de 10 kilomètres et ils ont l’obligation de passer au seul point de passage qui leur a été assigné.
Maxime Puygauthier, un cultivateur qui habite au lieu-dit la Sauvanie, à Verteillac, en zone non occupée, mais dont les champs sont situés à Cherval en zone occupée, parvient à obtenir un ausweis pour le petit trafic frontalier. Mais il doit se rendre régulièrement à Angoulême pour le renouveler sans être certain de l’issue positive de sa démarche.
Verteillac et le train
Regardez cette magnifique ligne droite qu’emprunte le chemin ! Cela vous fait-il penser à quelque-chose ?
Une ligne de chemin de fer ! Oui, vous allez marcher sur quelques centaines de mètres sur une ligne de chemin de fer commencée mais jamais finie…
Le train a été longtemps attendu
Verteillac n’a pas échappé à « la soif universelle de chemin de fer » (François Caron) durant le premier quart du XIXe siècle. Dans la commune, le désir de chemin de fer apparaît très tôt, dès le début des années 1840, très vite après l’ouverture de la première ligne française (Paris à Saint-Germain-en-Laye) en 1837 et un an après le vote de la « Charte ferroviaire française ». À l’initiative du ministre du roi Louis-Philippe, Guizot, la loi sur les chemins de fer de 1842 décide une répartition entre l’État (fixation des lignes à construire, financement et construction de l’infrastructure des voies (terrains, ponts, tunnels etc.) et les compagnies privées qui doivent s’occuper des rails, des gares et de l’exploitation.
Dans sa séance du 6 août 1843, le conseil municipal de Verteillac émet un souhait : « Lorsque le gouvernement du roi s’occupe de grandes entreprises telles que l’établissement du chemin de fer, il est juste d’en faire profiter le plus grand nombre ». Il réclame l’application de ce principe pour la ligne Paris-Espagne via Angoulême et Bordeaux. Il souhaite qu’à partir d’Angoulême, la voie ferrée se dirige, soit par la Touvre, soit par la Nizonne et la Dronne.
En Dordogne, le chemin de fer arrive tardivement sous Napoléon III avec la ligne Coutras-Périgueux, inaugurée en 1857 par le ministre périgourdin Pierre Magne, puis poursuivie en 1861 vers Limoges et exploitée par la Compagnie du Paris-Orléans.
Le train est enfin arrivé
En 1883, l’Administration des Chemins de fer de l’État et la Compagnie d’Orléans signent un accord de partage des territoires pour les nouvelles lignes. Le Paris.Orléans. se voit attribuer la ligne de Marmande à Angoulême. Un homme politique joue un rôle majeur dans l’histoire de cette ligne : Oscar Bardi de Fourtou. Ancien maire de Ribérac (1865-1870), député de la Dordogne depuis 1871, puis de l’arrondissement de Ribérac à partir de 1876, plusieurs fois ministre durant les années 1870, notamment de l’Intérieur en 1877, sénateur (1880-1893), ce bonapartiste est une des figures des conservateurs à l’échelle locale et en France. Il est aussi conseiller général de Verteillac entre 1874 et 1886, très proche du maire Amédée Coudret. Fourtou est aussi administrateur de la Compagnie du Paris-Orléans depuis 1874 et il en devient même le vice-président du conseil d’administration. Le chemin de fer arrive en 1894 à la gare de Verteillac-Coutures, sur la ligne Angoulême-Ribérac-Marmande. Le trajet entre Angoulême et Verteillac dure entre 1h40 et plus de 2h en omnibus, dans des wagons de 1ere, 2e ou 3e classe. Au début du XXe siècle, la famille de Gaulle – dont le jeune Charles – emprunte cette ligne quand ils viennent en vacances à la Ligerie, à Champagne-et-Fontaine mais ils descendent deux gares avant Verteillac, à celle de Mareuil-Goûts. Le Paris.Orléans exploite la ligne jusqu’à la nationalisation des compagnies ferroviaires et la création de la SNCF en 1937.
Le train est supprimé
La ligne de chemin de fer est fermée quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Son trafic n’était plus suffisant avec le développement de l’automobile comme moyen de transport. Désormais, il ne reste plus de l’époque du train – un demi-siècle environ – que la gare, très longtemps conservée en son état initial, et quelques ruines des ponts entre Verteillac et la Tour Blanche, par exemple.
À la voie ferrée ont succédé des lignes d’autobus pour les Verteillacois n’ayant pas de voiture. Jusqu’aux années 1970, il était possible d’aller à Ribérac, Angoulême ou Périgueux en bus. Puis ces lignes ont évolué à leur tour. Pour aller à Paris, le voyage à Angoulême est indispensable. A partir de la place du Foirail, il reste possible en transport en commun (Taxi et Bus) trois fois par jour pour la somme de 2 Euros. Longtemps, le « Drapeau » est resté le plus rapide et le plus beau des trains jusqu’à la gare d’Austerlitz. Désormais, il a été remplacé par le TGV mais qui ne s’arrête pas toujours à Angoulême. Pour aller à Bordeaux, la gare la plus proche reste Montmoreau-Saint-Cybard ou Mussidan mais seuls les TER s’y arrêtent. La voiture individuelle l’a emporté sur le train.
Mais évoquer cette histoire du train est-ce seulement regarder le passé, peut-être avec nostalgie ou s’interroger sur les meilleurs transports dans un avenir d’inquiétudes énergétiques et de bouleversement climatique ?
Bernard Lachaise
Source : Henri Brives, Cent vingt ans de Chemin de fer. Le réseau P.O. en Dordogne, Périgueux, Copédit, 1984.
Agriculture et ligne de démarcation
La présence de la ligne de démarcation bouleverse considérablement tous les aspects de la vie quotidienne des habitants et, plus largement, les domaines politiques, économiques et administratifs.
Dans un département rural comme celui de la Dordogne, ainsi qu’à Verteillac, les cultivateurs sont particulièrement confrontés à la ligne de démarcation. Leurs parcelles se trouvent fréquemment de part et d’autre et leurs champs sont clos par des obstacles de toutes sortes.
Georges Guibert, un propriétaire terrien du château de la Grenerie à Verteillac qui réside en zone non occupée, se plaint de cette situation dans un courrier daté du 20 août 1940 qu’il adresse à la Délégation Française auprès de la Commission Allemande d’Armistice de Wiesbaden. En effet, ce dernier ne peut pas accéder à ses cultures qui sont en zone occupée au moment crucial que représente les moissons pour les agriculteurs, alors même qu’une partie des récoltes auraient déjà dues être engrangées.
Georges Guibert fait intervenir ses relations et demande l’ouverture de routes transversales pour permettre aux troupeaux d’accéder rapidement aux champs et aux agriculteurs d’effectuer leurs activités agricoles. Il dénonce la présence de la ligne de démarcation matérialisée par des « obstacles fixes, complétés par des travaux et matériaux souvent impressionnants, comportant barricades, tranchées, fils barbelés, mines explosives, cordons détonateurs etc ». Il précise que, malgré l’obtention des papiers nécessaires, il est impossible aux paysans de franchir la ligne de démarcation et donc d’écouler leurs stocks. Les autorités allemandes semblent avoir en partie répondu à cette demande comme le prouve l’existence d’autorisations ponctuelles de franchir la ligne de démarcation pour effectuer les travaux agricoles.
Le poste de contrôle de la Sauvanie
Le poste de contrôle allemand situé sur la Sauvanie constitue l’un des 13 points de passage autorisé pour franchir la ligne de démarcation en Dordogne. Ces postes sont généralement composés d’une chicane, d’un baraquement en bois qui abrite le bureau du chef de poste, d’une salle à manger qui fait également office de salle de repos pour les soldats et d’une salle de fouille.
L’occupant s’appuie autant que possible sur les délimitations naturelles que constituent les cours d’eau, rivières et ruisseaux, pour limiter les effectifs et faciliter la surveillance de la ligne de démarcation. Ici c’est la Sauvanie qui assure le rôle de frontière.
A partir du début du mois de juillet 1940, les autorités allemandes interdisent les échanges de courriers d’une zone à l’autre alors que les lettres constituent à l’époque le principal moyen d’échanger avec l’extérieur et d’avoir des nouvelles de ses proches, parfois dispersés sur l’ensemble du territoire national après la débâcle et l’exode de juin 1940.
Les liaisons postales à caractère privé sont rétablies le 29 septembre 1940, mais elles se limitent à la mise en circulation de cartes interzones pré-imprimées, également nommées cartes familiales, qui empêchent toute possibilité de s’exprimer librement.
Aussi, le passage clandestin de courrier constitue souvent le premier acte de transgression contre l’occupant. Les techniques employées sont très variées, la plus courante étant de glisser des lettres dans le guidon, la pompe ou la selle du vélo ; d’autres utilisent des moyens plus élaborés en les dissimulant, par exemple, dans des boites de conserves. Les écoliers sont particulièrement sollicités car leur jeune âge suscite moins la méfiance des Allemands.
Certains habitants du secteur profitent de la présence habituelle des soldats allemands et des bons rapports de façade pour les duper. C’est le cas de Marcel Merlaud qui est commerçant à Verteillac. Détenteur d’un laissez-passer (ausweis), il peut facilement franchir la ligne de démarcation et les soldats, avec qui il échange régulièrement quelques mots de sympathie ne se méfient pas de lui. Cela permet à Marcel Merlaud de faire passer régulièrement du courrier non autorisé entre les deux zones avec, parfois, quelques mésaventures.
Au poste de la Sauvanie, un douanier allemand facilite également, de temps en temps, le passage clandestin de la ligne de démarcation. Il permet à deux amies de se retrouver régulièrement, facilitant ainsi des activités illégales qu’il est pourtant censé réprimer, avec tous les risques encourus s’il est confondu.
La mésaventure de Louis Maigne et de Marcel Merlaud lors d’un passage clandestin de courriers sur la Sauvanie (témoignage de Marcel Merlaud) :
« Louis Maigne a laissé son camion à Saint-Martial [de Viveyrol] et nous sommes partis à pied vers le pont sur la Sauvanie. La nuit était tombée et il faisait un froid glacial. Cela n’empêchait pas les jeunes soldats du poste frontière de faire leur toilette le torse nu, devant une grande flambée. Ils nous ont invité à prendre un verre, on a causé un peu, on les a salués et nous avons repris notre route vers Verteillac. Nous n’avions pas fait cent mètres en zone libre que nous avons entendu courir derrière nous, tandis qu’une voix criait : « Meuzieur ! Meuzieur ! » Etant donné la réception dont nous venions d’être gratifiés, nous n’avions pas de raison d’avoir peur, mais nous nous sommes tout de même séparés pour nous mettre chacun dans un bas-côté de la route afin d’attendre les événements. « Meuzieur ! » a crié le jeune soldat lancé à notre poursuite, vous avez oublié quelque chose ! » Il tenait à la main un gros paquet d’enveloppe serrées par un élastique : c’était le courrier qui nous avait été confié à notre départ de Bordeaux et que nous avions oublié au poste frontière.
La fin de la ligne de démarcation et le moulin du Chapt
Le 8 novembre 1942, les troupes anglaises et américaines débarquent en Afrique du Nord, qui est alors sous le contrôle du gouvernement de Vichy, dans la perspective prochaine de prendre pied en Europe. Cet évènement majeur a des conséquence immédiates en France métropolitaine et sur la ligne de démarcation car les Allemands craignent que l’armée française d’armistice reprenne le combat aux côtés des Alliés. Hitler ordonne alors à ses troupes d’envahir l’ensemble de la zone non occupée.
Au matin du 11 novembre 1942, les troupes allemandes franchissent la ligne de démarcation sous les yeux des soldats français qui ont reçu l’ordre de ne pas opposer de résistance. Elles atteignent rapidement Ribérac puis Périgueux où une unité prend position à la caserne du 35e Régiment d’Artillerie. Le Préfet de la Dordogne lance un appel au calme à la population. Désormais, l'ensemble du département de la Dordogne est occupé.
Les postes français de la ligne de démarcation sont démantelés quelques jours plus tard mais les postes allemands restent en place jusqu’au 1er mars 1943. Les déplacements entre les deux zones sont facilités mais les laissez-passer sont toujours tamponnés. La pression exercée sur la population et les autorités reste maximale.
Le mars 1943, la ligne de démarcation cesse officiellement d’exister mais elle demeure présente sur les cartes d’état-major allemandes et l’occupant brandi régulièrement la menace de la rétablir jusqu’à l’été 1944.
L’ appel au calme du préfet de la Dordogne à la population :
« Ce matin, à 9 h 30, une formation allemande est entrée à Périgueux où elle doit s’installer au quartier de l’artillerie. Cette formation placera à la périphérie de Périgueux des postes armés ayant strictement une mission militaire de sécurité. Le commandant de cette formation m’a donné l’assurance qu’aucune restriction ne sera apportée à la vie normale de la cité et m’a assuré de la correction absolue de ses troupes. A mon tour, je fais un appel pressant à la population pour qu’elle conserve tout le calme et le sang-froid nécessaires et qu’elle évite absolument tout incident ».


